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Liban

Partielle de Tripoli : le taux de participation sera aussi important que le nombre de voix

Législative

L’échec du tandem Futur-FL aux élections de l’ordre des ingénieurs du Liban-Nord suscite des interrogations quant à son éventuel impact sur le scrutin de dimanche.

12/04/2019

À moins de 72 heures de la partielle prévue à Tripoli pour pourvoir au siège sunnite vacant de la ville, la ville plonge timidement dans une ambiance de campagne électorale.

En temps normal comme en période de campagnes électorales, les rues de Tripoli et les façades de ses immeubles sont parées de portraits géants des principales figures sunnites du Liban. Sur la place al-Khannaa, un imposant portrait de Nagib Mikati, frappé d’un message laudatif, est affiché sur un immeuble de plusieurs étages. Saad Hariri, Achraf Rifi, Fayçal Karamé et Samir Jisr, entre autres, n’ont rien à lui envier. Les portraits de la candidate du courant du Futur, Dima Jamali, la main posée sur le cou et la tête légèrement inclinée à gauche, font interruption dans le paysage, conférant au tableau une touche féminine.

Mme Jamali avait été élue lors du scrutin de mai dernier, mais le Conseil constitutionnel l’avait déchue de son siège parlementaire suite à un recours présenté par le candidat Taha Nagi, des Ahbache, qui s’était présenté aux législatives du 6 mai sur la liste conduite par le député Fayçal Karamé. Outre Dima Jamali, se présentent à l’élection partielle de Tripoli : Nizar Zakka, détenu en Iran depuis 2015 ; Misbah Ahdab, ancien député de la capitale du Liban-Nord ; Talal Mohammad Ali Kabbara ; Hamed Omar Amcheh ; Mahmoud Ibrahim Samadi ; Yehya Maouloud et Omar Khaled Sayed, journaliste.

La candidate du courant du Futur a beau être considérée comme la favorite de l’élection partielle, n’ayant comme concurrents que des candidats indépendants après la décision prise par les sunnites pro-8 Mars de ne pas présenter de candidat, il n’en reste pas moins que son parti mène une bataille électorale décisive sur le plan de son poids populaire. En effet, une victoire remportée par le courant du Futur ne sera pas uniquement mesurée par le nombre de voix accordées à Mme Jamali, mais également par le taux de participation au scrutin, représentatif de la capacité du courant du Futur à mobiliser la rue sunnite.

C’est dans ce cadre que s’inscrivent la visite hier de l’ancien Premier ministre Fouad Siniora à Tripoli, où il a été reçu par les pôles sunnites qui soutiennent Mme Jamali, ou encore les multiples tournées effectuées par Ahmad Hariri, secrétaire général du Futur, dans la ville. « Nous avons un rendez-vous à ne pas manquer dimanche car nous avons un message à porter », a déclaré M. Siniora lors de sa tournée à Tripoli, appelant les Tripolitains à ne pas s’abstenir de voter « car la prochaine bataille sera celle du rétablissement de l’État ».


(Lire aussi : Fouad Siniora et Bahia Hariri apportent leur soutien à Jamali)

« Le courant du Futur sous pression »

Contacté par L’OLJ, Moustapha Allouche, ancien député de Tripoli et membre du bureau politique du courant du Futur, avoue que l’on s’attend à un taux de participation faible ou à la limite acceptable. « Lorsqu’il s’agit de partielle, les électeurs ont souvent tendance à ne pas faire preuve de grand enthousiasme, ce qui pourrait expliquer un taux de participation faible ou moyen. La victoire presque assurée de la candidate du courant du Futur est une raison de plus pour que les électeurs ne se sentent pas motivés pour voter », explique M. Allouche.

Malgré la défaite, dimanche dernier, du tandem Futur-Forces libanaises face à une liste CPL-Fayçal Karamé-Marada, lors des élections de l’ordre des ingénieurs du Liban-Nord, la victoire de Mme Jamali reste-t-elle assurée ? M. Allouche reconnaît que ce qui s’est passé à l’ordre des ingénieurs est un signe révélateur de quelques erreurs que commet le parti en matière de gestion de la bataille électorale. Et de poursuivre : « Quant au niveau politique, il est très probable que cet échec constitue une motivation pour les partisans de la formation haririenne pour voter et faire entendre leurs voix. »

Le scrutin de dimanche aura donc lieu à la lumière de la perte du courant du Futur de sièges qu’il préserve depuis plus d’une décennie à l’ordre des ingénieurs du Liban-Nord, mais également à la suite d’une polémique déclenchée mardi à l’issue d’un entretien télévisé sur la MTV avec la chercheuse et activiste Zeina Helou, au cours duquel elle a assuré que la part des fonds du programme CEDRE allouée à Tripoli équivaut à 1,6 % seulement de l’ensemble des prêts et des dons. Lors de ses tournées électorales, Ahmad Hariri avait assuré que le montant alloué à Tripoli s’élève à plus d’un milliard de dollars. « Les déclarations infondées de Mme Helou font partie d’une tentative de faire pression sur le courant du Futur », estime M. Allouche avant de préciser que les projets envisagés pour la ville de Tripoli sont répartis sur deux programmes. « Un programme qui ne concerne que la ville de Tripoli en tant que telle, et un autre qui s’étend sur un niveau national et qui compte des projets dont bénéficieront plusieurs régions, y compris Tripoli », explique-t-il.

