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Liban

Hariri et Bassil à fleurets mouchetés autour des nominations

Exécutif

La tension entre le Premier ministre et le chef du CPL a toutefois baissé après un entretien téléphonique entre les deux hommes.


19/03/2019

La mésentente qui s’est manifestée entre le courant du Futur et le Courant patriotique libre, suite au discours virulent prononcé jeudi dernier par le chef du Courant patriotique libre (CPL), Gebran Bassil, a suscité une série d’interrogations sur les raisons de ce soudain revirement à l’heure où le compromis entre le Premier ministre Saad Hariri et le CPL était toujours de mise.

L’emportement de M. Bassil, qui a été jusqu’à menacer indirectement le gouvernement d’implosion s’il n’obtenait pas satisfaction sur des dossiers aussi lourds que celui de la corruption, des réfugiés et de l’électricité, ne saurait être expliqué qu’à la lumière de la dernière rencontre qui avait eu lieu mercredi dernier entre le ministre des Affaires étrangères et M. Hariri, croient savoir plusieurs observateurs, qui affirment que la rencontre ne se serait pas déroulée dans un climat serein.

En prévenant, sur un ton qualifié par ses adversaires de « populiste », qu’il n’y aura plus de gouvernement à moins que le retour des réfugiés soit assuré, que la corruption soit éradiquée et que le déficit dans le secteur de l’électricité soit réduit à zéro, M. Bassil voulait vraisemblablement marquer un point contre le Premier ministre sur ces dossiers pour en encaisser les dividendes ailleurs.

Selon des sources proches du courant du Futur, l’entretien aurait buté sur deux questions litigieuses principalement : le dossier des nominations au sein de l’administration, dont le CPL revendique la part du lion ; et celui de l’électricité, sur fond de relance de la location des navires-centrales que M. Bassil aurait remis sur le tapis, en amont du plan que doit présenter incessamment la ministre de l’Énergie issue de son camp, Nada Boustani.

Selon les sources haririennes, la question des nominations étaient cependant le problème majeur, M. Hariri s’étant farouchement opposé à ce que le CPL revendique la majeure partie des quotes-parts qui reviennent aux chrétiens, marginalisant ainsi toutes les autres formations de la même communauté, alliées au Premier ministre. En contestant les ambitions de M. Bassil, M. Hariri voulait vraisemblablement éviter de se mettre à dos ses alliés chrétiens, notamment les FL et les Kataëb. Il voulait également éviter de donner l’image d’un chef du gouvernement qui se plie à tous les desiderata du chef du CPL, d’autant qu’il vient de recevoir depuis une semaine un nouvel appui de la part de l’Arabie saoudite face à ses détracteurs, comme le fait remarquer une source informée.



(Lire aussi : Bassil n’a pas voulu ébranler le compromis, selon le CPL)


Le CPL relativise

De son côté, le CPL, qui s’évertue depuis à relativiser la virulence du discours prononcé par son chef, a démenti hier par la bouche du député Alain Aoun les informations selon lesquelles sa formation aspirerait à pourvoir près de 90 pour cent des sièges chrétiens vacants de l’administration, en reconnaissant toutefois, dans un entretien à la chaîne LBCI, que le courant aouniste avait tout le droit de briguer une grande partie de ses postes. M. Aoun, qui a tenu à minimiser la portée de l’allocution incendiaire de M. Bassil, a indiqué en substance que le ton adopté par ce dernier était tout simplement destiné à pousser l’exécutif à œuvrer activement en direction des objectifs placés par le CPL.

Dans les milieux aounistes, on cherche également à amoindrir la portée de ce discours, en soulignant qu’il ne faudrait pas charger les prises de positions exprimées par M. Bassil de plus de sens qu’elles n’en ont, signifiant clairement que le partenariat entre ce dernier et le Premier ministre tient toujours. Dans ces milieux, on insiste également sur le fait que l’avis exprimé par le chef du CPL sur le dossier des réfugiés « n’avait rien de nouveau ».

Rien de nouveau non plus dans le discours de M. Hariri sur les réfugiés à Bruxelles, lors de la conférence du soutien à la Syrie, fait-on valoir dans les milieux du courant du Futur, où l’on tient à rappeler que les propos du Premier ministre n’étaient rien d’autre que la reprise de la teneur de la déclaration ministérielle sur ce dossier. Par conséquent, souligne une source haririenne, les propos de Gebran Bassil sur les réfugiés ne sont autres qu’une « tendance démagogique à laquelle nous a habitués M. Bassil, destinée à mobiliser sa base sur un sujet sensible ». La tactique du ministre des AE aurait surtout pour objectif de hausser la barre pour mieux négocier les nominations, estime une source ministérielle. En soirée, on apprenait via la LBCI que M. Hariri s’est entretenu au téléphone avec M. Bassil et que le climat était « positif ».


