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Les pressions américaines renforcent les durs du régime iranien

Moyen-Orient

"Si le gouvernement de Hassan Rohani avait répondu dès le début par la réciprocité à la trahison des promesses de l'Amérique et de l'Europe, (les Occidentaux) n'auraient jamais atteint ce degré d'agressivité et d'arrogance", écrit le journal conservateur Kayhan.

OLJ/Bozorgmehr Sharafedin/Tangi Salaün/Reuters
14/05/2019

Les pressions croissantes exercées par les Etats-Unis sur l'Iran ont affaibli le président Hassan Rohani, considéré comme un pragmatique, et renforcé les durs du régime iranien sur la scène intérieure comme extérieure, un rapport de forces qui pourrait avoir de lourdes conséquences.

Lorsqu'il a succédé à Mahmoud Ahmadinejad en 2013, Hassan Rohani, un membre établi de l'élite dirigeante, ne semblait pas être le mieux placé pour bouleverser les relations entre Téhéran et l'Occident. Deux ans plus tard, pourtant, il signait l'Accord de Vienne par lequel l'Iran acceptait de geler son programme nucléaire en échange d'une levée progressive des sanctions internationales, un revirement spectaculaire qui laissait espérer d'autres inflexions politiques en Iran.

Les durs du régime, hostiles dès le début à toute concession sur le nucléaire, se sont depuis efforcés de reprendre la main, bien aidés en cela par sa dénonciation de l'accord par le président américain Donald Trump l'an dernier. Le frère de Hassan Rohani, qui avait joué un rôle clé dans les négociations, vient ainsi d'être jeté en prison pour de vagues accusations de corruption, un ultra-conservateur a été placé à la tête du système judiciaire et le gouvernement est sous le feu des critiques pour sa réponse jugée trop timorée au rétablissement des sanctions américaines.

Au niveau régional, la poussée de tensions autour du détroit d'Ormuz a conduit la Grande-Bretagne et l'Allemagne, deux des signataires de l'Accord de Vienne, à mettre en garde lundi contre le risque d'un conflit armé entre l'Iran et les Etats-Unis déclenché "par accident".



(Lire aussi : Dans le détroit d'Ormuz, le risque d'une "guerilla navale")



Pris entre le marteau américain et l'enclume des durs du régime, Hassan Rohani a tenté samedi de relativiser la marge de manœuvre dont dispose le gouvernement civil élu face à la légitimité religieuse du régime incarnée par le Guide suprême de la révolution, l'ayatollah Ali Khamenei. "Il faut se poser la question de l'autorité qu'exerce le gouvernement dans les domaines où son action est contestée", a dit le président en référence notamment à l'effondrement de l'économie qui frappe durement les Iraniens.

La réponse est tombée lundi par la voix du chef du système judiciaire et candidat malheureux du camp ultra-conservateur à la présidentielle de 2017, Ibrahim Raisi, qui a décrété que le gouvernement avait toute autorité en la matière - et que par conséquence il portait la responsabilité de la détérioration de la situation.


(Lire aussi : Le Pentagone accentue sa pression militaire sur l'Iran)



Mettre la main sur l'économie
L'annonce faite la semaine dernière par Hassan Rohani que l'Iran ne respecterait désormais plus tous les engagements pris lors de la signature de l'Accord de Vienne, comme le lui permet le retrait américain, n'a pas calmé la vindicte des faucons, qui ont jugé cette réponse trop timide et trop tardive

"Si le gouvernement de M. Rohani avait répondu dès le début par la réciprocité à la trahison des promesses de l'Amérique et de l'Europe, (les Occidentaux) n'auraient jamais atteint ce degré d'agressivité et d'arrogance", écrivait la semaine dernière le journal conservateur Kayhan.

Pour les durs du régime, chaque occasion est bonne pour pointer du doigt l'incurie présumée du gouvernement, y compris les catastrophes naturelles comme les tremblements de terre ou les inondations meurtrières qui ont frappé l'Iran début avril. Dans une vidéo largement partagée sur les réseaux sociaux, un général du corps des Gardiens de la révolution, le général Mohammad Pakpour, stigmatisait le mois dernier la mauvaise gestion de la crise et le "manque de courage" des responsables du gouvernement, dont aucun n'avait osé selon lui se rendre dans les régions inondées.



(Lire aussi : Les pasdaran dénoncent la guerre psychologique américaine)



Récemment placés par les Etats-Unis sur la liste des organisations terroristes, les Gardiens de la révolution entendent mettre à profit les sanctions américaines pour renforcer leur emprise sur l'économie du pays, après avoir déjà accaparé ces dernières années une grande partie de ses revenus pour financer leurs programmes d'armement et les conflits en Syrie ou au Yémen.

"Notre objectif est d'occuper la place laissée vacante par les sociétés étrangères", a déclaré un de leurs responsables, Saïd Mohammad, cité par l'agence Isna après le retrait du groupe français Total du projet de South Pars, le plus grand gisement de gaz naturel au monde.

Le ministre du Pétrole, Bijan Zanganeh, un proche de Hassan Rohani, est particulièrement ciblé par les ultra-conservateurs qui l'accusent d'avoir voulu "vendre le pays" pour attirer des investissements étrangers.


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