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Benny Gantz , "dernier militaire" à quitter le Liban après le retrait israélien en 2000

Récit

Le rival de Benjamin Netanyahu aux prochaines législatives a une longue histoire militaire avec le pays du Cèdre. 

15/02/2019

"J’ai échoué". C'est le constat que fait, en juin 2000, quelques jours après le retrait militaire israélien du Liban-Sud, le général qui était chargé de toutes les opérations dans les territoires libanais occupés. Ce haut-responsable contrit n'est autre que Benny Gantz, concurrent sérieux du Premier ministre actuel, Benjamin Netanyahu, aux législatives anticipées d’avril prochain. Celui qui pourrait un jour prendre la tête du gouvernement israélien n'occupait que depuis quelques mois son poste de "chef de l'Unité de liaison avec le Liban" quand ses troupes ont dû évacuer le Sud du Liban.

Avant ce revers, la longue carrière de Benny Gantz l'a amené à plusieurs reprises au pays du Cèdre. Si, après le retrait de 2000, cet ancien général n'a plus occupé de position officielle au sein de l'armée, sa carrière militaire est intrinsèquement liée au Liban, un pays qu'il était le dernier à quitter.

Début de carrière 
Celui qui est décrit par le New York Times comme "l’adversaire le plus intrigant de l’élection israélienne la plus intéressante de la dernière décennie", s’engage volontairement comme parachutiste dans l’armée en 1977, à 18 ans, un an à peine avant l’opération Litani. Cette opération, au cours de laquelle Israël envahit pour la première fois le Liban-Sud, marque pour le jeune Benny Gantz le début d’une dizaine d’années d’opérations menées en territoire libanais. 

En 1982, l'armée israélienne envahit de nouveau le Liban et avance pour la première fois jusqu'à la capitale qu'elle soumet à un déluge de feu. Benny Gantz prend alors part aux combats qui font rage dans l'ouest de Beyrouth. Deux ans plus tard, il rejoint une unité clandestine active le long de la frontière avec le Liban. En 1987, il prend la tête du Bataillon 890, un poste qu'il décrit, en 2011 dans une interview au quotidien israélien Yediyot Aharonot, comme "le plus important" de sa carrière militaire. "Nous étions toujours déployés dans les endroits les plus dangereux, au Liban et dans les territoires" palestiniens, affirme-t-il. Le principal champ de bataille de cette unité était, alors, le Liban-Sud. Il garde la tête de cette unité pendant deux ans, avant d'être nommé à la tête de l'unité Shaldag de l'armée de l'air qui l'éloigne, pour quelques années, du pays du Cèdre.


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L'embuscade de 1997
En 1997, Gantz revient au Liban à la tête de la Brigade parachutiste, qu'il commande depuis deux ans, alors que des affrontements ont lieu, de manière quasi-quotidienne, entre d'une part l'armée israélienne et l'armée du Liban-Sud (ALS, milice libanaise alliée à Israël), et le Hezbollah d'autre part. Les soldats israéliens sont repliés, depuis 1985, dans ce qui est appelé la "zone de sécurité", une bande de 10 kilomètres de large, du côté libanais de la frontière, mais des patrouilles s'infiltrent régulièrement au nord de cette zone, afin de mener des opérations contre le Hezbollah.

En mai 1997, au cours d'une de ces opérations, baptisée "les chariots des dieux", qui aurait visé à installer des radars permettant de suivre les mouvements des combattants du parti chiite, une unité dépendant de la Brigade des parachutistes est prise en embuscade pendant plusieurs jours par des miliciens chiites. Dans son édition du 14 mai, L'Orient-Le Jour rapporte que cette embuscade faisait partie d'une série d'opérations menées par le Hezbollah contre des positions de l'ALS après plusieurs jours d'accalmie, lors de la visite du pape Jean-Paul II au Liban. Trois soldats israéliens sont tués lors de cette attaque et sept blessés, un bilan qui marque profondément le général Gantz. "D'autres commandants de brigades auraient mené une enquête, tiré des conclusions et seraient passés à autre chose sans sourciller, mais Benny a eu beaucoup de mal à passer outre", rapportent certains de ses collègues, dans un portrait écrit par le Haaretz en 2002.


