X

La Dernière

Tala Hajjar : « Connecting people »

Beyrouth Insight

Onze ans de Starch Foundation, une mission, une passion, et aujourd’hui l’heure de mettre en pause ce magnifique projet qui a porté ses fruits et de le repenser plus en profondeur.

Carla Henoud | OLJ
23/05/2019

Elle ressemble au printemps, même au plus gris des printemps du pays. Comme un rayon de soleil dans le pessimisme ambiant… Quelque chose dans la voix, le ton, le silence. La volonté de croire. Dans l’attitude et l’élégance des gestes. Dans cette volonté de continuer, discrètement, à semer une « énergie positive » en dépit de tout. « Si c’était à refaire, je ne changerais rien », assure-t-elle, les yeux bleus souriants.

Elle ressemble aussi à ce « Starch » qu’elle a construit, designer après designer, édition après édition, avec son complice de toujours Rabih Kayrouz. Un amidon pur, matériau vrai, sincère, à la fois doux et incorruptible, résistant à toutes les tempêtes. Onze ans plus tard, son chiffre mascotte tatoué sur le poignet, « le hasard fait drôlement les choses pour moi, toujours à cette date », le temps est venu pour Tala Hajjar et Rabih Kayrouz d’« ouvrir la boîte de Pandore », souvenirs, émotions, prix, parcours, bilans, mais « zéro regret », et de se recentrer sur l’essentiel, avec un inébranlable optimisme : l’humain et l’environnement. Même si l’humain a toujours été au centre de l’ONG, fondée en novembre 2008, avec les designers qui ont toujours été le point essentiel, il s’agit à présent de se tourner vers les artisans, indispensables maillons de l’industrie locale, et de leur rendre leurs titres de noblesse.

Avec plus de 50 artistes au compteur de Starch, dont un grand nombre aujourd’hui devenus célèbres et ayant récolté de nombreux prix à l’international, le duo peut s’enorgueillir d’avoir mené à bien sa mission, même si, aux yeux des deux fondateurs, elle n’est pas complète et doit à présent se transformer. « Il reste beaucoup à faire, précise Tala Hajjar. Le marché de la mode a changé, il s’est beaucoup développé ces dernières années. Quand nous avions commencé, les jeunes créateurs locaux n’avaient pas de plate-forme, pas de voix. La scène a changé, les Libanais ne leur faisaient pas confiance et n’achetaient pas leurs produits. Eux aussi n’ont plus besoin de nous comme avant. À présent, avec en plus la puissance des réseaux sociaux, on peut tout faire à partir de la maison… »


Un beau palmarès

Des études en sciences politiques, pour faire plaisir à son père, le regretté Issam Hajjar, député du Chouf, une année au Central Saint Martins College of Art and Design, deux années à Esmod et un diplôme en marketing de la mode décroché à Paris, tous ces arrêts et une amitié avec son « magicien » Rabih Kayrouz, « toujours plein d’idées et de ressources », ont été le point de départ de cette aventure créée pour combler un vide sur la scène libanaise. Avec le manque de moyens dont souffrent de nombreuses ONG, et une scène artistique qui change, il était temps de s’arrêter, prendre du recul, brainstormer encore et encore, « repenser notre mission ». Mais avant de tourner la page, un arrêt s’impose sur tous ces acquis, tant réels qu’émotionnels, parmi lesquels le séminaire London Meets Beirut, qui s’est tenu en novembre 2011 à Beyrouth, « une de mes plus grandes fiertés », souligne Tala Hajjar. Un séminaire d’une semaine qui s’est tenu en présence de « gens inspirants », internationaux et locaux, Rabih Kayrouz, Nada Debs, Karim Chaya, Rana Salam, mais aussi Wallpaper Magazine, Not Just a Label, London College of Fashion, et des moments enrichis d’échanges inédits. « Fashion Forward Dubai » est un deuxième rendez-vous rendu possible grâce à la générosité des organisateurs et du British Council, un événement important où Starch ouvrait le show avec ses talents. « C’est cela qui me motive, précise la belle Tala, mettre les gens en contact. Les enrichir mutuellement et m’enrichir moi-même. »

