Polémique

Nouvelle tentative syrienne d’assiéger Joumblatt ?

Autour d’un iftar, l’ambassadeur Ali Abdel Karim Ali réunit tous les adversaires druzes du leader de Moukhtara.

Walid Joumblatt. Photo Marwan Assaf

Le régime syrien et ses alliés locaux n’en finissent pas de tenter d’assiéger politiquement le leader du Parti socialiste progressiste, Walid Joumblatt. C’est sous cet angle que l’on pourrait inscrire l’iftar tenu récemment par l’ambassadeur de Syrie Ali Abdel Karim Ali en l’honneur de Nasreddine el-Gharib, le cheikh Akl druze appuyé par le chef du Parti démocratique libanais Talal Arslane. Étaient présents outre M. Arslane et le cheikh Gharib, le chef du parti Tawhid Wi’am Wahhab, ainsi que plusieurs personnalités gravitant dans l’orbite syro-iranienne.

Perçu sous cet angle, l’iftar de l’ambassadeur de Syrie pourrait être interprété comme une flèche de Damas en direction du chef du PSP. D’autant que c’est surtout par son timing que cette initiative revêt une dimension politique particulièrement significative. Et pour cause : tous les adversaires politiques sur la scène druze se sont rassemblés autour de Ali Abdel Karim Ali, à l’heure où le leader de Moukhtara tente de temporiser avec le camp du 8 Mars, sans succès.

C’est ainsi que des observateurs politiques interrogés par L’Orient-Le Jour interprètent les efforts déployés récemment par Walid Joumblatt pour tourner la page du meurtre de Choueifat (dans le cadre duquel Alaa Abi Faraj, un partisan du PSP, a été tué par Amine Souki, un fidèle de Talal Arslane, le 8 mai 2018, soit deux jours après les dernières élections législatives). À la faveur des efforts de M. Joumblatt, la famille de la victime avait accepté de retirer sa plainte contre l’accusé. Mais le document officiel attestant de cette volonté ne sera remis à la justice que lorsque M. Souki se sera livré.

Les observateurs rappellent aussi que cette initiative joumblattiste visant à clore l’épisode sanglant du crime de Choueifat est intervenue quelques jours après un entretien que le chef du PSP avait accordé à la chaîne al-Arabiya. Il en avait profité pour déclarer que son parti et le Hezbollah s’étaient entendus pour « gérer leur désaccord ». D’ailleurs, la rencontre tenue il y a une quinzaine de jours à Aïn el-Tiné sous la houlette du président de la Chambre, Nabih Berry, avait contribué à calmer les esprits entre les deux formations.

Les rapports entre celles-ci avaient subi de sérieuses secousses à la suite des déclarations de Walid Joumblatt dans une interview accordée à la chaîne Russia Today, le 25 avril dernier. Le leader druze avait alors affirmé que les fermes de Chebaa ne sont pas libanaises, accusant le régime syrien de vouloir conserver la carte des fermes en question pour continuer à faire pression en faveur du maintien des armes du parti chiite, sous prétexte de poursuivre la lutte contre Israël.

À cela s’ajoute, bien entendu, la fameuse polémique suscitée par le Conseil d’État. En avril dernier, cette instance juridique avait émis un arrêt à la faveur duquel elle a cassé une décision du ministre de l’Industrie Waël Bou Faour (joumblattiste) d’interdire la mise sur pied d’une cimenterie à Aïn Dara (caza de Aley). Il s’agit d’un projet géré par la société al-Arz appartenant à Pierre Fattouche, frère de Nicolas Fattouche, ancien député de Zahlé actuellement considéré proche du Hezbollah.


(Lire aussi : Joumblatt temporise avec le 8 Mars)


Le PSP déterminé à « faire face »

Quoi qu’il en soit, les joumblattistes semblent conscients que l’iftar de l’ambassadeur syrien en l’honneur des adversaires de Moukhtara sur la scène druze n’est autre qu’une nouvelle tentative de l’assiéger politiquement de la part de Damas et de ses alliés locaux. « Il est normal que la Syrie regroupe tous nos concurrents autour d’elle, mais nous continuerons à faire face à ce genre d’agissements », assure un proche de Walid Joumblatt à L’OLJ. Mais dans certains milieux politiques, on estime que contrairement à ce qu’aurait pu espérer le 8 Mars, « la guerre d’élimination » que les ténors de ce camp mènent contre M. Joumblatt est à même de renforcer sa présence politique et populaire dans les rangs de sa communauté. Elle confirme même son rôle de fer de lance du courant souverainiste au Liban. On rappelle cependant que la poursuite de cette bataille nécessite la mise sur pied d’un front d’opposition à l’hégémonie syro-iranienne sur le pays. Celui-ci devrait regrouper le PSP, les Forces libanaises et les Kataëb, estime-t-on.