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"Dernier militaire à traverser la frontière"
Ce ne sera pas le dernier revers essuyé par Benny Gantz au Liban.  Le 28 février 1999, le Hezbollah vise, dans un attentat à l’explosif, le général Erez Gerstein, commandant les troupes d’occupation au Liban-Sud. "C’est la première fois qu’un militaire israélien de ce rang est tué au Liban depuis la mort en 1982 du général Yekoutiel Adam lors d’un accrochage isolé au Liban-Sud", souligne L'Orient-Le Jour le 1er mars. Le 26 mars 1999, le général Benny Gantz prend la place de M. Gerstein comme chef de l'Unité de liaison avec le Liban, en charge du commandement de toutes les forces israéliennes opérant dans la zone de sécurité et de l'ALS. Lors de sa nomination, le chef d’état-major israélien, le général Shaoul Mofaz, estime que "les talents du général Gantz permettront d’améliorer les activités de l’armée dans la région ainsi que les relations avec l’ALS". Il sera pourtant le dernier à occuper ce poste.

Le Hezbollah poursuit en effet sans relâche ses attaques dans la zone de sécurité contre l'ALS, qui perd de plus en plus de terrain. En Israël, la scène politique est divisée sur la question d'un éventuel retrait des troupes. Ehud Barak, Premier ministre depuis mai 1999, fait d'ailleurs de ce retrait "avant juin 2000" un des grands slogans de sa campagne. 

Quelques jours avant cette échéance, la nuit du 22 au 23 mai 2000, les troupes israéliennes se retirent de manière précipitée du Liban. Plus tard, Benny Gantz affirmera à plusieurs reprises dans la presse israélienne avoir été "le dernier militaire à traverser la frontière". Il reconnaîtra aussi avoir "échoué" dans sa mission au Liban-Sud. Le Haaretz rapporte qu'alors que certains responsables appellent à sa démission, ses supérieurs hiérarchiques prennent sa défense, soulignant le fait que le retrait s'est effectué sans faire de victimes, et qu'il ne pouvait pas être blâmé pour "une débâcle qui couvait depuis des années".


(Lire aussi : Benny Gantz, le rival potentiel de Netanyahu, lance sa campagne)



"Je ne pouvais pas accepter l'idée de retourner au Liban"
L'ombre de ce départ désordonné du Liban plane durant plusieurs années sur les préparatifs d'une nouvelle guerre, finalement lancée en juillet 2006. Lors d'une interview donnée après ce conflit qui fait 1.200 victimes, en très grande majorité des civils, au Liban et 160 morts côté israélien, le général Gantz, alors commandant des forces terrestres, raconte avoir, dans un premier temps, refusé de déployer des soldats sur le terrain. "Mes troupes ont été les dernières à quitter le Liban en 2000 et je ne pouvais pas accepter l’idée d’y retourner", dira-t-il. Il finit néanmoins par accepter un plan prévoyant l'envoi de trois divisions en territoire libanais. Ce plan d'action n'a pourtant pas été mis en œuvre et les forces terrestres n'ont pas été déployées au Liban lors du conflit, ce pour des raisons politiques. Un revirement qui, selon le général Gantz, a prolongé inutilement l'offensive israélienne. Avec la guerre de 2006, "Israël avait prévu un train à grande vitesse, mais nous nous sommes retrouvés dans un autobus urbain, qui faisait de nombreux arrêts", déclare-t-il.




"Ramener le Liban 70 ou 80 ans en arrière"
Le 7 février 2011, après avoir servi plusieurs années comme attaché militaire aux Etats-Unis puis comme sous-chef d'état-major, Benny Gantz est nommé chef d'état-major de l'armée israélienne. Dès sa prise de fonctions, il se montre particulièrement virulent envers le Hezbollah et évoque à de nombreuses reprises l'éventualité d'une nouvelle guerre avec le Liban. Lors d'une tournée à la frontière libano-israélienne, une dizaine de jours après sa nomination, il affirme aux soldats que "même si la situation est calme, notamment grâce à l'effet de dissuasion - le Hezbollah se souvient du coup dur qu'il a subi en 2006 - cela ne durera pas et vous pourrez être amenés à entrer à nouveau au Liban". Il promet, en 2013, d'"agir avec toute l'intensité nécessaire contre le Hezbollah, mais aussi contre tout ce qui entoure cette formation", en cas de débordement. 

Quelques mois plus tard, il évoque, lors d'une conférence, plusieurs scénarios quant à un éventuel conflit armé, soulignant la "menace majeure" que représente le Hezbollah. "La précision de leurs missiles va augmenter de manière spectaculaire, et si le Hezbollah décide de frapper une cible donnée presque n’importe où en Israël, il peut le faire", affirme M. Gantz. En octobre 2014, le général israélien durcit le ton, affirmant qu'en cas de guerre, l'armée ramènera le Liban "70 ou 80 ans en arrière, dans tous les domaines".

