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Économie

Au Parlement, Samy Gemayel se lâche sur le « budget des fantômes »

Réformes
18/07/2019

Les députés ont conclu hier la deuxième journée de débats parlementaires consacrée au projet de budget de 2019 sans pour autant entamer l’examen des différentes dispositions du texte, qu’ils doivent en principe adopter aujourd’hui. La séance a notamment été marquée par l’intervention du député et chef des Kataëb (parti d’opposition) Samy Gemayel, qui a vivement critiqué le contenu du projet de loi de finances, ainsi que l’attitude des députés qui ont fait part de leurs réserves par rapport au texte, bien que les ministres issus de leurs formations politiques respectives aient voté en sa faveur en Conseil des ministres.

Évoquant un « budget des fantômes », le député s’est alors demandé « comment » le texte avait pu être adopté à l’unanimité par le gouvernement – puis par la commission parlementaire des Finances et du Budget – alors que plusieurs de ses membres l’ont récemment dénoncé. « Tout le monde se plaint du texte, sauf le Premier ministre Saad Hariri et le ministre des Finances Ali Hassan Khalil. Tous les groupes parlementaires s’y opposent (…). Pourquoi ne pas vous mettre d’accord sur un budget que vous ne critiquez pas », a-t-il insisté en s’adressant à ses collègues, pointant du doigt « l’irresponsabilité » des dirigeants politiques. Le député a ainsi appelé à abandonner le compromis qui a permis au pays de mettre un terme à plus de deux ans de vacance de la présidence fin 2016 avec l’élection de Michel Aoun, estimant que celui-ci avait donné naissance à « une configuration du pouvoir incapable de lancer des réformes ». Il a enfin appelé les députés et les ministres opposés au budget à constituer un nouveau front d’opposition.


(Lire aussi : Déraisons d’État, l'édito de Issa GORAIEB)


Délais pour le gouvernement et la Cour des comptes

Le chef des Kataëb a également tiré à boulets rouges sur le processus d’adoption du projet de budget pour 2019. « Les violations constitutionnelles sont devenues une tendance », a-t-il dénoncé citant notamment la question des lois de règlement (la clôture des comptes) de 2005 à 2017 et les audits de comptes publics (de 1993 à 2017) qui doivent en principe être votés avant la loi de finances. Ce grief avait déjà été soulevé mardi par des députés de plusieurs bords politiques, ces deux procédures qui doivent permettre au Parlement d’assurer son contrôle sur la gestion des finances publiques ayant été contournées pendant des années par les responsables.

Hier, le Premier ministre a confirmé qu’un article a été ajouté accordant des délais supplémentaires au gouvernement ainsi qu’à la Cour des comptes, afin de finaliser les étapes du processus leur incombant avant que les projets de lois correspondants ne soient transmis au Parlement. Selon les informations qui ont circulé hier, ce délai sera d’un mois pour l’exécutif (pour adopter les lois de règlement) et de six pour la Cour des comptes (pour l’audit des comptes publics). Le chef du gouvernement a par ailleurs indiqué que le prochain Conseil des ministres, qui ne s’est plus réuni depuis le 30 juin depuis les incidents de la Montagne, se tiendra « après le vote du budget ».


(Lire aussi : Les députés n’ont pas encore entamé l’examen du budget)


Samy Gemayel a également dénoncé la présence cette année encore de « cavaliers budgétaires » – une disposition législative qui ne doit pas en principe figurer dans une loi de finances – tout comme l’absence de vision économique dans le projet finalisé par le gouvernement, qui n’apporte selon lui aucune solution à la crise économique que traverse le pays, son endettement ou la paupérisation d’une partie de sa population. Il a en outre regretté que le gouvernement propose de nouvelles taxes « sans étude d’impact économique » préalable. Samy Gemayel a en outre rappelé que le déficit réel en 2018 avait largement dépassé celui fixé dans le projet de loi de finances de cet exercice voté la même année (6,3 milliards au lieu de 4,8 milliards attendus, soit un ratio déficit/PIB de plus de 11 % contre environ 9 % attendus). Le budget actuel table sur un déficit de 6,59 %, un objectif jugé peu crédible, notamment par le Fonds monétaire international. « Sur quels chiffres devons-nous compter en 2019 (…) ? Nous tablons sur une croissance de 1,5 % alors que les indicateurs démontrent que nous sommes en récession (...). Communiquer les vrais chiffres nous donnera le courage de prendre les mesures exceptionnelles. C’est un dernier avertissement avant une crise qui s’annonce difficile », a encore surenchéri le député.

Le chef des Kataëb a enfin critiqué plusieurs dispositions contenues dans le texte, en commençant par la taxe envisagée sur le produits importés, qu’il assimile à une hausse déguisée de la TVA ; ou encore l’émission de 11 000 milliards de livres libanaises (7,2 milliards de dollars) de bons du Trésor à 1 %, afin d’alléger le service de la dette, une solution qui a été notamment refusée par les banques.




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Tina Chamoun

Dette publique colossale, argent du trésor dilapidé et vous pensez sérieusement qu'ils sauront adopter un budget?!!Hahahaha

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

UN BUDGET DE LA RIGOLADE VOUE A L,ECHEC.

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