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Liban

Partenariat gouvernemental et discours partisans, une mixture explosive ?

Politique

Dans les milieux du Futur, on vante la « sagesse » dont fait preuve le Premier ministre pour éviter un éclatement du cabinet.

Yara ABI AKL | OLJ
16/03/2019

Le gouvernement fait-il face à un risque d’éclatement ? La question se pose dans les milieux politiques au vu des divergences profondes qui continuent de diviser les deux principaux partenaires concernés par la gestion gouvernementale, Saad Hariri et Gebran Bassil, sans que jusqu’ici ces divergences parviennent à entamer ce partenariat. Le problème s’est manifesté avec plus d’acuité après les discours prononcés jeudi par le Premier ministre, à Bruxelles, d’une part, et par le chef du Courant patriotique libre lors du dîner annuel de son parti, de l’autre. S’exprimant devant ses partisans, M. Bassil a défini les trois priorités du sexennat, à savoir les réfugiés syriens, le redressement économique et la lutte contre la corruption. À l’heure où le chef du gouvernement sollicitait l’aide de la communauté internationale sur le dossier des réfugiés, le ministre des Affaires étrangères s’en est violemment pris aux participants à la conférence internationale de Bruxelles. « Je suis aujourd’hui avec vous et non à Bruxelles, parce que de telles conférences financent le maintien des réfugiés dans les pays hôtes, alors que nous voulons des conférences à même d’assurer leur retour », a-t-il tonné, dans ce qui sonne comme une critique implicite adressée à M. Hariri, chef de la délégation libanaise.

Poursuivant sur la même ligne, Gebran Bassil a évoqué les rapports libano-syriens. « Ceux qui plaident pour le retour des réfugiés devraient en finir avec le mensonge de la normalisation, dans la mesure où les relations bilatérales sont déjà établies », a-t-il lancé, dans un message adressé tant au courant du Futur qu’aux Forces libanaises, ces deux partis encourageant un retour des réfugiés sans pour autant entamer un dialogue avec le régime de Bachar el-Assad.

Pour ce qui est de la lutte contre la corruption, le chef du CPL a déclaré sans détour : « Il faut faire table rase de la corruption en Conseil des ministres, sinon il n’y a pas de gouvernement. Les abus liés à la corruption ne stigmatisent pas une communauté dans son ensemble. » Il répondait ainsi à la Future TV, organe médiatique du parti haririen. Réagissant à l’attaque qu’avait lancée implicitement le Hezbollah contre Fouad Siniora, ancien Premier ministre et grand compagnon de route de Rafic Hariri, au sujet de sa gestion financière, la chaîne avait déclaré, dans l’introduction du journal de 20 heures du dimanche 3 mars, que « Fouad Siniora est la communauté sunnite ».

Sur le même registre, le chef du CPL a rappelé que Le quitus impossible est devenu une loi en vigueur. Une façon pour lui de répondre à « ceux qui ont longtemps accusé (le parti) d’avoir conclu des compromis pour arriver à la présidence de la République ».

Ces messages adressés à tous les partenaires du CPL dans le cadre de l’entente présidentielle élargie de 2016 ne sont naturellement pas sans susciter des interrogations quant à la pérennité de cet accord, et des retombées négatives de ce genre de discours, particulièrement populistes, sur la « productivité » de l’équipe ministérielle.

(Lire aussi : L’avenir des réfugiés syriens du Liban est en Syrie, la tribune de Bruno FOUCHER et Georg BIRGELEN)


Le compromis de 2016

Interrogés à ce sujet par L’Orient-Le Jour, plusieurs observateurs rappellent qu’aussi bien Saad Hariri que Gebran Bassil sont conscients de l’importance de garder leur accord politique à l’abri de toute querelle à même de le menacer sérieusement. On en veut pour preuve la réunion tenue entre les deux hommes mercredi soir, soit un jour avant la conférence de Bruxelles. L’occasion pour eux de discuter des meilleurs moyens pour aller de l’avant en Conseil des ministres.

