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Fête de l'armée : Aoun appelle tous les Libanais à consentir des sacrifices

Liban

"Avoir recours aux pratiques du passé porte atteinte à la vie nationale, menace de ralentir la croissance et met en danger la sortie de crise actuellement. Cela doit immédiatement cesser", a martelé le chef de l'Etat, lors d'un discours prononcé à l'occasion du 74e anniversaire de la troupe.

OLJ
01/08/2019

A l'occasion du 74e anniversaire de l'armée libanaise, le président de la République, Michel Aoun, a appelé tous les Libanais à consentir à des sacrifices dans le contexte de crise socio-économique que traverse le pays. Le chef de l'Etat a tenu ces propos lors d'un discours prononcé devant les militaires, et en présence du Premier ministre, Saad Hariri, du président du Parlement, Nabih Berry, et d'un parterre d'officiels et de personnalités de différents horizons.

La cérémonie officielle, qui a débuté à 9h dans la caserne Chucri Ghanem, à l'Ecole militaire située à Fayadié, se tient au moment où le pays connaît une crise politique majeure. Le gouvernement ne s'est plus réuni depuis un mois en raison des tensions suscitées par les affrontements armés meurtriers entre les formations rivales druzes de Walid Joumblatt et Talal Arslane dans le caza de Aley, le 30 juin dernier. 

Dès son arrivée, le président Aoun a déposé une gerbe de fleurs devant une stèle en hommage aux militaires tués au combat, alors que dans les airs des hélicoptères militaires survolaient le ciel de Fayadié, où les routes ont été fermées à la circulation en matinée. Le chef de l’Etat a ensuite remis aux élèves-officiers leurs épées, dans le cadre de la promotion "Jubilé de diamant de l'Indépendance". Cette promotion est composée de 269 officiers : 166 issus des rangs de l'armée, 90 des Forces de sécurité intérieure, 11 de la Sûreté générale et deux des Douanes. 



Photo Dalati et Nohra



Des "exploits"
"Elèves-officiers, votre choix d'une vie militaire est la preuve de votre courage et d'un esprit de don national. En célébrant le jubilé de diamant de l'Indépendance et en choisissant ce titre pour votre promotion, vous réitérez votre engagement à protéger le pays, à défendre son indépendance et sa souveraineté, quel que soit le prix des sacrifices", a dit le chef de l'Etat en s'adressant aux jeunes officiers.

"L'armée a prouvé qu'elle est au-dessus des intérêts et des tensions partisanes et qu'elle est la garantie de la nation. Durant les deux dernières années, l'armée a accompli des exploits. Elle a libéré nos jurds (arrières-pays) des terroristes et a pu, ainsi que le reste des forces de sécurité, vaincre la plupart des cellules dormantes de ces terroristes et paralyser leurs mouvements, offrant au Liban une sécurité précieuse que recherchent tous les Etats", s'est en outre félicité le président Aoun. "Les exploits de notre armée nécessitent toute l'attention et la sagesse pour les sauvegarder. Ces exploits se poursuivent en gardant l’œil ouvert sur notre frontière sud, où l'ennemi israélien a des visées sur notre pays et viole constamment les résolutions et traités internationaux, surtout la résolution 1701 (du Conseil de sécurité de l'ONU qui mit fin à la guerre de 2006 entre le Hezbollah et Israël). Ces exploits sont également protégés en renforçant la stabilité et la sécurité sur la scène intérieure", a ajouté le chef de l'Etat.

Il a également rappelé que "les dangers ne sont pas uniquement sécuritaires. Certains sont économiques et cela menace le Liban". "La sécurité est à la base de tout développement, a poursuivi le président Aoun. L'économie ne peut se développer dans un pays où la sécurité est menacée. La sécurité est une ligne rouge, et il n'y aura pas de laxisme face à toute tentative de porter atteinte à cette sécurité. Notre peuple mérite de vivre en sécurité et d'exercer tous ses droits pour la liberté, sans peur, dans toutes les régions du Liban". 


