X

Liban

Messe de Deir el-Qamar : des souvenirs de Joumblatt au « retour politique » de Bassil

Communautés

L’esprit de « repentir et de pardon » a dominé cet événement samedi, en harmonie avec le titre donné à cette messe et la volonté de ses organisateurs. La dimension politique n’était pas absente pour autant.


S.B. | OLJ
25/03/2019

La messe du « repentir et du pardon », à la mémoire des victimes chrétiennes tombées à la suite de l’assassinat du leader druze Kamal Joumblatt en mars 1977 et des victimes de la guerre de la Montagne (1983), a été célébrée samedi à Deir el-Qamar (Chouf) et marquée par les discours du chef du Parti socialiste progressiste (PSP), Walid Joumblatt, et du chef du Courant patriotique libre (CPL), le ministre Gebran Bassil. Cet événement est une initiative du bloc du CPL, puisqu’il a eu lieu à l’invitation du ministre des Déplacés, Ghassan Atallah, placé sous le parrainage du président de la République Michel Aoun, qui était représenté par M. Bassil. La quasi-totalité des ministres et députés des deux partis étaient présents, mais pas ceux d’autres partis, comme les Forces libanaises par exemple. Les présidents du Parlement et du Conseil des ministres étaient respectivement représentés par les députés Henri Hélou et Mohammad Hajjar.

M. Joumblatt s’est lancé dans une longue remémoration très personnelle de ces journées noires, dans les détails du choc de l’assassinat lui-même, le chaos qui en a résulté, puis des informations qui se sont succédé sur les massacres dans les régions, les efforts pour calmer les esprits et ces trajets douloureux vers les villages touchés… « À toutes les entrées du Chouf et dans la plupart des localités, au Barouk et à Mazraat el-Chouf, les forces spéciales syriennes étaient là », a-t-il affirmé.

« Le jour suivant, la nature a pleuré tous les martyrs, a-t-il poursuivi. Nous avons dit adieu à Kamal Joumblatt, et la Montagne a failli dire adieu à son unité historique. Nous avons tous compris qu’il y avait un projet de discorde qui se préparait au Liban. (…) Puis, entre 2000 et 2001, nous avons commencé à œuvrer pour la réconciliation avec des amis chers, à leur tête feu Samir Frangié, et le patriarche maronite Nasrallah Sfeir a répondu présent et a su saisir, comme à son habitude, l’instant historique. Et ce fut la rencontre de Moukhtara en août 2001. »

Le leader druze a estimé que si les leaders chrétiens Michel Aoun et Samir Geagea n’étaient pas présents pour des causes liées à l’exil et à la détention, la présence du patriarche maronite a couvert cette volonté nationale de retour et de réconciliation et entamé une nouvelle voie vers l’unité nationale.

De son côté, M. Bassil a estimé que « Kamal Joumblatt est le martyr de toute la nation, son assassinat a visé tout le pays et a mené à des tragédies ». « Nous nous rencontrons aujourd’hui sous ce titre de “repentir et de pardon” afin de rapprocher les cœurs, sachant qu’il n’est pas permis de ne pas accorder de pardon », a-t-il dit.

Puis le chef du CPL s’est laissé aller à une affirmation qui a été très commentée par la suite, en considérant que « le retour politique a été réalisé au cours des dernières législatives ». « L’unité de la Montagne est essentielle pour l’union nationale, a-t-il ajouté. Mais notre unité ne signifie pas isolement et repli sur soi par rapport aux autres composantes de cette région. »

Et de poursuivre : « Nous avons entamé des accords pour renforcer l’union nationale avec le Hezbollah, le courant du Futur et les Forces libanaises, et nous espérons faire de même avec le PSP. »


(Lire aussi : Au Liban, 40 ans de réconciliations pour tourner la page de la guerre)


« Rien que du positif »

