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Liban

Pour le courant du Futur et ses alliés, une victoire... et des dommages collatéraux

Partielle de Tripoli

Les haririens et Achraf Rifi s’emploieront à consolider leur alliance en vue de la prochaine phase.

Yara ABI AKL | OLJ
16/04/2019

Il est vrai que le courant du Futur a gagné son pari tripolitain stricto sensu : à l’issue de l’élection partielle tenue dimanche, Dima Jamali a recouvré le siège parlementaire qu’elle avait remporté lors des législatives de mai 2018, avant que le Conseil constitutionnel n’invalide sa députation. Saad Hariri et ses alliés ont bien remporté la bataille que Mme Jamali menait face à ses sept adversaires.

D’ailleurs, aussi bien le Premier ministre que la députée élue ont remercié leurs partisans via Twitter. « Mille mercis à Tripoli et à tous ceux qui ont pris part à une élection libre et transparente. Félicitations à Dima (Jamali). Maintenant l’heure est au travail pour que Tripoli demeure prospère », a écrit M. Hariri, à l’heure où Mme Jamali s’est adressée à ses électeurs en ces termes : « Ma victoire est la vôtre. Je remercie tous ceux qui m’ont soutenue sur toute la ligne. Vous avez fait preuve de fidélité (...). Je suis plus que jamais avec vous aujourd’hui et j’œuvrerai pour réaliser les ambitions des Tripolitains, afin que la ville redevienne la capitale du Nord par sa croissance et son économie. »

Mais le retour, quoique sans surprise, de Dima Jamali à l’hémicycle n’est pas la seule conclusion à retenir du scrutin. Au-delà des résultats, il paraît difficile de contourner le message fort que les électeurs de la ville ont transmis à leur classe politique, avec son lot ininterrompu de « promesses mensongères » à la base populaire, comme l’on déploré tant de Tripolitains aux médias en marge du processus électoral.

En témoigne bien entendu le (très) faible taux de participation : seuls 12,55 % des électeurs ont jugé utile de se rendre aux urnes, contre 39,63 % lors des élections de mai 2018, tenues conformément à la proportionnelle.

Ce résultat, la ministre de l’Intérieur Raya el-Hassan l’a annoncé lors d’une conférence de presse donnée dans la nuit de dimanche à hier au siège du ministère à Sanayeh. Mme Hassan a déclaré que Dima Jamali a remporté la bataille avec 19 387 voix, précisant que le nombre des électeurs s’est chiffré à 241 534, dont seuls 33 963 se sont exprimés.

Mme el-Hassan s’est par ailleurs excusée pour le chaos observé dimanche soir devant le sérail de Tripoli, au moment de la livraison des urnes dépouillées, remerciant tous ceux qui ont déployé des efforts durant la journée de dimanche, ainsi que les médias, la commission de supervision des élections, les ONG, le PNUD et les services de sécurité…


(Lire aussi : Tripoli : une victoire électorale sans électeurs, le décryptage de Scarlett Haddad)


Contexte politique

Il reste que le résultat final de la partielle de Tripoli ne saurait être isolé du contexte politique dans lequel elle est intervenue. Cette élection s’est en effet tenue quelques mois après les législatives de mai 2018 et la formation du gouvernement. Un processus laborieux dans le cadre duquel la Rencontre consultative, le sous-groupe appuyé par le Hezbollah et rassemblant les députés sunnites hostiles au Premier ministre, est parvenue à intégrer le cabinet contrairement à la volonté de M. Hariri. Certains milieux politiques s’attendaient donc à ce que la Rencontre se lance dans la bataille de Tripoli. D’autant que c’est à la faveur d’un recours en invalidation présenté par Taha Nagi, candidat malheureux des Ahbache (islamistes prosyriens), et allié à Fayçal Karamé, député de Tripoli et membre de la Rencontre consultative, que le CC avait annulé la députation de Dima Jamali et convoqué le collège électoral à une partielle.

Perçue sous cet angle, la compétition de dimanche a représenté, selon des observateurs sur place interrogés par L’Orient-Le Jour, une opportunité pour le Futur d’assurer sa prépondérance dans les rangs de la communauté sunnite et de poursuivre sa lutte à caractère « souverainiste » contre le Hezbollah.

