Le Liban dégage un tel ennui en ce début d’été que la vie quotidienne a pris la forme d’un long bâillement. Le gouvernement navigue à la godille, alourdi par la guerre régionale, les négociations avec le FMI ne sont plus qu’un vague souvenir, et avec sa dernière rallonge de deux ans, le Parlement a défié toutes les lois sur l’élasticité des matériaux.
Alors, que font les Libanais quand ils s’ennuient ? Bingo ! Ils cogitent de géopolitique internationale. L’appel du large, encore et toujours ! Et cette fois, c’est la Turquie qui est à la mode.
Alors faites silence, les bouseux ! Une nouvelle expérience se prépare et des intermittents du neurone phosphorent à toute vibure pour nous la servir à point, entièrement enrobée de loukoum. Vous avez aimé la semelle palestinienne, la botte israélienne, la babouche syrienne, puis la sandale iranienne ? Vous allez adorer la savate turque.
Dans ce Liban paradis des mutants bienheureux, les guignols communautaires aux commandes de leurs populations décavées ne trouvent pas mieux que de mitonner régulièrement des alliances farfelues au seul bénéfice sectaire de leurs ouailles. Ainsi en est-il maintenant des patrons politiques sunnites. Orphelins du Mollasson du Futur qui les a largués pour se calfeutrer aux Émirats auprès de MBZ dont il est le voisin de palmier, gavés à ras-la-panse des victoires divines ratées du Hezbollah, ils se prennent maintenant à vouloir tâter de l’Étrangleur ottoman.
Pour Recep Tayyip (… hip, hip, hourra !), la vie n’a jamais été aussi belle. Depuis que la Syrie est tombée dans son escarcelle après le départ de Bachar el-Assad et de ses bouviers moustachus biberonnés au Baas, il ne cesse de lorgner alentour, espérant damer le pion aux Iraniens avec la complicité de son allié américain peroxydé. Déjà qu’il a failli avaler son minaret quand le Trumpinator avait choisi Bibi le Nataniais pour sa randonnée militaire, le reis turc est aujourd’hui à l’affût de nouvelles alliances pour mettre du beurre dans les épinards. Même si en termes de beurre, les Libanais sunnites font pour lui figure de noisette…
Sacré Erdo ! Il est loin le temps où les bonnes âmes européennes se pâmaient devant cet Oriental ombrageux tiré à quatre épingles, toujours en veston-cravate, rasé de près, sans chemise de nuit ni babouches. À l’époque, il représentait une aberration sémantique tirée des printemps arabes : l’islamiste modéré. Comprendre, le fanatique gentil qui cogne sa femme avec des petites pierres et ne met le poignard entre les dents qu’après les avoir brossées.
Il n’en faut pas plus pour que les sunnites du Liban se mettent aujourd’hui à palpiter pour celui que ses partisans surnomment Eagle 4 (Y gueule fort), dès qu’il parle d’Israël. Quelques jours auparavant, leurs compatriotes de Tripoli s’étaient bien rodés au cours d’une répétition générale avec le Syrien Assaad el-Chaïbani, issu de la même nurserie islamiste et accueilli avec force coups de cymbale et trompettes.
Bref, la nouvelle génération de guides est avancée. Si ça se trouve, les dents des poules qui connaîtront la fin de cette manie suiviste bien de chez nous n’ont pas encore poussé. Éternel balancier d’un pays qui galope à reculons.
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