Le Premier ministre Nawaf Salam au début du Conseil des ministres, le 4 juin 2026. Photo diffusée par la présidence du Conseil sur X.
Le Premier ministre Nawaf Salam a affirmé jeudi que la négociation avec Israël constituait « la meilleure » option pour le Liban, tout en réaffirmant les exigences de Beyrouth, notamment un retrait israélien complet et le retour des habitants du Sud. Plaidant pour l'application de l'accord de Taëf et le monopole des armes par l'État, il a appelé les différentes parties à « travailler ensemble sous l'autorité de l'État ».
Israël et le Liban ont convenu mercredi de « la mise en oeuvre d'un cessez-le-feu » sous conditions et de la création de « zones pilotes » sous contrôle de l'armée libanaise, à l'issue de deux jours de pourparlers à Washington. Concernant le désarmement au sud du Litani, le chef du gouvernement a insisté sur le fait qu'il ne s'agissait pas d'une exigence imposée de l'extérieur. « C'est un engagement que le Liban a pris devant la communauté internationale lorsqu'il a accepté la résolution 1701 en 2006 », a-t-il rappelé.
À l'ouverture de la séance du Conseil des ministres, M. Salam a souligné que la négociation avec Israël, est « la voie la plus rapide et la moins coûteuse pour le Liban et les Libanais, ainsi que pour le Sud et ses habitants ». « La négociation n'était pas la seule option à notre disposition, mais elle était la meilleure », a-t-il déclaré, estimant que le Liban aurait pu soit « rester les bras croisés face à une guerre qu'il n'a pas choisie, ce qui n'a jamais été envisagé un seul instant ». Il a aussi indiqué que le Liban aurait pu se tourner vers le Conseil de sécurité de l'ONU ou « les tribunaux internationaux, au risque d'attendre des années tout en continuant à subir davantage de pertes ».
Évoquant les discussions en cours, M. Salam a reconnu que « les négociations n'ont pas été faciles » et que la délégation libanaise avait fait face à « une intransigeance israélienne ». Il a toutefois réaffirmé les exigences de Beyrouth : « un retrait israélien complet de notre territoire » et « le retour de nos concitoyens dans leurs maisons et leurs villages, dans la dignité et la sécurité ». Il a aussi dit que « (nous sommes) forts de notre droit à notre terre, du soutien de nos frères arabes, de l'appui de la communauté internationale, ainsi que de la compréhension américaine ».
M. Salam a également plaidé en faveur de l'application du principe de l'exclusivité des armes entre les mains de l'État sur l'ensemble du territoire libanais, estimant que le pays avait déjà « pris beaucoup de retard dans l'application de ce que prévoit l'accord de Taëf, signé par les Libanais eux-mêmes » et « manqué cette occasion » après le retrait israélien de 2000 puis après le retrait syrien de 2005. « Nous ne pouvons pas nous permettre de la manquer à nouveau, car les conséquences seraient cette fois particulièrement graves », a-t-il averti.
Le Premier ministre a enfin annoncé que « la prochaine étape » consisterait en un déploiement de l'armée libanaise dans des « zones pilotes », jugeant que cette mesure « ne remet nullement en cause notre droit à un retrait israélien total ; au contraire, elle nous en rapproche ». « Chaque heure qui passe sans mise en œuvre de cette démarche est une heure dont le Sud et ses habitants paient le prix », a-t-il ajouté.
M. Salam a terminé son intervention en affirmant que « toutes les parties sont appelées à faire prévaloir l'intérêt du Liban et de son peuple sur tout autre intérêt, qu'il soit extérieur ou partisan, et à assumer leurs responsabilités ». « Ceux qui refusent ou qui tergiversent porteront seuls la responsabilité des conséquences qui pourraient en découler, devant l'Histoire et, surtout, devant le peuple libanais qui a beaucoup souffert et consenti les plus grands sacrifices, a-t-il conclu. Je m'adresse donc à tous avec clarté : travaillons ensemble sous l'autorité de l'État. Je le répète, cette voie n'est ni facile ni courte, mais elle devient plus brève et nous rend plus forts lorsque tous les efforts convergent au sein des institutions de l'État libanais. » Ces déclarations interviennent alors que les frappes israéliennes se poursuivaient jeudi au Liban-Sud et que le Hezbollah a revendiqué plusieurs attaques contre des positions israéliennes situées en territoire libanais.
Le gouvernement est ensuite passé à l’examen de son ordre du jour, approuvant la plupart des points, dont la mission confiée au secrétaire général du Conseil des ministres, le juge Mahmoud Makkiyé, d’assurer les fonctions de directeur de l’Autorité de régulation de la culture du cannabis et de gérer les affaires courantes jusqu’à la nomination d’un directeur général titulaire, l’exemption du ministère de l’Éducation de l’organisation des examens officiels du brevet pour l’année 2026, ainsi que l’augmentation des bourses éducatives, portées à 20 millions de livres libanaises dans les écoles publiques (avec un plafond de 60 millions) et à 50 millions dans les écoles privées (avec un plafond de 150 millions).
Selon les informations de L’Orient-Le Jour, le Conseil des ministres n’a pas abordé la question de l’accord de Washington. Seul le ministre de l’Industrie, Joe Issa el-Khoury, aurait évoqué le sujet sans obtenir de réponse, selon des sources ministérielles. « Nous étions face à l’équation suivante : monter au créneau et secouer le gouvernement ou éviter de nous engager sur ce chantier. Nous avons choisi la deuxième option », commente un ministre opposé au Hezbollah, sous couvert d’anonymat. L’OLJ a également appris que le gouvernement de Nawaf Salam ne prévoit pas de nouvelles décisions pour la mise en œuvre de l’accord conclu mercredi. « Les décisions existent. Nous allons les appliquer selon un mécanisme clair, dans lequel l’armée devrait jouer le rôle principal », confie une source gouvernementale, sans donner davantage de précisions.


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