C’est d’ailleurs dans ce cadre que se placent les tournées électorales effectuées par le secrétaire général du Futur Ahmad Hariri à Tripoli avant le scrutin (tenu conformément au mode majoritaire) pour exhorter la base populaire à se rendre massivement aux urnes et à faire face aux « atteintes à la présidence du Conseil et au Premier ministre », comme il l’avait déclaré à plusieurs reprises.

Mais il y a surtout la réconciliation entre Saad Hariri et son plus grand opposant sunnite depuis 2016, Achraf Rifi, adversaire de longue date du Hezbollah et qui ne cache pas sa détermination à affronter « la mainmise sur la décision de l’État au moyen de l’arsenal illégal », pour reprendre ses propres termes. En tournant la page de sa longue querelle avec l’ex-ministre de la Justice, Saad Hariri a fait d’une pierre deux coups : il est parvenu à élargir l’alliance qu’il avait nouée avec l’ancien chef du gouvernement Nagib Mikati et l’ex-ministre des Finances Mohammad Safadi, tous deux étant des ténors de la capitale du Nord. Il a donc soudé les rangs de sa communauté et favorisé les chances de Dima Jamali face à Taha Nagi et à tous les autres candidats, majoritairement indépendants, issus de la société civile. Un tableau qui n’a laissé au candidat du 8 Mars que le choix de se retirer de la compétition, aussitôt dépourvue de tout enjeu politique.


(Lire aussi : Victoire de Dima Jamali à la partielle de Tripoli : ce qu'en dit la presse libanaise)


L’alliance Futur-Rifi

C’est par cette absence de compétition sérieuse que les milieux du Futur expliquent le résultat de l’élection de dimanche, même s’ils reconnaissent que celle-ci a montré que Tripoli boude carrément la caste politique, envers et contre tous les efforts de ses ténors. « Je m’attendais à un faible taux de participation parce qu’il s’agit d’une partielle et non d’élections générales », confie à L’OLJ Moustapha Allouche, ancien député de la ville et membre du bureau politique du courant du Futur. Il reconnaît toutefois que sa formation devrait procéder à une révision de son discours, à la lumière du large boycottage de la partielle, assurant que son parti entend consolider l’alliance élargie observée récemment, par la productivité tant au sein du cabinet qu’à l’extérieur (avec Achraf Rifi).

De même, les milieux de l’ancien ministre de la Justice assurent à L’OLJ qu’à la faveur de la nouvelle page inaugurée entre les deux hommes, cette alliance pourrait se développer dans la prochaine phase.

Commentant le taux de participation, les milieux de M. Rifi estiment qu’il reflète la grogne générale quant à la négligence dont souffre Tripoli. Sur ce plan, l’ancien ministre de la Justice, qui avait remporté haut la main les municipales dans la ville en 2016, serait tenu responsable de l’échec du conseil municipal à tenir ses promesses et réaliser les projets comme cela se devait.


Le prix du compromis présidentiel ?

Mais un activiste politique tripolitain qui a requis l’anonymat explique à L’OLJ que la faible participation au scrutin n’est autre que la conséquence de « toutes les concessions gratuites que Saad Hariri a faites au Hezbollah et à ses alliés, notamment le compromis présidentiel et la loi électorale ». Et l’analyste d’ajouter le chômage et la très mauvaise situation économique des Tripolitains.

Il est rejoint sur ces points par un observateur qui souligne que le chef du gouvernement n’est pas parvenu à tenir les promesses faites à sa base populaire. Preuve en est, le cabinet formé huit longs mois après les législatives n’a toujours pas opéré les réformes exigées par la conférence de Paris. « Il y a un divorce entre la population et la caste politique, qui s’inscrit dans le prolongement des résultats des législatives, auquel s’ajoute la crise économique qui attend toujours des solutions sérieuses », ajoute cet observateur, invitant le Premier ministre à mobiliser les opposants au compromis présidentiel pour faire face au Hezbollah. De son côté, l’opposition tripolitaine semble accorder ses violons dans la perspective de la prochaine phase. C’est ainsi que le groupement Li Hakki (Pour mon droit), dont relève le candidat malheureux Yehia Maouloud, a déclaré dans un communiqué publié hier : « La fin de la partielle marque le début d’un parcours sur lequel convergent les opposants de Tripoli afin de présenter un choix politique alternatif. »


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