Liban

Tripoli : une victoire électorale sans électeurs

Décryptage
16/04/2019

En dépit des efforts considérables déployés par les différentes chaînes de télévision qui ont diffusé pendant toute la journée de dimanche en direct, soit depuis Tripoli, soit à partir de leurs studios avec des analystes et autres invités liés à l’événement, l’élection partielle n’a finalement mobilisé que 12,55 % des électeurs. Ce chiffre peut paraître dérisoire, mais le faible taux de participation ne met pas en cause la légalité du scrutin et finalement, Dima Jamali conserve son siège parlementaire et le courant du Futur le même nombre de députés.

Pour le Premier ministre et son équipe, c’est un grand soulagement, surtout que Saad Hariri a tenu à maintenir la candidature de Mme Jamali, en dépit des critiques qu’il a essuyées à ce sujet. En tout cas, de son côté, l’enjeu était important, surtout que ce scrutin est intervenu quelques semaines après l’échec essuyé par l’alliance Futur-FL aux élections de l’ordre des ingénieurs. Saad Hariri a donc essayé de mettre toutes les chances de son côté et du côté de sa candidate, en utilisant tous les moyens disponibles. Il a ainsi ravivé ses alliances politiques avec l’ancien ministre Mohammad Safadi et avec l’ancien Premier ministre Nagib Mikati. Il a aussi choisi de se réconcilier avec l’ancien ministre de la Justice Achraf Rifi, dans une tentative de neutraliser les forces susceptibles de mettre en difficulté la candidate Jamali. Il a même envoyé sur place le secrétaire général du courant du Futur Ahmad Hariri qui a passé des semaines à Tripoli dans une tentative de mobiliser les électeurs. Ce dernier a pratiquement fait la campagne de Dima Jamali et les Tripolitains ainsi que les médias qui ont couvert l’événement l’ont plus vu et entendu parler qu’elle. Et pour assurer la plus grande mobilisation possible, Ahmad Hariri a utilisé les vieilles recettes qui en principe marchent toujours : évoquer la « loyauté au martyr Rafic Hariri », évoquer « la menace irano-syrienne » et la nécessité de la combattre, et pour couronner le tout, se rebeller contre « l’hégémonie du Hezbollah ». Achraf Rifi a été encore plus loin, accusant les alaouites de Baal Mohsen de ne se déplacer vers les urnes que si « on les siffle », dans une tentative de provoquer chez eux une réaction contraire et de pousser ainsi vers une grande affluence en direction des bureaux électoraux. Enfin, pour clôturer la campagne, Bahia Hariri et le Premier ministre lui-même sont venus à Tripoli à la rencontre des électeurs. Saad Hariri a même multiplié les promesses de projets de développement pour la ville à travers les fonds qui seraient issus de la conférence de Paris.

Pourtant, toutes ces tentatives n’ont pas réussi à stimuler les votes, dont le pourcentage est resté faible. Les milieux proches du Futur se sont d’ailleurs empressés de considérer que le faible taux de participation est « normal » dans le cadre d’une élection partielle, qui selon eux ne mobilise pas généralement les électeurs. De plus, dans ce cas précis, il n’y avait pas, toujours selon ces mêmes milieux, de véritable bataille électorale, les candidats rivaux ne faisant pas le poids face à la gigantesque alliance politique qui appuie Dima Jamali, surtout après la décision des Ahbache, appuyés par le député Fayçal Karamé, de boycotter le scrutin.

Ces justifications ne tiennent pas la route toutefois. D’une part, le Liban a connu des élections partielles qui avaient provoqué une grande mobilisation, notamment au Metn en août 2007 (entre l’ex-président Amine Gemayel et le candidat du CPL qui avait été élu, Camille Khoury, avec un taux de participation de près de 47 %). D’autre part, le taux de participation à la partielle de Tripoli était plus bas que ce qui est considéré comme normal, surtout en regard des moyens utilisés par le camp du Futur pour mobiliser les électeurs. Finalement, la candidate du Futur a obtenu 8 % des 12,55 % de suffrages exprimés. Ce qui est considéré comme un chiffre assez bas, face à des candidats qui ne sont pas appuyés par des partis politiques traditionnels ni par des personnalités connues, qu’il s’agisse de Yehia Maouloud (candidat de la société civile) ou de l’ancien député Misbah Ahdab, qui n’a compté que sur lui-même. Ces deux candidats ont en tout cas amélioré leur score par rapport à celui des élections de 2018. Ce qui montre que leur discours a porté au cours des derniers mois, en tout cas plus que celui de la large coalition qui a porté Dima Jamali vers la victoire.

