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Moyen Orient et Monde

Quelle stratégie pour les Européens après les menaces de Téhéran ?

Accord nucléaire

Les efforts des pays de l’UE pour contourner les sanctions américaines continuent d’être jugés insuffisants par l’Iran.

10/05/2019

Comment empêcher les Iraniens de sortir davantage de leurs obligations inscrites dans l’accord sur le nucléaire de 2015 ? C’est bien la grande question à laquelle les Européens, les Russes et les Chinois sont confrontés après que la République islamique a renoncé, mercredi, à certains de ses engagements envers le JCPOA (Joint Comprehensive Plan of Action, autre nom de l’accord nucléaire), puis adressé un ultimatum de soixante jours aux autres parties prenantes afin qu’elles mettent en œuvre leurs promesses de protéger les secteurs bancaire et pétrolier iraniens contre les sanctions imposées par Washington. Si cela n’est pas fait, Téhéran pourrait renoncer à d’autres engagements.Ceux auxquels l’Iran a renoncé mercredi concernent directement le terrain nucléaire, une première depuis le retrait américain de l’accord l’an dernier. Celui-ci autorise Téhéran à produire et à conserver un maximum de 300 kg d’uranium enrichi à moins de 3,67 % (loin du seuil de 90 % utilisé pour un usage militaire), et de 13 tonnes d’eau lourde, utilisée pour refroidir un réacteur nucléaire. Ces obligations étant désormais abandonnées, Téhéran envoie un message fort aux Américains, mais aussi aux autres parties prenantes de l’accord, en informant qu’il est en son pouvoir d’enrichir au-delà du seuil prescrit par l’accord.

« Nous avons estimé que l’accord nucléaire avait besoin d’une opération chirurgicale, et que les soins palliatifs administrés durant l’année écoulée avaient été inutiles », a affirmé mercredi le président iranien Hassan Rohani, dans un discours à la télévision d’État, ajoutant que « cette opération a pour but de sauver l’accord, pas de le détruire ».

« Les Iraniens veulent dire aux Européens que si aucun changement n’advient dans un délai de 60 jours, Téhéran pourra reprendre ses capacités d’enrichissement d’uranium enrichi au-delà des seuils prévus par l’accord », explique François Nicoullaud, ancien ambassadeur de France en Iran de 2001 à 2005, contacté par L’Orient-Le Jour. « C’est une mesure qui va contre l’engagement de l’Iran, mais qui ne pose pas de problème de prolifération en soi », précise-t-il, ajoutant toutefois que les Iraniens « n’iront sans doute pas au-delà des 20 % d’uranium enrichi ». Les Européens n’ont pas attendu pour réagir. « Nous rejetons tout ultimatum et nous évaluerons le respect par l’Iran de ses engagements en matière nucléaire », ont fait part hier dans un communiqué commun les pays européens impliqués dans le dossier (Allemagne, France et Royaume-Uni), ainsi que la chef de la diplomatie européenne, Federica Mogherini. La ministre française des Armées, Florence Parly, avait même évoqué, la veille de l’allocution de M. Rohani, la possibilité de sanctions européennes dans le cas où Téhéran renoncerait à ses engagements. D’un autre côté, la France, fervent défenseur du

JCPOA, souhaite faire en sorte d’y garder l’Iran, considérant qu’il est le seul rempart à l’acquisition de la bombe atomique par les Iraniens. « C’est à nous de travailler pour convaincre les uns et les autres, et aussi l’Iran, de rester » dans l’accord nucléaire, a insisté le président français Emmanuel Macron. « Il ne faut pas tomber dans la fébrilité, il ne faut pas tomber dans l’escalade, il faut que l’on veille à notre sécurité collective », a-t-il ajouté. Mais les efforts des Européens, malgré toute la bonne volonté dont ils semblent faire preuve depuis plus d’un an déjà, sont jugés insuffisants par Téhéran.



