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La Dernière

VIII – Le Kenya, des animaux, des arbres et des hommes

Destination émotions

Ce n'est pas un carnet de voyage dans le sens exact du terme : il n'y a pas d'adresses, pas de numéros de rue ou de noms d'établissement. C'est plutôt un carnet d'émotions, une invitation au voyage à travers cinq sens, exacerbés, irrités, mais heureux. Et une constante : l'envie, irrépressible, de revenir. Régulièrement, « L'Orient-Le Jour » vous emmène, sans visa et sans ceinture de sécurité...

Carla Henoud | OLJ
09/12/2017

Il existe des endroits bénis des dieux, si seulement les hommes n'y crachaient pas tout leur venin pour les détruire ou les transformer. Loin d'un monde de surconsommation où le plus grand, le plus cher, le plus haut se font la compétition tous les matins, la nature du Kenya est une magnifique thérapie. Une invitation à se déconnecter de tout le superflu et à s'immerger dans quelque chose de tellement plus vrai et saisissant. Face à cet immense silence, lorsque le jour se lève ou que le soleil se fond dans l'espace, les mots ne veulent plus dire grand-chose. Place est faite à la contemplation, une forme de prière, à chacun son Dieu, et l'humilité.

À Nairobi, capitale du Kenya, la misère et la surpopulation côtoient les tours modernes et les banlieues plus chics. La vie de nuit frôle la ville de jour, assourdissante, et les safaris habitent le silence puissant d'une nature carte postale. Les millions d'habitants se perdent dans les bidonvilles, et les milliers d'animaux sauvages – principalement les lions, léopards, éléphants, rhinocéros et buffles – dans les magnifiques réserves (une quarantaine en tout) qui leur sont dédiées. Pourtant, la nature se fait sentir dans la ville. Elle est toute proche, à quelques kilomètres à peine. Une étrange sensation, qui se précise lors de la découverte du parc national de Nairobi, l'un des plus petits parcs nationaux du Kenya, situé à 7 kilomètres du centre et ouvert en 1946. Premier safari timide, un safari presque urbain où la nature est aride, ridée. Non moins de 117,21 km2 sur lesquels défilent des girafes top models, des éléphants tendresse, des drôles de zèbres et des rhinocéros bougons avec, en arrière-plan, des tours et des cheminées industrielles expirant leur souffle pollué. Une grisaille qui rappelle au visiteur qu'il est au cœur de la cité. Premier contact distant, car le visiteur ne peut pas quitter la voiture, avec les magnifiques girafes, gracieuses et indifférentes à ce qui se passe « plus bas ». Une frustration qui sera vite consolée par la visite de la réserve Giraffe Center, dans la banlieue chic de Langata, à 40 minutes de Nairobi. Affilié au Fond africain pour la faune en danger du Kenya (AFEW Kenya), fondé en 1979 par Jock Leslie-Melville et sa femme Betty, le centre s'est d'abord chargé de protéger une race en voie d'extinction, les girafes Rothschild, avant de se transformer, quatre ans plus tard, en centre éducatif pour des centaines d'enfants du pays. Ici, le visiteur peut s'approcher, donner à manger à ces reines immenses, et, le cou rivé vers le ciel, se sentir impressionné et évidemment très petit !

Complètement immergé dans cette Afrique chair de poule, le musée Karen Blixen, à 10 kilomètres de Nairobi, permet de mieux voir, sentir et imaginer l'auteure de La Ferme africaine, adapté au cinéma par Sydney Pollack sous le titre Out of Africa, avec le magnifique duo Meryl Streep et Robert Redford. Transformée en musée, la maison a été construite en 1912 et achetée cinq ans plus tard par elle et son époux, le baron Bror von Blixen-Finecke. Lorsque le couple se sépare, en 1921, Blixen demeure dans sa « ferme » mais la quitte, ruinée, en 1931. Le Danemark en fait don au nouvel État kényan en 1964 pour fêter son indépendance. Au lendemain du succès phénoménal du film, le musée ouvre ses portes au public en 1986. On peut ainsi se balader, intrus, presque indiscret, dans le parc, les pièces intérieures, chambres à coucher, cuisine, bureau et salle à manger, dont la décoration originelle a été restituée, agrémentée d'objets récupérés du tournage.
Enfin, avant de quitter Nairobi pour des safaris plus lointains et plus sauvages, la visite de l'orphelinat des éléphants, géré par la David Sheldrick Wildlife Trust, est un réel moment de tendresse. Ces bébés éléphants, qui ont perdu leurs parents tués par d'avides et cruels braconniers, sont pris en charge par des professionnels qui les connaissent un à un, leur administrent des soins quotidiens, les nourrissent tout en vous racontant leur histoire. Lorsqu'ils sont suffisamment grands ou rétablis, les éléphants sont transférés dans le parc du Tsavo afin d'être réintégrés dans des troupeaux sauvages.

 

Des arbres de vie
Et puis, au troisième jour, une autre aventure démarre. Nous voilà prêts, et impatients, de réellement sortir de Nairobi. Quitter les sentiers battus, même s'il faut suivre, pour cela, les traditionnels parcours touristiques. Le chemin qui mène au parc national du lac alcalin Nakuru, à 160 kilomètres de Nairobi, est par moments désastreux. Un véritable off road qui n'empêche pas le conducteur/guide de rouler très vite ! Au passage, des villages sans nom, des enfants qui marchent, souriants, on se demande vers quoi, des femmes assises à l'ombre d'un arbre. Des salons de coiffure et des hôtels étranges qui côtoient les bouchers... Des enseignes colorées, jaune, rouge passion. À peine arrivés dans cet espace enchanté,188 km2, où tout est bien indiqué, l'air semble plus humide, le sable plus doux et le vent plus clair. Les arbres ressemblent par endroits à des sculptures ciselées par les saisons et le temps qui passe. Les zèbres, les rhinocéros noirs, les milliers de flamants roses, les magnifiques gazelles, les impressionnants fauves et félins habitent ce paysage lunaire où l'on trouve la plus grande densité d'animaux sauvages au kilomètre carré.

Et, pour boucler en quelques jours le bref et intense séjour au Kenya, un safari dans la réserve de Masaï Mara offre deux journées de pur enchantement. Des réveils inoubliables, des nuits presque blanches peuplées de magie. Inscrite à l'inventaire du patrimoine de l'humanité, Masaï Mara – qui porte son nom de la tribu qui vit sur ses terres, les Masaïs, et de la rivière qui la traverse, la Mara – se situe à la frontière de la Tanzanie. Cette réserve est le prolongement nord du parc national de Serengeti. La somme des deux réserves, Masaï Mara (1 543 km2) et Serengeti (14 763 km2), forme un gigantesque territoire préservé où évolue une faune sauvage considérée comme la plus importante au monde. Ce territoire permet donc aux voyageurs une variété de safaris quasi infinie.

Guetter les lions qui préfèrent dormir, nonchalants, au pied d'un arbre, assister au coucher du soleil ou vivre un lever du jour dans cette immensité. Observer la valse des nuages, la marche des gazelles, dialoguer avec le ciel et toucher à l'essentiel. Inoubliable Kenya.

 

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