Sur un autre registre, on n’exclut pas la possibilité selon laquelle le pouvoir en place serait en train de régler ses comptes avec Walid Joumblatt en dépit des initiatives faites par ce dernier en direction de la présidence.

Un analyste politique, qui a requis l’anonymat, explique à L’OLJ que la campagne menée par Damas et ses alliés contre Walid Joumblatt porte atteinte à son statut et rôle de leader des druzes du Liban et de Syrie. Le régime Assad chercherait donc à l’affaiblir pour regagner le soutien des druzes syriens.



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Le régime syrien et ses alliés locaux n’en finissent pas de tenter d’assiéger politiquement le leader du Parti socialiste progressiste, Walid Joumblatt. C’est sous cet angle que l’on pourrait inscrire l’iftar tenu récemment par l’ambassadeur de Syrie Ali Abdel Karim Ali en l’honneur de Nasreddine el-Gharib, le cheikh Akl druze appuyé par le chef du Parti démocratique...

commentaires (5)

Quelque soit notre opinion sur les relations syro-libanaisrs, l'acte de l'ambassadeur syrien ( s'il s'avère vrai) est totalement condamnable et incomorehensible. C'est une ingérence grave dans les affaires d'un pays voisin. Je répète s'il s'avère vrzi, cet ambassadeur devrait être renvoyé chez lui sans état d'âme. Si non où va-t-on ?

Sarkis Serge Tateossian

14 h 07, le 22 mai 2019

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Commentaires (5)

  • Quelque soit notre opinion sur les relations syro-libanaisrs, l'acte de l'ambassadeur syrien ( s'il s'avère vrai) est totalement condamnable et incomorehensible. C'est une ingérence grave dans les affaires d'un pays voisin. Je répète s'il s'avère vrzi, cet ambassadeur devrait être renvoyé chez lui sans état d'âme. Si non où va-t-on ?

    Sarkis Serge Tateossian

    14 h 07, le 22 mai 2019

  • Comment se fier à toutes les données et les informations de cet article "fantôme" quand les observateurs n'ont jamais de noms , les analystes inconnus et les proches de X ou Y ayant requis l'anonymat . L'ensemble , comme il se doit , échafaudé dans l'esprit et le même souffle du 14 mars ?

    Hitti arlette

    22 h 16, le 21 mai 2019

  • LE CAMELEON SAUTE DE BRANCHE EN BRANCHE ET EST DIFFICILE A DISTINGUER... COULEUR OBLIGE... ET A ATTRAPPER... LA MORSURE EST SOUVENT PRESQUE MORTELLE POUR SES CHASSEURS.

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    14 h 45, le 21 mai 2019

  • L'assassin de Kamal Joumblat remet ca en s'attaquant a Walid Joumblat Cette influence nefaste de notre voisin du nord dans les affaires Libanaises ne s'arretera donc jamais et il y a encore des Libanais qui en redemande Puis je gentillement demander a cet ambassadeur de s'occoupper de son peuple qui vit en refugie actuellement au Liban et pas de mettre la zizania entre les Libanais

    LA VERITE

    14 h 43, le 21 mai 2019

  • Tel maître à Damas, tel valet soi-disant-ambassadeur chez nous ! On ne l'a jamais vu, dans les pires moments des inondations et tempêtes cet hiver, se soucier de ses compatriotes "réfugiés" chez nous... Mais pour semer la zizanie chez nous au Liban, à l'aide de traîtres serviles de la même fabrication, il est actif comme son maître à Damas, qualifié souvent de héros et très admiré par certains chez nous ! Irène Saïd

    Irene Said

    12 h 11, le 21 mai 2019