Destination émotions

Les sourires de Rio de Janeiro sont des éclats de vie

Ce n'est pas un carnet de voyage dans le sens exact du terme : il n'y a pas d'adresses, pas de numéros de rues ou de noms d'établissements. C'est plutôt un carnet d'émotions, une invitation au voyage à travers cinq sens, exacerbés, irrités, mais heureux. Et une constante : l'envie, irrépressible, de revenir. Régulièrement, « L'Orient-Le Jour » vous emmène, sans visa et sans ceinture de sécurité...

C’est une ville merveilleuse, pleine de contrastes et d’émotions qui finissent par se compléter. Toujours avec le sourire, les cariocas s’enivrent de soleil pour noyer les contradictions qui l’animent. Rio séductrice, passionnante, dangereuse n’est pas juste un carnaval. Et pourtant, même quand elle prie, même quand elle pleure, Rio danse(Photos Carla Henoud)

La Cidade Maravilhosa... Ces mots qui qualifient Rio, qui lui collent à la peau tannée, résonnent comme le titre d'une chanson fredonnée sur des airs de samba ou de bossa-nova. Avec, dans la tête, la voix sensuelle d'un Antonio Carlos Jobim et les textes de Vinicius de Moraes attendant encore sa fameuse Girl from Ipanema.

La ville merveilleuse porte bien son nom. Merveilleux, ses contrastes, parfois violents, extrêmes, toujours surprenants, que le soleil réchauffe, embrase, console de ses misères et abandonne aux petits bonheurs. Des bonheurs simples et sensuels. Rio sous le soleil, animée, sexy, et Rio sous la pluie, éteinte, vide et morne, comme la qualifie un de ses habitants. Une ville de plaisirs et de violence, d'excitations et d'agressions, communément appelées Latrocinios, et qui finissent souvent en crimes. Le yin et le yang. Le meilleur et le pire. Alors on garde le meilleur...

Sous le soleil exactement, presque toute l'année, Rio danse, même quand elle prie, même quand elle pleure. Et que, en février, alors qu'il fait tellement gris ailleurs, son festival de plumes, de costumes, de couleurs, de paillettes et de strass fait perdre leurs têtes et leur âme aux millions de Cariocas, en les embarquant au septième ciel.

Bénédictions
Rio de Janeiro, étrange Rivière de janvier salée, entourée de plages dorées, à perte de vue. Une vie parallèle s'y déroule dans un décor enchanteur, malgré la pauvreté qui n'est pas loin, dissimulée dans les dangereuses favelas. On croise des joggeurs, des joueurs de beach volley-ball, des vendeurs de fruits et jus exotiques, de tee-shirts, de bracelets, de paréos. Un peu de ce Brésil enchanteur à ramener avec soi. On se perd à Ipanema, à Copacabana, en s'arrêtant à son légendaire Palace où Lola fait encore son show. On longe les kilomètres de Promenade aujourd'hui envahis d'hôtels et de restaurants modernes, le regard happé par le Pao De Açūcar, roc délicieusement sucré, qui surplombe la ville, ou par la Pedra Dos Dois Irmaos, la montagne des Deux Frères...

On se laisse ensorceler par ces hommes, beaux comme des dieux, le corps bronzé et ferme offert aux regards, au ciel, offert en guise de remerciement ou d'hommage au Christ Rédempteur. Ce gardien des âmes, gardien de la ville, perché à 710 m sur le Corcovado (le bossu). Sauveur aux bras grands ouverts qui veille paisiblement sur Rio depuis 1931. Trente mètres de haut, (dé)posé sur un piédestal de 8 m, le Cristo Redentor, œuvre du sculpteur français Paul Landowski, semble donner sa bénédiction tous les matins du monde, tous les lendemains de fête, effaçant ainsi d'un geste les (nombreux) excès de la veille.


Nuit fauve
Le merveilleux, dans cette ville, exprime les infinies couleurs de la vie et sa palette d'émotions. Il se dévoile au gré des heures de la journée, la parant de nuances de bleu, la mer, immense; de beige, le sable si fin qu'il se glisse entre chaque pore et devient le plus beau souvenir de cet inoubliable voyage ; de vert, celui des parcs, des arbres et des jardins qui composent un paysage intense; de rouge enfin, discrète tonalité en métamorphose, jusqu'à se transformer en une brûlure de l'âme, la nuit tombée.

Dangereuse nuit noyée de Caipirinha. Étrange nuit où tout est permis, où la liberté se vit pleinement et en harmonie avec la religion catholique. Pas de place, ici, pour le péché, l'enfer, l'interdit. Le sexe, vécu à l'extrême, ne connaît pas de châtiment. Même les églises, et elles sont nombreuses, à leur tête la fameuse cathédrale Metropolitana et l'Igreja de Nossa Senhora da Candelária, ne ferment presque jamais leurs portes. Elles seront visitées pour leur beauté brute et leur silence d'après la tempête.

Puis vient le jour. Les quartiers conseillés, Leblon, Centro, les quartiers avec un charme de plus en plus fou, Santa Teresa, Lapa. Et, nichés au haut des collines grignotées illicitement, les bidonvilles qui, à leur manière, décrivent l'autre visage de la Cidade Maravilhosa. Vidigal, Mangueira, Rocinha, Cidade de Deus (La cité de Dieu) et d'autres... Une pauvreté extrême, des familles nombreuses qui les habitent dans un désordre organisé. De la violence, souvent, des femmes qui s'offrent avec une banalité déconcertante. Mais aussi, paradoxalement, des enfants heureux, affichant, offrant au regard discret un inoubliable sourire. Vrai. Désintéressé. Complice. Un sourire que le visiteur enivré retiendra. Tout comme la chaleur d'un peuple qui a le soleil dans le cœur. Le meilleur qui fait oublier le pire.

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