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Liban

Salam à son tour solidaire de Siniora dont il loue l’intégrité

Accusations de corruption

L’ancien chef de gouvernement dénonce une justice instrumentalisée par les politiques.

Je.J. | OLJ
12/03/2019

Depuis sa mise en cause implicite par le Hezbollah dans sa gestion des comptes publics, l’ancien Premier ministre Fouad Siniora a reçu de la part de plusieurs pôles sunnites, dont le mufti de la République Abdellatif Deriane et les membres du courant du Futur, un soutien inconditionnel. Hier, c’était au tour de l’ancien chef de gouvernement Tammam Salam de se mettre de la partie en défendant bec et ongles la réputation de M. Siniora, une « grande personnalité d’envergure nationale », selon ses termes.

Dénonçant à l’issue d’un entretien avec lui une « tempête » qui vise celui qui fut « un exemple de professionnalisme, d’éthique et de transparence », M. Salam a voulu répondre indirectement à tous ceux qui ont critiqué la levée de boucliers, au sein de la communauté sunnite principalement, pour soutenir l’ancien chef de gouvernement.

« M. Siniora n’a pas besoin d’immunité parlementaire ni communautaire, encore moins d’immunité politique. Il jouit d’une immunité nationale qui lui est garantie et à tous ceux qui recherchent l’intérêt du pays », a déclaré M. Salam devant la presse.

Le 28 février dernier, le député du Hezbollah Hassan Fadlallah avait transmis à la justice des documents révélant selon lui de nombreuses irrégularités dans les écritures comptables, notamment au cours de la période 1993-2012, rendant leurs auteurs passibles de poursuites judiciaires. Le député avait au passage fait état de milliards de livres libanaises qui auraient « disparu », selon lui, pendant cette période au cours de laquelle M. Siniora avait occupé les postes de ministres des Finances puis de Premier ministre.

Dans une allusion à peine voilée sur le manque de confiance dans la justice libanaise, M. Salam a déclaré : « J’insiste sur la nécessité d’éloigner la politique de la justice. Je vous le dis haut et fort : que les politiques cessent de s’ingérer dans le cours de la justice. »

Dans une déclaration à L’Orient-Le Jour, M. Salam a affirmé que « la justice au Liban n’était pas indépendante ». À la question de savoir si M. Siniora devait, selon lui, comparaître devant le juge d’instruction s’il était convoqué, il a répondu : « Il faut d’abord que tout le monde soit convaincu que ce dossier est traité loin de la politique. Or nous constatons que cette affaire a été mal menée dès le départ et s’est transformée en une tribune ostentatoire servant à lancer des accusations devant les caméras. »

Samedi dernier, le Conseil islamique supérieur chérié, qui s’était réuni sous la présidence du mufti de la République, avait pourtant estimé que la lutte contre la corruption doit se faire dans un cadre légal. « Laissons la justice indépendante faire son devoir sans ingérences », avait indiqué le Conseil.


(Lire aussi : Reconstitution des comptes publics : Bifani répond à Siniora)

La volonté de réformer

Pour sa part M. Siniora a rappelé sa « volonté incessante (durant les années où il assumait ses fonctions) de réformer et d’œuvrer contre la dissémination de la corruption ».

« Si j’avais la possibilité de revenir en arrière, j’aurais agi de la même façon », a-t-il dit, avant de souligner que les accusations lancées dans sa direction font partie d’« une bataille orchestrée pour faire dévier l’attention des réformes réelles. Elle s’inscrit également dans le cadre d’une tentative de la part de certains de gagner une confiance qui leur fait défaut », a ajouté M. Siniora dans une allusion au Hezbollah.

Perçue par ses proches comme une campagne vindicative visant la communauté sunnite et à travers elle le camp politique qui la représente majoritairement, la campagne de lutte contre la corruption, dont le Hezbollah a pris les commandes depuis quelque temps, a alimenté depuis une polémique sur ses objectifs réels, les accusations de corruption s’étant confondues, selon certains observateurs, avec une volonté de règlement de comptes politique.