Des hélicoptères de l'armée libanaise, effectuant un vol lors du 74e anniversaire de la troupe. Photo ANI



Des "sacrifices"
Le président Aoun a ensuite fait allusion aux mesures d'austérité que le gouvernement a adoptées dans le cadre du budget de l'année en cours, et qui touchent l'armée et les retraités militaires. "Camarades d'armes, nous ne sommes pas des employés ou des fonctionnaires, même si nous subsistons grâce à un salaire et des dons qui nous sont accordés et qui constituent notre droit (...)", a rappelé le chef de l'Etat, qui était par le passé le commandant en chef de l'armée. "Le pays traverse une crise économique, financière et sociale aiguë, qui est en partie le résultat des guerres régionales et de la situation économique mondiale, mais qui est également due à des années d'erreurs accumulées. Mais nous sommes capables de dépasser cette crise et de sauver la nation si nous faisons preuve de détermination", a insisté le chef de l'Etat. "Des sacrifices sont requis de tous les Libanais actuellement, sans exception, afin que cette opération de sauvetage réussisse. Si nous tous ne consentons pas à des sacrifices aujourd'hui et n'acceptons pas de renoncer à certains de nos acquis, nous risquerons de les perdre dans leur intégralité, une fois notre pays devenu à la merci des institutions internationales et des bailleurs de fonds qui pourraient nous imposer des plans économiques et financiers sévères", a prévenu M. Aoun.

S'adressant ensuite aux responsables politiques présents à la cérémonie, le président de la République a appelé à ne pas rouvrir les plaies du passé. "Il est inutile pour le Liban de voir certains avoir recours aux usages du passé, qui exacerbent les sensibilités et portent atteinte à la volonté du vivre ensemble, une volonté consacrée par l'accord de Taëf", qui mit fin à la guerre civile en 1990, a souligné le président Aoun. "Avoir recours à ces pratiques du passé porte atteinte à la vie nationale, menace de ralentir la croissance et met en danger la sortie de crise actuellement. Cela doit immédiatement cesser", a martelé le chef de l'Etat.

"L'accord de Taëf, que je me suis engagé à appliquer en prêtant serment et que le gouvernement s'est engagé à respecter dans sa déclaration ministérielle, constitue une protection pour le Pacte national en consacrant les droits de tous et l'équilibre entre les différentes strates de la société. Aucune action ou pratique ne peut donc contredire l'esprit de cet accord", a estimé le président de la République.

En conclusion, le chef de l'Etat s'est adressé aux jeunes officiers : "Soyez sûrs qu'en vertu de mes responsabilités, je veillerai constamment à la protection de vos droits et de votre dignité, de la même manière que vous protégez la dignité de la nation avec vos sacrifices".



Les trois présidents Nabih Berry (g), Michel Aoun (c) et Saad Hariri. Photo Dalati et Nohra



"Nous ne pouvons plus retourner en arrière"
Après la cérémonie, le président Aoun a reçu à Baabda le commandant en chef de l'armée, le général Joseph Aoun à la tête d'une délégation d'officiers. Il a affirmé que le Liban profite aujourd'hui d'une "immunité contre toutes les forces, extérieures et intérieures, qui veulent l'influencer". Concernant les affrontements de la Montagne, il a souligné que "les responsables politiques œuvrent à résoudre" cette crise, précisant que la "seule porte de sortie" possible est que la justice mène une enquête sur les incidents. "La sécurité est sacrée et il est interdit de la compromettre, surtout que l'économie et la stabilité du Liban paient déjà le prix fort des guerres des autres, a-t-il ajouté. "Nous ne pouvons plus retourner en arrière, à l'état d'instabilité que nous avons précédemment expérimenté". 

"La confiance et l'amour du peuple libanais, ainsi que les armées des Etats amis, apportent à la troupe ce que les budgets ne peuvent pas lui apporter, en terme d'équipements, d'entraînement et de logistique", a de son côté affirmé le chef de la troupe au président Aoun.

La veille, le commandant en chef de l'armée avait déclaré, dans son ordre du jour à la troupe, qu'il n'y avait plus de place au Liban pour "les divisions" entre Libanais et que les incitations à la haine et aux dissensions ne seront pas tolérées dans le pays.



"Seule notre armée est à la hauteur"
A l'occasion de la fête de l'armée, plusieurs responsables se sont prononcés. Le chef des Forces libanaises, Samir Geagea, s'est contenté d'écrire sur Twitter : "Seule notre armée est à la hauteur". Le chef du Parti socialiste progressiste, Walid Joumblatt, a, lui, félicité l'armée "qui est le bouclier qui protège la nation, la paix civile et la stabilité, avec toutes les forces de sécurité". "En espérant que certains dépassent la mentalité des affrontements et qu'ils soutiennent, en parole et en actions, l'accord de Taëf, loin des interprétations", a ajouté M. Joumblatt, dans une critique à peine voilée du chef de l'Etat qui s'est attardé sur le respect de Taëf, lors de son discours. "L'avenir est plus important que le passé figé", a conclu le chef du PSP, rejoignant par là le président Aoun.

