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Liban

La campagne Jinsiyati rejette d’avance tout texte discriminatoire

Nationalité

Les militantes en faveur de l’égalité entre l’homme et la femme sont opposées à la proposition de loi du Conseil national de la femme libanaise.


21/06/2019

C’est pour rejeter d’avance toute volonté des autorités d’adopter une proposition de loi sur la transmission de la nationalité discriminatoire envers la Libanaise, que se sont mobilisées hier les militantes de la campagne Jinsiyati (Ma nationalité, un droit pour moi et ma famille). Depuis le siège de l›ordre de la presse, à Raouché, Lina Abou Habib, cofondatrice du CRTDA (Collectif pour la recherche et la formation au développement – Action), Karima Chebbo, coordinatrice de la campagne Jinsiyati, et l’avocate fémininiste Iqbal Doughan, soutenues par le représentant du président de l’ordre de la presse, Fouad Haraké, ont dénoncé, lors d’une conférence de presse, le tintamarre médiatique et politique autour de la proposition de loi présentée au Parlement par la fille du chef de l’État, Claudine Aoun Roukoz, en sa qualité de présidente du Conseil national de la femme libanaise. Une loi « présentée comme idéale et avant-gardiste » mais qu’elles considèrent « discriminatoire envers la Libanaise », car « aucune mention n’y est faite du droit de la femme à transmettre sa nationalité à son époux étranger », alors que les hommes libanais peuvent, eux, transmettre leur nationalité à leur épouse étrangère, au bout d’un an de mariage. Une loi « discriminatoire aussi envers les enfants d’une même fratrie », regrettent-elles, car elle n’accorde la nationalité qu’aux enfants mineurs de mère libanaise, et non pas aux enfants majeurs, ayant atteint l’âge de 18 ans. Une loi injuste enfin, estiment-elles, car elle « propose que le dossier des enfants majeurs soit à l’étude au bout de 5 ans, alors que rien ne définit les critères d’acceptation de ces dossiers ». Et pourtant, soutiennent les militantes de Jinsiyati, certaines propositions de loi récemment soumises par des députés du PSP et du courant du Futur sont « excellentes »...


(Lire aussi : La CNFL soumet à Hariri une proposition de loi autorisant les Libanaises à transmettre leur nationalité)



Mettre fin aux décrets présidentiels discrétionnaires

« Après des années d’apathie, la classe politique se réveille soudain et multiplie les propositions de loi », constate pour l’occasion Lina Abou Habib. Idéalement, cela devrait être signe de « bonne santé ». « Mais les zones d’ombre qui accompagnent certaines propositions, et plus précisément celle présentée par le Conseil national de la femme libanaise, nous font craindre une manœuvre trompeuse qui consacrerait l’inégalité entre les hommes et les femmes », affirme-t-elle. « Nous nous battons pourtant depuis 20 ans pour l’égalité des droits », martèle-t-elle. Mais la proposition de loi du CRTDA qui consacre l’égalité entre les hommes et les femmes, même en cas d’exclusions, dort dans les tiroirs du Parlement. Mme Abou Habib, également directrice exécutive du réseau international Women Learning Partnership, qui mène campagne dans le monde pour l’égalité des genres au niveau du statut personnel, tient à faire remarquer que la majorité des pays arabes ont amendé leurs lois pour reconnaître la citoyenneté des femmes. « Sauf le Liban, qui demeure à la traîne, et continue de considérer la moitié de sa population comme citoyenne de seconde zone. »

À son tour, Iqbal Doughan, qui milite depuis plus de 40 ans, s’insurge. Non seulement contre « les décrets présidentiels qui accordent la nationalité libanaise de manière discrétionnaire, en l’absence de tout mécanisme et sans transparence ». Mais aussi contre « les réponses toutes faites aux féministes » qui réclament le droit pour les femmes de transmettre leur nationalité. « Dès que nous réclamons ce droit, on nous oppose le sacro-saint équilibre confessionnel, alors que les hommes bénéficient sans réserve du droit de transmettre leur nationalité à leurs épouses étrangères et à leurs enfants », gronde-t-elle, insistant sur le fait qu›« un pays repose sur ses deux composantes ». L’avocate salue en revanche les deux propositions de loi présentées récemment, et qui à ses yeux méritent une attention particulière. Celles de la députée Roula Tabch Jaroudi (Futur) et celle du député PSP Hadi Aboul Hosn qui reposent toutes deux sur l’égalité des genres et accordent leur soutien à la campagne Jinsiyati. « Sauf que la proposition de loi du député du PSP est particulièrement avant-gardiste dans le sens qu’elle réclame aussi l’égalité entre les hommes et les femmes pour les dossiers des enfants apatrides et de la récupération par les Libanaises et Libanais de la diaspora de leur nationalité », applaudit Mme Doughan.


(Lire aussi : Transmission de la nationalité : « Assez de promesses non tenues ! »)



Une cause jamais prioritaire

C’est sur « la souffrance des Libanaises mariées à des étrangers » qu’a insisté Karima Chebbo. Une souffrance, parce que ces femmes sont « mères d’enfants étrangers, privés de leurs droits, dans leur propre pays ». Et que les autorités considèrent que « leur cause n’est pas prioritaire », que « ce n’est pas le moment ». « Le pire, c’est qu’aujourd’hui, sous prétexte de corriger les injustices, les autorités envisagent d’adopter une législation discriminatoire, voire raciste, qui crée de nouvelles injustices », accuse-t-elle. Et d’évoquer à ce titre la proposition de loi présentée par la présidente du Conseil national de la femme libanaise qui serait susceptible, selon les discours des dirigeants du Courant patriotique libre, notamment les deux gendres du président Aoun, le ministre des Affaires étrangères Gebran Bassil et le député Chamel Roukoz, d’exclure de la nationalité les enfants issus de pères palestiniens ou syriens. « Nos droits sont indivisibles, répond Mme Chebbo. Nous ne cesserons de faire pression pour les obtenir. Car nous sommes des partenaires de cette nation, au même titre que les hommes. »


Lire aussi

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