À maintes reprises, le Hezbollah s’est évertué à proclamer que la campagne qu’il mène n’avait rien de communautaire, encore moins de politique, mais ces assurances ne semblent pas avoir convaincu les milieux sunnites du 14 Mars, qui persistent et signent en affirmant que cette « guerre » est éminemment politique.

Vendredi dernier, Hassan Nasrallah avait déclaré, dans un discours d’une extrême virulence, que le parti chiite, déterminé à mener cette bataille jusqu’au bout, allait tout faire pour éviter « les tentatives de transformer la lutte contre la corruption en discorde confessionnelle ou politique ».

Le cheikh Abdellatif Deriane avait affirmé, il y a une semaine, que l’ancien Premier ministre Fouad Siniora est considéré comme « une ligne rouge » à ne pas franchir.


(Lire aussi : Gestion des comptes publics : les principaux arguments de Fouad Siniora)


Une campagne maladroite

Dans les milieux sunnites indépendants, on soutient que cette campagne visant l’ancien chef de gouvernement « est d’autant plus maladroite qu’elle s’est voulue sélective, occultant des affaires de corruption qui continuent d’être déballées jusqu’à ce jour ». « Il aurait fallu ouvrir en parallèle plusieurs dossiers pour ne pas qu’une communauté et un camp politique précis se sentent ainsi dans le point de mire du camp adverse », commente une source proche de ses milieux.

Selon un analyste du même bord, les sunnites sont aujourd’hui dans un état de « désenchantement nourri par un sentiment d’échec pesant, comme ce fut le cas avec les chrétiens lorsque Samir Geagea était en prison et Michel Aoun en exil ». Selon lui, cette guerre politique par communauté interposée se reproduit toutes les fois qu’une composante de l’équation libanaise se trouve en position de faiblesse. « Maintenant que la communauté chiite représentée est montée en puissance, elle cherche à utiliser l’arme de la corruption pour faire du chantage en politique », dit-il.



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Ziad Gabriel Habib

Pour faire barrage aux rumeurs, il n'y a que les chiffres qui parlent. Il est temps que les politiciens, fonctionnaires et affairistes libanais rendent public leur patrimoine et qu'une instance indépendante et loin de tout soupçon vérifie ces chiffres et leurs origine. C'est quand même remarquable que tout le monde au Liban parle de corruption et que tout le monde soit propre. Il y a un problème, non? Min aina laka haza? C'est une question libanaise aussi vielle que le Liban et qui n'a pas de réponse encore car tout le monde est propre! Alors min aina laka haza? El ghamid comme a dit feu Philimone Wihbe dans la comédie musicale Ya3ich Ya3ich des Rahbani années 70 avant la guerre. Ce gahmid qui donne et que personne ne connait ou n'attrape! Si Sanioura et d'autres n'ont rien à se reprocher, alors qu'ils sortent leurs fortune avant et après accession au pouvoir. Et la rumeurs partira ou pas.

Eleni Caridopoulou

Le Hezbollah veut se venger de Siniora car il était un grand ami fidèle de Rafic Hariri et quand il a été assassine il a pointé le doigt sut la Syrie et le Hezbollah

Le Faucon Pèlerin

Puisque Tammam Salam le dit, donc c'est vrai. Fouad Siniora est une grande personnalité d'envergure nationale.
Fouad Siniora n'avait pas ouvert des douanes parallèles à celles de l'Etat.
Fouad Signora n'exploitait pas des du chanvre indien ni des usines artisanales de captagon...etc.

Le Faucon Pèlerin

Puisque Tammam Salam le dit, donc c'est vrai. Fouad Siniora est une grande personnalité d'envergure nationale.
Fouad Siniora n'avait pas ouvert des douanes parallèles à celles de l'Etat.
Fouad Signora n'exploitait pas des du chanvre indien ni des usines artisanales de captagon...etc.

