Destination émotions

V – À Amsterdam, prendre le temps de perdre le temps

Ce n'est pas un carnet de voyage dans le sens exact du terme : il n'y a pas d'adresses, pas de numéros de rues ou de noms d'établissements. C'est plutôt un carnet d'émotions, une invitation au voyage à travers cinq sens, exacerbés, irrités, mais heureux. Et une constante : l'envie irrépressible de revenir. Régulièrement, « L'Orient-Le Jour » vous emmène, sans visa et sans ceinture de sécurité...

Un passé très présent dans cette ville atypique.

Comme pour mieux bercer ses tendres humeurs au rythme d'un temps qui ne semble pas pressé de passer, Amsterdam navigue, intemporelle, sur ses canaux qui ne tarissent jamais d'histoires. Au gré des saisons, des mois, des jours, au gré des années qui ne l'atteignent pas, la ville pédale lentement en glissant sur ses souvenirs et son actualité. Ville de paradoxes, un pied dans le passé glorieux et prude, couleur sépia, enveloppée d'une pudeur silencieuse. Un autre dans son présent rouge passion, noyé dans des coffee shops peace and love, exposé dans des vitrines racoleuses qui ne craignent rien ni personne. Retrouver Amsterdam des années plus tard, c'est un peu comme revoir un Dorian Gray à l'image inaltérable. L'âme trouble et troublée, décalée d'un monde qui perd actuellement la tête. Sans doute le parfum et l'effet de ses cigarettes tant convoitées, mais surtout une philosophie de vie qui la protège du stress et des rides de l'âge. Et sa configuration, ses canaux, ses ponts, ses petites ruelles amicales qui la rendent si séduisante.

Histoires d'O.
Amsterdam, c'est bien évidemment et d'abord une histoire d'eaux. Eaux douces, apaisantes, qui coulent lentement dans les veines et l'ADN de ses habitants. Des canaux protégés par 1 281 ponts qui semblent les caresser du regard. Herengracht, Singel, Keizersgracht ou Prinsengracht, ces noms sonnent un peu lourd, mais sont pourtant imprégnés de légèreté. L'insoutenable légèreté des Amstellodamois qui donnent l'impression d'être à contre-courant d'un siècle d'urgences... Déployés en demi-lune autour du centre-ville, ces canaux soulignent à leur manière discrète et amicale les superbes demeures qui les bordent, édifiées pour la plupart aux XVIIe et XVIIIe siècles. Tous les styles y sont bienvenus : baroque, renaissance, néoclassique ou art nouveau, ils cohabitent en harmonie. Car la Venise des Pays-Bas possède son propre langage, un vocabulaire poétique et touchant. Image de cartes postales, certes, même si son port n'est plus qu'une chanson. Mais avec ce geste naturel et aujourd'hui écologique, qui la rend irrésistible et indémodable. Tout simplement parce qu'elle n'a jamais suivi les modes.

Traverser la ville à pied, à vélo ou en tram, faire et refaire le tour du quartier Jordaan et des 9 Straatjes, en se faufilant entre le Prinsengracht, le Herengracht, la Raadhuisstraat et Leidsegracht ; flâner dans les dédales des marchés, lécher les vitrines de ses boutiques bobos, découvrir ses nouveaux designers ou s'arrêter pour un moment d'éternité dans un de ses vieux cafés dont elle seule possède les secrets, la qualité du silence et le charme. Amsterdam, c'est juste ça. Prendre le temps de perdre son temps.

Rejoindre ses chefs-d'œuvre dans les magnifiques musées qui en font également une importante mais discrète capitale culturelle : le musée Van Gogh, bien évidemment, le Stedelijk Museum d'art moderne, le Nemo, musée scientifique construit par le fabuleux Renzo Piano en 2000, et surtout le Rijkmuseum où l'on redécouvre, avec une fascination intacte, les grands Rembrandt, Vermeer, Steen, Potter, Frans Hals et les autres. Et puis inspirer, expirer à Vondelparck, son poumon vert, en se disant que les choses simples sont souvent les plus belles.

Pour d'autres, des touristes en mal d'émotions fortes et de paradis artificiels, Amsterdam, c'est juste le moderne Centrum, De Wallen et le Red Light District, son emblématique quartier rouge. Étranges lieux où se frôlent dans un consentement mutuel les vitrines et les coffee shops qui font la réputation de la ville, mais aussi un musée de la marijuana, quelques églises, le Prostitution Information Center, le Sexmuseum ou encore le temple bouddhique de Guan Yin.
C'est enfin un visage plus moderne, plus minimaliste, une nouvelle Amsterdam dont l'architecture et l'esprit contemporains s'assortissent parfaitement à l'emblème (inter)national : le vélo.

 

Dans la même rubrique
IV – Les sourires de Rio de Janeiro sont des éclats de vie

III – Dernier tango à Paris

II - Barcelone hantée par le fantôme d'un génie

I - Le parfum envoûtant de Bangkok


Comme pour mieux bercer ses tendres humeurs au rythme d'un temps qui ne semble pas pressé de passer, Amsterdam navigue, intemporelle, sur ses canaux qui ne tarissent jamais d'histoires. Au gré des saisons, des mois, des jours, au gré des années qui ne l'atteignent pas, la ville pédale lentement en glissant sur ses souvenirs et son actualité. Ville de paradoxes, un pied dans le passé...

commentaires (0)

Commentaires (0)