Liban

Le commandant en chef de l’armée et l’agenda politique

Décryptage
25/06/2019

Alors que les médias s’emploient à analyser la visite qu’il a effectuée en Arabie saoudite – la première du genre il faut le préciser – le commandant en chef de l’armée, le général Joseph Aoun, préfère concentrer son attention sur les discussions parlementaires au sujet du projet de loi sur le budget. Selon les sources proches de Yarzé, le général Aoun suit de près les développements sur ce sujet, en étroite coopération avec le ministre de la Défense Élias Bou Saab qui se considère en quelque sorte comme le porte-parole du commandement militaire auprès de la classe politique.

Selon ces sources, le commandant en chef n’attache aucune importance aux interprétations politiques de sa visite à Riyad, qui a suivi de près une visite à Washington. Il considère qu’il a effectivement trop à faire au regard de ses responsabilités dans une période aussi délicate sur les plans sécuritaire et régional, notamment face à un ennemi peu conventionnel (le terrorisme des loups solitaires et des cellules dormantes), pour se laisser entraîner dans des polémiques politiques.

En clair, toujours selon ces mêmes sources, le général Aoun considère qu’il n’a pas le temps actuellement de se lancer dans une course pour la présidence, alors que la campagne présidentielle n’est pas ouverte et que l’échéance est dans près de trois ans. Les milieux proches de Yarzé rappellent que lors de sa nomination à la tête de l’armée, il n’était pas le candidat favori de Washington. Il a été choisi par des parties locales (en l’occurrence le chef de l’État) et pour des considérations professionnelles, liées à son parcours. Depuis sa désignation, il s’est efforcé d’éloigner la politique de l’armée et de faire son travail en évitant de répondre aux appels politiques, s’en tenant strictement à sa mission. C’est dans ce cadre qu’il s’est rendu plusieurs fois à Washington, l’administration américaine étant la principale partie étrangère aidant l’armée. L’institution militaire a en effet besoin de cette aide, en raison de la crise économique et des coupes budgétaires opérées par le gouvernement depuis des années. C’est aussi grâce à l’aide des États-Unis que l’armée avait pu mener la bataille du jurd, qui a porté un coup fatal à la présence terroriste au Liban en tant qu’organisation contrôlant un territoire. C’est d’ailleurs cette bataille, menée de main de maître, en un temps record et avec un minimum de pertes, qui a poussé Washington à rendre hommage au travail de l’armée et à décider d’augmenter les aides qu’elle lui fournit.

Les sources proches de Yarzé démentent aussi les informations qui circulent dans certains médias sur le fait que l’aide de Washington serait conditionnée, notamment dans le sens d’interdire à l’armée de recevoir toute autre aide que celle provenant des États-Unis. Selon elles, la réalité est que la plus grande partie des équipements de l’armée libanaise est de fabrication américaine. Ce qui favorise l’acceptation des aides US au détriment d’autres équipements. Toutefois, la troupe a aussi des équipements français et britanniques. Ce qui montre bien qu’il n’y a aucune exclusivité américaine et qu’il n’y a donc aucune exigence de ce genre.

Les visites à Washington sont donc justifiées à la fois sur le plan technique et sur le plan purement militaire, sachant que le Liban fait partie de la coalition internationale pour la lutte contre le terrorisme. Maintenant, si la dernière visite à Washington a semblé liée à l’invitation qu’il a reçue de Riyad, ce n’est pas au commandant en chef d’en répondre. Son rôle à lui se limite à établir de bonnes relations avec les différents pays, dans le cadre des décisions du gouvernement.

Pour les milieux de Yarzé, le fait de placer ces visites dans le cadre de la course à la présidentielle et surtout de susciter un conflit latent entre le général Joseph Aoun et le ministre des Affaires étrangères Gebran Bassil montre essentiellement une volonté d’entraîner l’armée dans les méandres de la politique et d’entraver son travail. Pour ces mêmes milieux, il s’agit aussi de discréditer le général Aoun et de réduire son action à une tentative de gagner les faveurs de parties régionales et internationales pour être élu à la présidence de la République. Or, le commandant en chef préfère se consacrer à sa mission et les calculs politiques ne font pas partie de son agenda. Une réunion de coordination aurait même eu lieu récemment au palais de Baabda regroupant le chef de l’État Michel Aoun, le ministre Gebran Bassil et le général Aoun pour éviter d’éventuels malentendus. Ce n’est d’ailleurs pas la première réunion du genre et la coordination est indispensable dans une période aussi sensible.

C’est aussi sans doute pour couper court à toutes les tentatives de créer une rivalité là où elle n’a pas lieu d’être que le ministre Bassil a déclaré récemment que le parti qu’il dirige est issu de l’environnement de l’armée. Le Courant patriotique libre constitue une sorte d’assise populaire à l’armée, et entre eux les liens sont beaucoup trop solides pour dépendre des aléas de la politique.

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pourquoi le gendre doit assister avec le beau pere a une entrevue avec le chef de l'armee si ce b'est que pour calmer l'ardeur du gendre a se meler de tout?

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