Toutes les composantes ministérielles, notamment le Futur et le CPL, ont conclu une entente – quoique tacite – pour empêcher toute implosion du cabinet, et qui consiste à y éviter les sujets qui fâchent. Cela fait donc dire à certains commentateurs que le chef du CPL tout comme son partenaire haririen semblent établir une nette distinction entre leur rôle en Conseil des ministres et leur fonction de chef de parti. C’est d’ailleurs sous cet angle que ces observateurs placent le discours de M. Bassil prononcé jeudi soir. Devant ses partisans, le leader du CPL est dans le besoin de réconforter sa base populaire, plus ou moins inquiète sur les constantes de la formation, quant au maintien des principes qu’elle a longtemps défendus, notamment la lutte contre la corruption. C’est ainsi qu’il conviendrait d’interpréter ses propos concernant Le quitus impossible. Publié en 2013, cet ouvrage est assimilable à un réquisitoire contre la gestion des finances publiques par le camp Hariri dans l’après-guerre. En l’évoquant jeudi dernier, M. Bassil tentait de mettre fin aux questions que se posent aussi bien les aounistes que des Libanais non adhérents à son parti, autour de l’avenir de cet ouvrage à la lumière de l’accord présidentiel. Il n’empêche que, quitus impossible ou pas, on a pu constater, ces derniers temps, qu’il a été possible à la formation de M. Bassil d’éviter de s’associer à la bataille menée par son allié de longue date, le Hezbollah, contre Fouad Siniora.De même, plus récemment, on a vu comment les aounistes ne se sont nullement empressés d’apporter leur soutien au ministre d’État pour les Affaires des réfugiés syriens Saleh Gharib, qui relève pourtant de la quote-part du président de la République, lorsqu’il s’est indigné du fait qu’on ne l’ait pas invité à se rendre à la conférence de Bruxelles.

Pour le moment, le compromis présidentiel et son corollaire, le partenariat gouvernemental, ne paraissent donc guère menacés. Sauf que dans les milieux du Futur, on n’exclut pas un possible éclatement, « si les attaques se poursuivent », précise à L’OLJ un proche du Premier ministre, soulignant que « pour l’instant, M. Hariri usera de sa sagesse pour permettre au cabinet d’aller de l’avant ».

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L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

ET DANS L,ARTICLE PRECEDENT ON NOUS PARLE DE NOUS PRESENTER EN MODELE DE DIALOGUE AU MONDE QUAND CHEZ NOUS ON SE LA LANCE AVEC INSULTES VIA LES MEDIAS... ET ON N,A PAS PARLE ENTRE NOUS ENCORE DEPUIS LA FIN DE LA GUERRE CIVILE !

Le Faucon Pèlerin

Le chef du CPL a défini les trois priorités du sexennat dont la lutte contre la corruption...
Par politesse, élégance et pudeur on ne doit jamais parler de cordes dans la maison d'un pendu.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

POUR EN FINIR IL N,Y A QU,UNE ALTERNATIVE L,EXPULSION ET TOUT LE MONDE SAIT SON IMPOSSIBILITE CAR ASSAD LE PREMIER NE LES ACCUEILLERA PAS MEME SI ON POUVAIT LES EXPULSER. TREVE D,HYPOCRISIE ! SANS GARANTIES ET SECURITE DANS LEUR PAYS AUCUN NE RETOURNERAIT...

Antoine Sabbagha

La présence des réfugiés syriens fait le Malheur des libanais , mais il ne faut pas qu'il divise nos politiciens pour ne plus revivre encore une fois l'implantation comme en 1948 du temps des palestiniens .

AIGLEPERçANT

Entre les 2 conceptions du retour, celle de Bassil est à n'en pas douter, celle du "Liban d'abord", tant décrié par les hypocrites qui prétendent en être les possesseurs.

Je suis effaré par le manque de conscience du danger de cette situation que certains partis politiques font semblants d'ignorer.

C'est même enfantin.

Chucri Abboud

NOTRE LEITMOTIV AVANT QU'IL NE SOIT TROP TARD , AVANT QUE LES RÉFUGIÉS SYRIENS NE RESSEMBLENT BIENTÔT À NOS RÉFUGIÉS PALESTINIENS : « De telles conférences financent le maintien des réfugiés dans les pays hôtes, alors que nous voulons des conférences à même d’assurer leur retour dans leur propre pays !»
Il est très dangereux pour le Liban de continuer à tergiverser !

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

BASSIL DOIT COMME POLITICIEN SAVOIR QUE LA GUERRE DE SYRIE N,EST PAS FINIE ET QUE TOUT MONTRE QU,IL Y A UN NOUVEAU ROUND JUMEAU QUI SE PREPARE POUR LE MATCH DANS CE PAYS ! IL LE SAIT MAIS FAIT DE LA PROPAGANDE BON MARCHE A SOI-MEME AU DETRIMENT DES INTERETS DU PAYS...

Irene Said

"...la productivité de l'équipe ministérielle..."

on en doutait très fort dès le début, vu sa composition, et les incessantes querelles partisanes...en sourdine ou au grand jour !

On constate que ces messieurs n'ont toujours pas compris ce que diriger un pays signifie réellement !

Irène Saïd

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