De son côté, le patriarche maronite, Béchara Raï, a "demandé à Dieu d'accorder aux militaires (...) la santé nécessaire afin de mener leur mission sacrée en maintenant la sécurité et en luttant contre le terrorisme, afin de renforcer le vivre-ensemble des Libanais et faire barrage à toute atteinte contre le Pacte national". Le chef de l'Eglise maronite a également appelé à "renforcer les capacités matérielles et financières de l'armée".


L'armée et les Forces de sécurité avaient été la cible, début juin, d'attaques menées à Tripoli par un islamiste libanais, identifié comme ayant combattu avec le groupe Etat islamique. Deux militaires, le lieutenant Hassan Ali Farhat et le soldat Ibrahim Mohammad Saleh avaient été tués dans ces attaques, qui avaient également fait deux morts parmi les agents des Forces de sécurité intérieure. 

Mardi, le général Aoun avait présidé une réunion à Yarzé avec les responsables des différents services de sécurité à l'issue de laquelle il a été convenu d’une série de mesures susceptibles de renforcer la stabilité durant la saison estivale.

En 2016, l'armée avait été secouée par une affaire de pots-de-vin pour faire entrer des élèves à l’Ecole militaire. Le 22 juillet, le ministre de la Défense Elias Bou Saab, a affirmé avoir réclamé au ministre de la Justice, Albert Serhane, de transférer le dossier devant une autre autorité que celle du tribunal militaire, où il est en suspens depuis près de deux ans. Interrogée par L’Orient-Le Jour sur les raisons pour lesquelles le ministre de la Justice a désigné l’Inspection judiciaire, une source militaire affirme que certains magistrats du tribunal militaire sont soupçonnés de ralentir, voire d’entraver le cours de la justice dans l’affaire de l’Ecole militaire. Elle estime que ce torpillage serait dû soit à leur proximité avec les officiers accusés d’avoir reçu des pots-de-vin, soit aux pressions politiques qu’ils subissent en vue d’épargner les coupables. Une autre source informée indique à L’OLJ que parmi ceux qui ont reçu des gratifications pour faire admettre des postulants à l’Ecole militaire, figurent aussi des officiers de l’armée et des Forces de sécurité intérieure à la retraite, ainsi que des civils.



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Wlek Sanferlou

Retourner aux pratiques d'antan est aberrant! Pour une fois un discours qui reflète les bonnes pratiques à continuer et à suivre.
On a bien commencer par prendre un retard de deux ans et demi pour élire le président, du modernisme du 23eme siwcle. 9 mois pour former un conseil de mini-styre, un seul président du parlement pour plus de 20ans car la communauté chiite apparemment n'a plus d'hommes aptes de prendre ce poste et bien sûr, à ne jamais oublié un système de vote compatible avec Microsoft et Apple tant c'est compliqué pour le cerveau humain de comprendre!
Voilà, on a donc réussi un oublier le passé et ouvert les portes de la cave d'alibaba à nos politiciens...
Mabrouk Mabrouk

Antoine Sabbagha

Mabrouk pour le 74e anniversaire de l'armée libanaise en espérant de voir un jour un Liban souverain libre et sans réfugiés.

Irene Said

Tous les Libanais...?
Y-compris ceux qui gravitent autour de vous et se remplissent les poches au détriment des faibles ?

Et qui ont, étant soi-disant responsables, par leur corruption amené notre pauvre pays dans la situation catastrophique actuelle ?

Mais il y aura toujours des flatteurs pour vous encenser, fermant les yeux sur la misère de leurs compatriotes moins chanceux...car ils ne manquent de rien eux... étant protégés...

Irène Saïd

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

TOUS LES LIBANAIS... MAIS L,ON ENTEND PLEIN DE VOIX DISCORDANTES ET DE BOYCOTTEURS QU,ON ESSAIE D,AMADOUER AVEC DES COMPROMIS. HAYDA LEBNEN !

Atalante fugitive

Sacrifices du peuple pendant que les dirigeants se remplissent les fouilles à coup de marchés dits "publics" en vérité largement en faveur de leurs familles et entre-soi, fermez le ban.

BOSS QUI BOSSE

Avoir recours aux pratiques de passé....

Vous avez tout dit Commandante Phare Aoun.

Notre Liban actuel est fort, libre et indépendant des pratiqués du passé.

Merci mille fois.

Gebran Eid

CES ÉLÉVES OFFICIERS SONT TOUS INTÉGRÉS LES RANGS DE L'ARMÉE PAR COMPÉTENCE ? ET LES FAUX DIPLÔMÉS, LEUR NOMBRE MONTE À COMBIEN ? SVP

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