(Repère : L'accord sur le nucléaire iranien de 2015)



L’Iran « ne se retirera pas »
Les mécanismes décrétés par le Vieux Continent, comme le système de troc (baptisé Instex) décrété fin janvier dernier, tardant à se mettre en place ou à apporter des résultats à des Iraniens s’enfonçant de plus en plus dans la tourmente économique, Téhéran juge ainsi qu’il est temps d’agir et d’adopter un ton ferme vis-à-vis de ses partenaires pour que ses garanties financières soient assurées. Cela dit, depuis la sortie des États-Unis du JCPOA il y a un an, les Iraniens sont devenus coutumiers des menaces et pressions envers les autres parties prenantes de l’accord afin qu’elles compensent l’absence de Washington. Ces pressions vont de la remise en marche des centrifugeuses du site de Natanz aux affirmations du sommet du pouvoir iranien d’une sortie pure et simple de l’accord.

En déplacement à Moscou, le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, avait accusé mercredi les Européens de « n’avoir rempli aucune de leurs obligations » depuis le retrait des États-Unis du JCPOA. Le chef de la diplomatie iranienne s’est néanmoins montré clair : la République islamique ne sortira pas de l’accord sur le nucléaire, mais continuera à faire pression pour que ses garanties soient assurées. « Les futures actions de l’Iran resteront dans le cadre (de l’accord sur le nucléaire), dont la République islamique ne se retirera pas », a-t-il affirmé, selon des propos rapportés par la presse officielle du pays. D’après des informations dévoilées mardi par Reuters, M. Zarif aurait affirmé que « l’Iran et l’Union européenne sont au bord d’un accord qui, malgré le retour des sanctions américaines unilatérales, rendra possibles les ventes de pétrole iranien », sans plus de précisions.

MM. Zarif et Rohani semblent ainsi être les seuls au sein de la classe dirigeante iranienne à faire encore confiance aux Européens. Le guide suprême iranien Ali Khamenei a de nombreuses fois exprimé, pour sa part, sa méfiance envers le Vieux Continent et invité les Iraniens à ne pas avoir « confiance en eux », sans toutefois couper totalement le contact. La situation est donc au point mort en ce qui concerne les options disponibles pour les Européens envers leurs alliés iraniens. « Les Européens, probablement même les Russes et les Chinois, n’ont pas grand-chose à offrir de nouveau par rapport à ce qui a déjà été proposé pour faire face aux sanctions », conclut François Nicoullaud.

Reste maintenant à savoir comment les parties prenantes de l’accord et les Iraniens se débrouilleront en coulisses pour trouver une solution à tout cela, sans évidemment que Washington ne s’en mêle. Les Européens prennent en effet un risque considérable en se posant en grands défenseurs du JCPOA et en continuant d’œuvrer pour le contournement des mesures punitives américaines. Le président américain Donald Trump avait averti en août dernier, au moment de l’arrivée des premières sanctions, que « ceux qui font des affaires avec l’Iran n’en feront plus avec les États-Unis ». Le bras de fer n’est donc pas près de cesser.



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Amir Amiri

Il y a plus que 70 ans, un homme a écrit une réalité, cette réalité de l'époque est toujours d'activité
La racine de ce cancer pénètre jours après jours dans l'organisation des états, ce concerne n'a qu' un objectif, la destruction des sociétés. Peu importe l'appartenance de ces sociétés, ce cancer attaqué les plus faibles et puis comme un suce sang le cancer se développe, et puis aneantissant les petites société, le cancer attaqué les plus grandes et la plus riche
Sur la ligne de mir de ce cancer il y a l'Iran, la Turquie, le Caucase etc....
Une fois le proche orient anéanti, la racine de cancer va traverser la méditerranée
Arrivera le tour de la France, et les autres,
L'an 2050 ça sera le début de l'anéantissement en Europe.

Bustros Mitri

Il était temps que quelqu’un donne un bon coup de pied dans la termitière..! Trop , trop de complaisances dans ce dossier , depuis le début.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LES EUROPEENS... PFFF... ILS SONT INCAPABLES DE CONTRER LES ACTES AMERICAINS DANS TOUS LES DOSSIERS ET NON SEULEMENT LE DOSSIER IRANIEN, TOUT CE QU,ILS PEUVENT FAIRE C,EST DONNER DES PROMESSES QU,ILS NE PEUVENT PAS HONORER. LES IRANIENS LE SAVENT.

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