Interrogé par l'OLJ, le candidat de l'opposition Yehya Mawloud affirme que les chiffres avancés concernant la part allouée par CEDRE à la ville de Tripoli sont fondés et rigoureux. Il dévoile l'injustice que la classe politique s'évertue à faire perdurer dans la capitale du Liban-Nord. « Le fait que les responsables de Tripoli aient avancé beaucoup plus important vise tout simplement à appâter l’électorat et à tromper l'opinion publique », dit-il.

Une bataille sans grand enthousiasme

L’ancien député Misbah Ahdab, qui a décidé à la dernière minute de présenter sa candidature à la partielle de Tripoli, estime, dans une déclaration à L’Orient-Le Jour, que « la population tripolitaine n’est pas dans un esprit combatif ». « Les politiciens se sont réunis et se sont mis d’accord sur le fait que la priorité des Tripolitains était de faire face à l’axe iranien, alors que les véritables priorités des habitants de la ville sont très différentes », affirme M. Ahdab. « Les gens ont perdu confiance dans le pouvoir actuel, mais j’estime qu’il y a toujours des possibilités », ajoute-t-il. Selon M. Ahdab, 60 % des enfants de la ville ne vont plus à l’école et le taux de chômage monte à 70 %. « Dans les autres régions du Liban, ces taux ne sont pas aussi élevés que ça. Il faut donc donner la possibilité aux Tripolitains de faire face à la véritable occupation de leur ville », lance-t-il, en allusion au courant du Futur.

M. Ahdab s’en prend violemment à ses concurrents : « Les gens ne veulent plus d’eux mais ils les redoutent parce que les services de renseignements les terrorisent. » L’ancien député de Tripoli estime, lui aussi, que le taux de participation au scrutin sera faible, « parce que les électeurs ne sont plus convaincus ni de la candidate du pouvoir en place ni du pouvoir en soi ».


(Lire aussi : Partielle de Tripoli : Hariri pourrait s’inviter personnellement dans la partie)



« Tripoli est fidèle, mais pas idiote »

Commentant la visite de M. Siniora à Tripoli et les innombrables tournées électorales effectuées par Ahmad Hariri, M. Ahdab s’attarde sur les discours prononcés par les responsables du Futur. « Ils sont venus nous rappeler que Tripoli est fidèle à l’héritage de l’ancien Premier ministre assassiné Rafic Hariri », déclare M. Ahdab avant de poursuivre : « Il est vrai que la ville de Tripoli est fidèle mais elle n’est pas idiote. » Et de conclure : « Le pouvoir en place peut gagner une bataille électorale mais pas une bataille politique. »

Bassem Bakhache, membre du conseil municipal de Tripoli, abonde dans le même sens : « Il est très probable que le taux de participation au scrutin soit faible, mais les visites de Siniora et d’Ahmad Hariri ainsi que la mobilisation de l’ancien Premier ministre Nagib Mikati et de sa machine électorale peuvent aider à changer la donne. » Et de poursuivre : « Les Tripolitains traînent en eux, depuis de longues années, un sentiment d’injustice. Ils se considèrent comme marginalisés, négligés par l’État, et c’est pour cela qu’ils ne se sentent pas concernés par le scrutin de dimanche. »

Quant à la date prévue pour le scrutin qui coïncide avec la fête des Rameaux célébrée dimanche par les chrétiens suivant le calendrier grégorien, M. Bakhache estime qu’« il s’agit d’une grave erreur commise par les autorités ». « C’est un faux pas, d’autant que les chrétiens de Tripoli ont déjà le sentiment d’être mis à l’écart. Cette décision ne fait que renforcer ce sentiment chez la communauté chrétienne en général et maronite en particulier », ajoute-t-il. À son tour, M. Allouche critique cette décision : « Le décret fixant la date des élections a été signé par le président Michel Aoun qui n’a certainement pas fait attention à la coïncidence des deux dates. Il s’agit d’une erreur qui n’aurait pas dû être commise par les autorités puisqu’à nos yeux tous les citoyens de la ville de Tripoli comptent. »



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AIGLEPERçANT

Avec un titre pareil on a pas besoin d'être présenté à Lapalissade. Lol.

Demain matin il fera jour.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

ATTENDONS VOIR. LA PARTIE EST DURE.

Le Faucon Pèlerin

La coalition Marada-CPL aux élections de l'ordre des ingénieurs du Liban-Nord était une coalition de la carpe et le lapin. Une erreur stratégique des F.L.

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