Cadige William

Une neutralite de la part de Mr Salam dans cette delicate affaire, lui aurait mieux renforcé le respect et l’integrite dont il jouit aupres de plusieurs non sunnites.
Pourquoi s’aventurer pour le soi disant nom de la Communauté dans des sentiers aussi sinueux?
Les yeux de tout un peuple sont braques sur cette affaire.
Les Consequences peuvent être dramatiques.

Tina Chamoun

Et voilà que Salam joue la carte communautaire: Atout coeur...sunnite!

ACQUIS À QUI

Salam a le droit d'être solidaire de qui il veut, rien ne l'en empêche, mais le jour où signora sera confronté par des faits prouvés et réels de malversations ,

parce que je vous le dis les gars , les preuves affleurent le sol , le groupe qui est à la manoeuvre ne donne jamais son consentement s'il n'est pas sûr à 200% des faits,

Que pourra dire Salam à son collègue ?

Il ne pourra lui dire que sorry fox, j'ai pourtant essayé, débrouille toi au fond du trou .

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

PERSONNE NE DOIT ETRE SOLIDAIRE DE PERSONNE !
QUE LA JUSTICE S,Y AVENTURE !
IL Y A DEUX SORTES DE CORRUPTIONS AU LIBAN.
- LES CORRUPTIONS -DIRECTES- ET QUI SONT LES TRAFICS DE TOUTES SORTES QUI FONT PERDRE A L,ETAT SES DROITS DOUANIERS SUR LES MARCHANDISES TRAFIQUEES ET GONFLENT ENORMEMENT LA DETTE ETATIQUE... ET QUI SONT DE LOIN LES PLUS PRATIQUÉS.
- LES CORRUPTIONS -INDIRECTES- ET QUI SONT LES COMBINES ET LES COMMISSIONS SUR TOUTES SORTES DE PROJETS OU D,ACHAT ET QUI FONT AUSSI PERDRE A L,ETAT DES MONTANTS QUI GONFLENT LA DETTE ETATIQUES.
- QUI SONT LES CORROMPUS DE CES DEUX METHODES ?
LA COMMISSION POUR LE COMBAT CONTRE LA CORRUPTION ET LA JUSTICE DEVRAIENT Y TRANCHER ET L,ETAT DEVRAIT ERADIQUER CES DEUX METHODES COMPLETEMENT !
ALLEZ, COMBATTEZ ET JUGEZ LES DEUX CAS ET LE PREMIER AVANT LE SECOND !

Georges MELKI

Messieurs dames de l'OLJ, vous qui êtes de grands spécialistes de la langue française, comment dit-on en français: falej la t3alej??

Tabet Ibrahim

Le fait que tous les leaders sunnites ainsi que le mufti aient pris la défense de Fouad Siniora indirectement accusé de corruption par le Hezbollah confirme l’impunité dont jouisse les leaders politiques libanais du fait du système confessionnel

Irene Said

Donc, même cette soi-disant lutte contre la corruption clamée sur tous les toits, les Libanais ne sont pas capables de la mener de façon correcte ?

Que vient faire l'appartenance religieuse dans le fait d'être corrompu ?

Irène Saïd


Saliba Nouhad

Oui, mais le hic dans cette histoire, c’est qu’il n’y a pas de fumée sans feu!
D’accord pour défendre l’honneur de Mr Siniora et de la communauté sunnite, mais de là à lui donner le bon Dieu sans confession, il ne faut pas exagérer, surtout pour ceux qui ont vécu cette période de l’après-guerre et les énormités financières inexpliquées qui ne faisaient aucun doute sur des dessous-de-table intouchables en ces temps-là...
Mais, encore une fois, soit que tous les soupçons de corruption de toutes les communautés sont dénoncés et investigues de la même manière par une commission indépendante et apolitique, soit qu’il faut arrêter de tourner autour du pot sans résultat tangible...
En fait, c’est probablement ce que toute cette clique voudrait à la fin: noyer le poisson et on tourne la page: business as usual!

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