Début 2015, Benny Gantz quitte ses fonctions de chef d'état-major, et, malgré de nombreux accrochages frontaliers, aucun conflit armé n'oppose les deux pays. Dans le discours avec lequel il lance sa campagne, fin janvier, le rival de Benjamin Netanyahu n'évoque le Hezbollah que dans le cadre d'une menace générale, comprenant aussi bien l'Iran que le parti libanais. "J'ai un message très clair pour Qassem Souleimani (commandant des opérations extérieures du corps des gardiens de la Révolution, ndlr), et Hassan Nasrallah : c'en est fini du déchaînement régional. Le peuple juif a le droit de vivre dans la paix et la sécurité, et non sous une menace constante. Nous ne menaçons pas la souveraineté de Téhéran ni de tout autre pays, et nous ne tolérons donc aucune menace contre la souveraineté d'Israël". 


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Assaf Amale michele

Est ce que les habitants relevant du Hezbollah payent l’électricité fournie par l’EDL ?

Eleni Caridopoulou

Celui ci est pire que Natanayhou, que le Hezbollah fasse attention on veut que le Lliban soit détruit

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

S,IL A OUVERT OU FERME LA MARCHE DU RETAIT... IL EST PARTI...

Tina Chamoun

"J’ai échoué".C'est Gantz lui-même qui l'avoue. et il y en a ici dans ces pages mettente en doute la résileince ce la Résistance. Quant à la paix, ce n'est pas seulement Israel qui la recherche mais avant et en toute légalité les Palestiniens. Or leur donne-t-on le choix avec leur prison à ciel ouvert dont on sait qui détient la clef? S'ils comptent sur certains crédules pur ober leurs paroles, à nous autres on ne la fait pas. Plus!

salamé riad

Bonjour Beyrouth
Et si tout le monde regardait vers l'avenir?
La candidature de Monsieur B. Gantz est "la bienvenue "parce que Militaire et respecté ,( souvent les militaires ont été seuls en Israël à "entamer" des tentatives de paix..comme Rabbin .)
Alors Monsieur Gantz ...vous n’êtes pas obligé de tenir le même langage " sécuritaire et menaçant" ("Ramener le Liban 70 ans en arrière ..")"que Netanyahu
Je suis sur que le peuple juif aspire... comme le peuple libanais et les autres peuples de la région ..aussi à la paix et la sécurité !!
alors "armez vous de courage "pour rétablir encore plus de vérité ..pour un Proche Orient de Progrès.




ON DIT QUOI ?

Un récit gentil sur une chronique de débandade annoncée , vous dites débâcle c'est pareil .

Je reconnais l'honnêteté, VU du côté israélien pays usurpateur et envahisseur par essence, des récits que vous nous présentez.

Cela tranche avec ce qu'on entendait à l'époque, où on nous présentait les choses comme si israel avait décidé de se retirer de son plein gré. Benny gantz vient de rectifier les choses .

Je demanderai à l'olj de faire l'effort de nous relater cette époque VU du côté des résistants du HEZB LIBANAIS RÉSISTANT. D'abord ceci donnerai à l'Histoire le droit d'équilibrer ses trames , et arriverait à présenter la résistance de façon plus sympathique , sans anticiper le fait d'un SUBIT grand amour avec le peuple libanais au sens large.

La partie des missiles de haute précision détenues par le HEZB RÉSISTANT que reconnaît benny gantz est la base sur laquelle repose la PEUR QU'À CE PAYS BELLIQUEUX QUI DEMANDE UN DROIT À LA PAIX (!!!??? ), comme si nous autres au Liban, n'en rêvions pas , nous ne sommes pas le pays qui aurait envahi l'usurpie dans l'histoire de nos relations militaires.

COMME IL n'est jamais trop tard pour bien faire , je vois encourage à continuer dans cette voie de la VÉRITÉ.
Et les libanais se reconcielieraient avec eux mêmes.

Yves Prevost

Il est rappelé ici qu'avant mai 2000, Barak "menaçait" de retirer Tsahal du Liban. A l'époque, le Hezbollah et le gouvernement libanais (sous occupation syrienne) poussaient les hauts cris, dénonçant un "piège". En effet, ce retrait ôtait définitivement toute légitimité aux armes du Hezbollah. C'est alors que Hafez el Assad a déclaré le libanité des fermes de Chebaa. Reconnaissance purement verbale, qui ne lui coûtait rien et qu'il a toujours refusé - ainsi que son fils - de concrétiser par sa signature au bas d'un traité frontalier.
Et la farce continue...

NAUFAL SORAYA

Il a raison, "Le peuple juif a le droit de vivre dans la paix et la sécurité", mais nous aussi, par le fait même. Nous aussi, nous avons le droit de vivre sans subir de menace de déluge de feu constante...

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