(Lire aussi : Bassil tancé par le Futur et les FL pour son escalade verbale)


Le retour des barges ?

Autre sujet de divergence qui serait apparu lors du tête-à-tête entre MM. Bassil et Hariri, les réformes attendues dans le secteur de l’électricité. Pour les sources haririennes, le Premier ministre se serait opposé à la remise sur le tapis par son interlocuteur de la proposition de location des barges, présentée encore une fois comme solution temporaire en attendant la construction de nouvelles centrales prévues dans le cadre de la conférence de Paris. Une suggestion que M. Hariri aurait refusée, « les navires-centrales étant devenus impopulaires » du fait des nombreuses rumeurs de corruption qui ont entouré ce marché. D’ailleurs, fait remarquer une source proche du courant du Futur, si l’on veut suivre l’esprit de ce qui a été convenu à la conférence de Paris et dans laquelle la communauté internationale s’était engagée à mobiliser des prêts et des dons pour financer des projets d’infrastructure, la solution des navires-centrales ne saurait être envisagée, la condition placée par les bailleurs de fonds étant d’effectuer des réformes structurelles et sectorielles dans le long terme et non des solutions temporaires déjà testées et dont le coût s’est avéré exorbitant pour le Trésor.

Selon un expert qui suit de près ce dossier, la divergence de points de vue entre MM. Hariri et Bassil était plutôt autour de la question de savoir quelle serait l’instance qui pourrait être substituée à la Direction générale des adjudications (DGA), pour tout marché futur concernant le secteur de l’électricité, afin de contourner son directeur, Jean Ellieh, un homme connu pour sa probité et pour avoir donné du fil à retordre à l’ancien ministre de l’Énergie César Abi Khalil, et par extension à M. Bassil dans le dossier des navires-centrales. Réputé pour son respect strict de la loi qui gouverne les marchés publics, M. Ellieh est accusé par le CPL de s’employer à « mettre des bâtons dans les roues » dans cette affaire.

« En mettant en avant l’exigence de parvenir à une production de courant qui assurerait les besoins 24h sur 24, M. Bassil est tout simplement en train d’interpréter à sa guise les propos du diplomate français chargé du suivi du processus CEDRE, Pierre Duquesne, qui a clairement évoqué l’urgence de mettre en place les réformes structurelles et non pas l’urgence de parvenir au plus tôt à une production de courant suffisante », commente l’expert, qui craint fort que cette confusion voulue ne soit un prélude pour réintroduire, subtilement, les barges comme solution provisoire.



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LA VERITE

pas de commentaires cette fois ci sauf que

M LE GENDRE LE PEUPLE EN A MARRE DE VOS BATEAUX POUR L'ELECTRICITE
AMENER SIEMENS OU LE DIABLE MAIS FAITES DONC UN PROJET FINAL DE CENTRALES ELECTRIQUES PLUTOT QUE GASPILLER NOTRE ARGENT POUR DU PROVISOIRE POUR ENRICHIR X ET Y ( x et y pour ne pas risquer les foudres de la justice )

10 ANS CA VOUS SUFFIT
POURQUOI VOUS NE LE COMPRENEZ PAS?

Antoine Sabbagha

De vraies disputes tribales sur le sexe des Anges qui font noyer le pays dans des dettes inadmissibles .

Élie Aoun

la lutte contre la corruption commence par les nominations grace aux merites, ni religion ni parti politique, cela veut dire non CLANIQUE. Sinon pourquoi on nommer des personnes de son clan, afin de mieux pratiquer la corruption .... cqfd

Honneur et Patrie

Selon un membre du consortium familial qui tient le CPL, le parti aspire à pourvoir 90 pour cent des sièges vacants chrétiens de l'administration ignorant ainsi les droits des Kataéb, du PNL, des Maradas et des Indépendants.
Attention Ali Baba & Cie. A trop demandez, vous risquez de tout perdre.

gaby sioufi

YALLA, laissons les s'amuser en amusant la galerie de leurs accusations & contre accusations .
La galerie elle n'y comprendra rien toujours rien.
Mais je me trompe la, la galerie finira par comprendre que seul HN sait ce qu'il a fait.

les autres acteurs, de pietres acteurs ,eux ne font que nous emmerder a force de répéter leur role devenu désuet.

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