Interrogé par L’OLJ sur la véritable signification de cet événement, le député Farid Boustany, du bloc du CPL, insiste sur « sa très grande importance ». « Au-delà de la politique, c’était une rencontre des cœurs, dit-il. Les discours de MM. Joumblatt et Bassil étaient remarquables. Mon grand souhait, c’est qu’il y ait à nouveau une entente interdruze, ce qui faciliterait l’entente avec tous les autres. Et je table, pour cela, sur la sagesse des cheikhs druzes. »

Concernant les relations interdruzes, justement, comment analyse-t-il la réaction du député Talal Arslane qui, contrairement aux autres, a tenu à rouvrir les dossiers sanglants du passé et refusé d’assister à l’événement ? Le leader druze s’est demandé « comment pardonner à la trahison », énumérant un grand nombre de villes et de villages de cette région ayant connu des épisodes sanglants. « Je pense que se souvenir du passé est nécessaire pour tourner la page », affirme M. Boustany, qui est lui-même dans le bloc de M. Arslane dans la Montagne.

Qu’a voulu dire M. Bassil par « le retour politique qui a été réalisé au cours des législatives de 2018 », et n’est-ce pas ignorer tous les efforts précédents, comme l’ont interprété certains ? « Si mes souvenirs sont bons, le CPL a failli s’allier au PSP au cours des dernières législatives, répond M. Boustany. Notre élection au Chouf, au député Mario Aoun et à moi-même, n’est pas un défi, nous aspirons à jouer le rôle de trait d’union entre les différentes parties. »


(Lire aussi : À Deir el-Qamar, une énième consolidation de la réconciliation de la Montagne)



Selon M. Boustany, il ne fallait retenir que l’aspect positif de cet événement, au grand dam de ceux qui « veulent y voir ce qui n’existe pas ». « Il faut savoir que nous ne dénigrons pas la réconciliation de la Montagne en 2001, mais bâtissons sur ce qui a été fait », insiste-t-il.

Pour sa part, le ministre Akram Chehayeb indique à L’OLJ que « l’importance d’un tel événement est qu’il vient réaffirmer la réconciliation » qui avait eu lieu de longues années avant cela. Sur la déclaration de M. Bassil concernant « le retour politique », le député de Aley insiste sur le fait que « ce retour politique avait déjà eu lieu dès la première réunion avec les Kataëb en 2000, puis lors de la réconciliation de la Montagne avec le patriarche Sfeir en 2001, et même avant ». « La liberté d’expression et les libertés politiques ont toujours existé dans cette région ; preuve en est, des députés des Forces libanaises et de plusieurs autres parties politiques ont été élus depuis ce temps-là, poursuit-il. Si M. Bassil considère que le retour politique n’a eu lieu que l’année dernière, c’est son avis. » M. Chehayeb a par ailleurs refusé de commenter les propos de Talal Arslane.


Pour mémoire
Montagne druzo-chrétienne : Que l’État « ne nous force pas à partir une deuxième fois »

À la une

Retour à la page "Liban"

Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

gaby sioufi

allons allons,
tout ce que ce "event" laisse comprendre est que jibran a encore une fois emporte haut la main la palme parmi notre crasse politique,
mais aussi que walid bey encore une fois, -parceque force - vire de bord comme il l'avait fait en 2008.
surtout surtout finalement que feu le 14 mars est bien parti dans l'histoire comme un reve a peine ne que le voila annihile .

Dernières infos

Les + de l'OLJ

1/1

Les articles les plus

A WEEKLY EDITION CURATED AND
PERSONALIZED BY OUR EDITORIAL TEAM

SIGN UP TO OUR NEWSLETTER IN ENGLISH

More Info See Sample
x

Pour enregistrer cet article dans votre dossier personnel Mon Compte, vous devez au préalable vous identifier.

L'Orient-Le Jour vous offre 5 articles

Nous sommes un journal indépendant, nous chérissons notre liberté qui découle de notre autonomie financière comme de nos principes éthiques. Votre soutien, cher lecteur, est plus que nécessaire pour pérenniser nos initiatives.

Je poursuis la lecture

4

articles restants