Des questions se posent, bien évidemment, à l’aube d’une nouvelle page encore blanche, une page amidonnée, évidemment, qui s’ouvre. « Comment trouver les artisans ? Lesquels garder ? Comment moderniser leurs techniques et leur travail ? C’est un peu cet aspect qui nous intéresse aujourd’hui. Nous voulons inclure la production locale. Il était temps de revoir notre action. De nous adapter à l’époque dans laquelle nous sommes, corriger les erreurs d’une société de consommation à outrance. Nous avons à présent du recul pour cela, et nous ne pouvons plus continuer à produire comme si de rien n’était, sans penser à la planète. Rabih et moi avons toujours voulu poser ce genre de questions, faire un zoom out sur les designers et se concentrer sur l’industrie dans son ensemble, ses problèmes et ses possibilités. Aller dans la profondeur des choses. »

« Connecting people », c’est un peu le leitmotiv de cette jeune maman qui aime motiver les troupes, tout en douceur et féminité, dire « nous » plutôt que « je » , même lorsqu’elle décroche le Young Creative Entrepreneur Award, puis l’International Fashion Showcase Curator Award, à Londres, en 2016.

« Onze ans plus tard, tout cela me fait encore battre le cœur, me fait m’émerveiller, surtout en ces temps où les gens s’éloignent de leurs ancrages. Ma passion est intacte », confie-t-elle. Et quand on lui demande de parler de ses envies, à elle, elle répond : « Moi ? Je voudrais trouver quelque chose, une nouvelle mission qui puisse inclure mes passions, les gens, les voyages, et surtout mon mari et mon fils, et ne pas m’en éloigner. »


Repères

STARCH EN QUELQUES DATES :

2008 : lancement de la Starch Foundation par Rabih Kayrouz et Tala Hajjar.

2011 : exposition « Starch Your Summer » au Beirut Art Center.

2011 : Tala Hajjar remporte le YCE Award qui lui a été remis par le British Council.

2011 : séminaire « London Meets Beirut » à Beyrouth avec les interventions de Rabih Kayrouz, Nada Debs, Karim Chaya et Rana Salam. Ainsi que Wallpaper Magazine, Not Just a Label ou le London College of Fashion.

2011 : partenariat avec la Maison méditerranéenne des métiers de la mode (MMMM).

2013 : collaboration avec Fashion Forward Dubai.

2016 : collaboration avec Tranoï Paris.

2016 : Tala Hajjar remporte le prix de la meilleure direction artistique IFS Best Curator au International Fashion Showcase à Londres.

2017 : ouverture de la boutique « Starched » à Khan el-Joukh réunissant quelques-uns des anciens designers de Starch.

2018 : déménagement de la Starch Foundation à l’immeuble Karagulla, centre-ville.

2019 : une page se tourne...

STARCH EN QUELQUES NOMS :

Les « designers Starch » qui se sont distingués au Liban et ailleurs

Joe Arida

Sana Asseh

Salim Azzam

Marc Dibeh

Ghaith & Jad

Sayar & Gharibeh

Roni Helou

Krikor Jabotian

Lara Khoury

Elie Metni

Charbel Saadé

Najla el-Zein

Les personnes qui ont aidé Starch

Arab British Center

British Council

Karim Chaya

Fashion Forward Dubai

Hana Khalaf

Karim Karagulla

Rita Saadé

Jade Souaid

Solidere

Toute la presse locale


Dans la même rubrique 

Le circuit Empire, 100 ans et autant d’étoiles

Maya de Freige : Pour nous, le Festival de Cannes, ce n’est pas qu’un tapis rouge !

Nadim Chammas, l’habit ne fait pas le moine

Albert Massaad, les mains à la pâte

Marc Hadifé, zénitude

Mona Ross : Je n’étais pas un mannequin, j’étais Mona Ross

Oser sortir de l’ordinaire avec Omar Sfeir...

Les festins de Joanna (Debbas)


À la une

Retour à la page "La Dernière"

Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

Dernières infos

Les + de l'OLJ

1/1

Les articles les plus

A WEEKLY EDITION CURATED AND
PERSONALIZED BY OUR EDITORIAL TEAM

SIGN UP TO OUR NEWSLETTER IN ENGLISH

More Info See Sample
x

Pour enregistrer cet article dans votre dossier personnel Mon Compte, vous devez au préalable vous identifier.

L'Orient-Le Jour vous offre 5 articles

Nous sommes un journal indépendant, nous chérissons notre liberté qui découle de notre autonomie financière comme de nos principes éthiques. Votre soutien, cher lecteur, est plus que nécessaire pour pérenniser nos initiatives.

Je poursuis la lecture

4

articles restants