Destination émotions

VI - San Francisco, Quai des Brumes

Ce n'est pas un carnet de voyage dans le sens exact du terme : il n'y a pas d'adresses, pas de numéros de rues ou de noms d'établissements. C'est plutôt un carnet d'émotions, une invitation au voyage à travers cinq sens, exacerbés, irrités, mais heureux. Et une constante : l'envie, irrépressible, de revenir. Régulièrement, « L'Orient-Le Jour » vous emmène, sans visa et sans ceinture de sécurité...

Le mythique Golden Gate Bridge, 2,7 km au-dessus de l'océan Pacifique.

Le fond de l'air est frais en cette matinée de printemps. Noyée dans un brouillard qui l'enveloppe, la caresse, la fouette parfois pour mieux la réveiller, et surtout la protège des (mauvais) vents, la baie émerge d'une longue nuit presque blanche. Une nouvelle journée se lève sur San Francisco, Maxime Leforestier murmure au loin ses souvenirs, les illusions d'une jeunesse idéaliste et d'un monde alors en mode Peace and Love.
San Francisco, Everybody's Favorite City, également surnommée Fog City, prend son temps, le temps de vivre, et baille à la face d'un monde trop pressé. Préférant baigner dans une nostalgie des années 60 dont elle n'a pas vraiment envie de se débarrasser complètement. Les ruelles, qui forment collines et pentes, s'étirent en douceur et font leur salutation au soleil. Lentement, le paysage se dessine, s'affirme, confirme son indélébile charme. Lentement, le Golden Gate Bridge, et ses 2,7 km trônant au-dessus de l'océan Pacifique, déchire l'épais nuage, trace leur chemin aux citadins, installe les premiers repères et la première touche de couleur. Un audacieux orange qui le caractérise depuis 1937, date de sa création par les architectes Joseph Strauss, Irving Morrow et Charles Ellis.
Le ciel bleu transparent, clair et glacé, laisse ensuite apparaître les gratte-ciel qui dessinent le quartier du Financial District. Des immeubles modernes, certes, mais qui n'agressent en rien les maisons victoriennes, souriantes et si légères, bien dans leur (vieille) peau, même si dans l'air d'un autre temps. La Transamerica Pyramid, arrogante du haut de ses 48 étages, pointe à son tour le bout de son nez en quartz. Union Square donne le tempo. La cité revêt ici son costume et les hommes d'affaires, même en jeans, ont déjà démarré leur journée. Plus loin, plus calmement, Alamo Square et les Seven Painted Ladies, gardiennes de l'âme de la ville, alignées comme des mannequins après un défilé, sourient élégamment. China Town affiche ses couleurs, exhale ses parfums et vend son exotisme à des touristes en quête de surprises et des locaux en mal d'ailleurs. Mission District brandit son hispanisme. Mission Dolorès et Castro toute la fierté et toutes les couleurs de leur arc-en-ciel émotionnel et sexuel. La vie se répand et avec elle un parfum de gens heureux.

Des hauts et des bas
San Francisco dévoile ainsi tous les matins, fièrement et sans tabous, son âme multicolore et cette belle mosaïque culturelle qui fait sa spécificité. Comme un tapis rouge déroulé au pied des non-traditionnels. Une invitation adressée à toutes les différences sociales et raciales à cohabiter en toute liberté et avec respect. Complémentaire dans toutes ses singularités, la ville est également une mosaïque de sensations et de couleurs. Des hauts et des bas qui font perdre la tête, riches et pauvres, locaux et étrangers, pentes et collines, parcs et océan, terre et eau (salée), bleu et vert.
San Fran, c'est le charme des ruelles qui se réveillent à leur tour avec leurs cafés, leurs musées (notamment le SF Museum of Modern Art, qui a rouvert ses portes en mai après trois ans de rénovation et 350 millions de dollars investis, le De Young Museum ou encore le Fine Art Museum) et Lombard Street la plus sinueuse, enivrante avec ses 8 virages en épingles à cheveux. Pacific Heights où le passant espère encore rencontrer Mrs Doubtfire, ressusciter Robin Williams, croiser Sharon Stone ou David Lynch à Twin Peaks, Harvey Milk sous les traits de Sean Penn abattu à City Hall, Joan Baez ou Jack Kerouac fumant un joint à Haight-Ashbury. C'est l'étendue de ces espaces immenses traversés par des cyclistes, des coureurs, des marcheurs, qui démarrent leur journée en chantant. Cette vue réellement imprenable mais si prenante sur la baie de Ocean Beach à Ficherman's Warf, le regard fixé un moment sur Alcatraz, pour le célèbre mythe de cette prison dont on ne s'échappe (presque) jamais. Et puis des quartiers qui ne se ressemblent pas, des avenues, mais surtout des gens. Des individus, des êtres, des âmes qui tremblent encore à l'idée d'un nouveau tremblement de terre, qui se souviennent des premières victimes du sida, tombées là, dans les Streets of San Francisco... Et qui choisissent de vivre au jour le jour, en attendant le prochain réveil, dans un même rituel de liberté.

 

 

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Le fond de l'air est frais en cette matinée de printemps. Noyée dans un brouillard qui l'enveloppe, la caresse, la fouette parfois pour mieux la réveiller, et surtout la protège des (mauvais) vents, la baie émerge d'une longue nuit presque blanche. Une nouvelle journée se lève sur San Francisco, Maxime Leforestier murmure au loin ses souvenirs, les illusions d'une jeunesse idéaliste...

commentaires (1)

Merci , pour le voyage.... Pierre Mac Orlan vous salut.....

M.V.

13 h 02, le 11 août 2016

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Commentaires (1)

  • Merci , pour le voyage.... Pierre Mac Orlan vous salut.....

    M.V.

    13 h 02, le 11 août 2016