C’est pourquoi, en dépit des célébrations de victoire du courant du Futur, ce dernier devrait comprendre qu’il doit être davantage à l’écoute de la rue. Les incitations confessionnelles et politiques traditionnelles ne peuvent plus mobiliser ceux qui ont été gavés de promesses pendant des années et qui aujourd’hui parviennent à peine à survivre. Les appels habituels contre l’Iran et le Hezbollah ne suffisent plus à pousser les gens à descendre dans la rue ou à aller aux urnes, car ceux-ci sont désormais conscients du fait que lorsqu’on a recours à ce genre de discours, c’est qu’on n’a rien d’autre à proposer et que finalement, on cherche à cacher l’absence de projet par l’incitation confessionnelle et politique.

Dima Jamali a donc été élue dimanche, mais cette victoire reste mitigée. Politiquement, elle confirme un recul de la popularité du courant du Futur dans la ville de Tripoli et démocratiquement, elle montre une des failles du système électoral et des institutions publiques qui ne parviennent plus à mobiliser les citoyens. Hélas, dimanche, sur les chaînes de télévision, plusieurs Tripolitains ne cachaient pas leur désenchantement et leur peu d’espoir sur la possibilité d’un changement. L’idée qui revenait le plus souvent dans leurs propos était la suivante : « Ils reviendront dans quatre ans, mais nous ne serons peut-être plus là... »

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Le Faucon Pèlerin

Que ceux qui se sont abstenus de participer à l'élection partielle, aillent participer, la prochaine fois, aux élections de l'Etat des Alaouites ou à l'Etat d'Alep ou l'Etat de Damas. Leur place n'est plus au Liban, Etat libre, indépendant et démocratique où les scores de 98% et 97% ne sont pas appliqués.

Bery tus

On vit libre ou ce n est pas la peine de vivre ou jamais par procuration ... si je veux dire merci moi même je peux le dire tout seul

Liberté de Penser

Un article sans lecteurs ...

AIGLEPERçANT

CE QUE LA DAME SCARLETT A VOULU EXPRIMER EST UN BON CONSEIL AUX FORCES DU 14 MARS.

QU'ILS CHANGENT DE DISQUE DANS LEURS CAMPAGNES POLITIQUES EN ACCUSANT L'IRAN ET LE HEZB DE TOUS LES MAUX , ÇA NE MARCHE MEME PLUS PARMI LEURS PARTISANS .

ELLE NE FAIT L'ÉLOGE DE PERSONNE , MAIS DONNE gratuitement et en toute modestie des conseils qui pourraient leur être utile la prochaine fois , pour leur éviter cuisantes et honteuses défaites de ce type .

Merci pour EUX Scarlett .

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

ON VOUDRAIT VOIR FUT-CE UN SEUL ARTICLE DE LA TRES CHERE MADAME SCARLETT HADDAD DECRIVANT DES FAITS DE CETTE MANIERE POUR CE QUI CONCERNE LES ACTEURS DU 8 MARS ET SURTOUT H.N., AOUN ET BASSIL. DU JAMAIS !

Bery tus

Mais il y a eu un vote et c est madame qui a gagner si vraiment le peuple voulait faire barrage a la candidate il aurait tout simplement voter pour son adversaire

AIGLEPERçANT

Dilma a été élue,
mais ses soutiens ont perdu.

Je parie que sans état d'âme
dilma le vivra sans drame .

De conscience politique
Elle n'en fera que la nique.

On félicite l'absurdité
D'une sottise avérée.

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