Ballet de motards devant le marché Bến Thành. Photo Yara Akl
Située dans le sud du Vietnam, partagée entre son lourd passé et son histoire actuelle, Ho Chi Minh ville est un plongeon dans une ambiance atypique et déconcertante, mêlant influence européenne et nationalisme profond. Le dépaysement, assuré, a un goût d’aneth citronné.
Un ballet incessant de motards qui zigzaguent à vive allure, la fumée des BBQ qui couvrent les trottoirs et crée un brouillard étouffant, une pluie démentielle, diluvienne et incessante... Marcher dans les rues de la ville, dans ce quotidien speedé, demande courage et dextérité. Dans cette cité où tout se meut avec emphase et turbulence, les trottoirs ne sont qu’accessoires, et ne semblent être qu’une extension naturelle des routes goudronnées. La ville de cœur de Marguerite Duras a sans conteste une abondance de choses à offrir et autant d’émotions à transmettre.
Un passé nébuleux, un futur prometteur
Anciennement surnommée « ville de la forêt » par les Khmers (ethnie cambodgienne) qui l’ont longtemps occupée, Ho Chi Minh a vu défiler les Français de 1887 à 1954, et les Américains qui y avaient établi leurs bases militaires lors de la guerre du Vietnam. La métropole sud du pays a par la suite été le fief des communistes dès 1975, reprenant ainsi le nom de leur illustre leaders.
Actuellement en pleine régénération, Ho Chi Minh a le vent en poupe, avec une économie en plein boom. La croissance se base sur l’immobilier, le secteur tertiaire ainsi que les nouvelles technologies. La faucille et le marteau se sont (presque) mués en grue et en bulldozer, le chantier est en marche, et plus que jamais, les Vietnamiens se retroussent les manches !
Une atmosphère curieuse
S’agissant du tourisme, il y a beaucoup à faire et à voir. Le Palais de la réunification, à l’architecture sobre et efficace, n’est pas très impressionnant d’un point de vue esthétique mais surprend avec ses gigantesques salles de réunions, ses salles de jeux hors du temps, et surtout ses sous-sols suréquipés pour l’époque (années 70), faisant office de bunkers où les chefs de guerre concoctaient leurs stratégies militaires. L’incontournable arrêt est sans aucun doute le musée des souvenirs de la guerre. Des témoignages photographiques des victimes comme des bourreaux, des affiches de propagandes, des messages de soutien des pays alliés, des costumes militaires marqués par la férocité des combats... Les expositions qui se tiennent en ces murs sont loin d’être anodines, et participent clairement à une propagande proétatique virulente contre les ex-occupants.
La méfiance à l’égard de « l’autre » se dissipe peu à peu, mais n’a pas pour autant complètement disparu. Certains Vietnamiens affichent toujours, dans leur regard, ou attitude, les marques de la guerre et des souffrances passées. Jusqu’à présent, plus de quarante ans après la guerre, les effets de l’agent orange, arme chimique balancée à tous vents au-dessus des forêts et des champs, se transmettent de génération en génération en s’installant perfidement dans le système immunitaire et transformant les êtres humains en légumes complètement brisés. Après le musée de la guerre et le palais de la réunification, et si le voyageur désire approfondir encore plus ses connaissances sur la guerre du Vietnam, il lui faut visiter les tunnels de Cu Chi. Claustrophobes, asthmatiques et douillets s’abstenir !
Tourisme sensoriel
La nature n’est pas au rendez-vous au cœur même de la ville, mais il suffit de prendre la route pour se retrouver au bord du delta du Mékong, jouer à l’aventurier ou se prélasser sur un canoë de fortune construit à la va-vite.
Pour les férus de beauté et d’architecture harmonieuse, cap sur le magnifique temple de Cao Dai à Tay Ninh. Le trajet pour y parvenir n’est pas des plus simples (comptez deux heures de route sur un chemin serpenté), mais il en vaut la peine ! La cathédrale Notre-Dame de Saigon construite avec des pierres toulousaines, et l’office de poste se trouvent quant à eux au cœur du district 1, et donnent un cachet occidental et romantique au centre-ville agité.
Non loin de là, se trouve l’illustre marché Bën Thành, où l’odeur des grillades macérées, se confond avec les émanations des fritures et aux parfums frais des jus de fruits pressés. Un peu comme dans une fête improvisée, les habitants de la ville se retrouvent à chaque coin de rue pour partager leurs repas, assis sur de minuscules tabourets en plastique. Partout ça rie, ça chahute, comme dans une cour de récréation.
Contrairement à la capitale Hanoï, le poids du communisme, ici, est moins palpable et la vie nocturne se développe petit à petit. Les bars, boîtes et cabarets sont assez bien répartis dans toute la ville. Si vous séjournez dans les quartiers populaires du district 1 ou 3, entre chic et choc, vous aurez l’embarras du choix. Boui-boui au décor kitsch, ou terrasses huppées des palaces à la parisienne, tout le monde y trouvera son compte sans trop d’efforts. Et même si le bruit agresse les oreilles, que la circulation y est infernale, la chaleur humide écrasante, l’ambiance qui règne dans ce brouhaha a quelque chose de touchant et d’attachant. Ce qui fait du centre du « Dragon de l’Asie », une expérience sensorielle inoubliable et atypique.
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Une ville dignement préservée par la bravoure des combattants viet cong qui ont vaillamment pété la gueule aux envahisseurs français et américains par la suite. Ho Chi Minh garde encore les traces des bombardements au napalm chimiques le long du Mekong, souvenir de la barbarie américaine qui se permet de donner des leçons de probité au monde.
00 h 17, le 04 août 2019