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Moyen Orient et Monde

En Israël, la droite, rien que la droite

Éclairage

Les partis conservateurs, nationalistes, religieux et de centre-droit remporteraient 86 sièges sur 120, selon les derniers sondages.

David NASSAR | OLJ
06/02/2019

Plus de deux mois avant les élections législatives anticipées du 9 avril prochain en Israël, cela ne fait quasiment aucun doute : c’est une formation de droite qui devrait arriver en tête du scrutin. Mais de quelle droite ? Alors que le clivage politique s’est largement déplacé au cours de ces dernières années, la bataille des droites devrait être le principal enjeu du scrutin.

Les derniers sondages donnent les partis de droite ou de centre-droit victorieux, avec une claire majorité des 120 sièges que comporte le Parlement israélien, la Knesset. La création de nouveaux partis de droite ou de centre-droit, tels que la « Nouvelle Droite » d’Ayelet Shaked et de Naftali Bennett, respectivement ministres de la Justice et de l’Éducation dans le gouvernement actuel de Benjamin Netanyahu, ou de « Résilience d’Israël », de l’ancien chef d’état-major présenté comme le challenger principal de M. Netanyahu, Benny Gantz, semble répondre à une logique d’offre et de demande, conséquente de la droitisation de la société israélienne.

Ce mouvement vers la droite est notable pour une société fondée et gouvernée pendant des décennies par des hommes et des femmes de gauche, tels que David Ben Gourion ou Golda Meir. La société israélienne se revendique aujourd’hui en majorité de droite, toutes composantes confondues (nationaliste, religieuse et laïc). Ce glissement a été entamé dans les années 1970, notamment après la guerre dite de Yom Kippour (1973), lorsque les armées égyptienne et syrienne, soutenues par leurs alliés, ont lancé une attaque surprise sur Israël.

Aujourd’hui, plus de 50 % des Israéliens de confession juive se revendiquent de droite, tandis que 14 à 15 % se placent au centre, selon Dahlia Scheindlin, analyste et experte en opinion publique, citée dans un article du journal Le Monde. Ce chiffre marque une légère hausse par rapport à l’année 2013, lorsque 49,8 % des citoyens israéliens de confession juive s’identifiaient de « droite » ou de « droite modérée », 23,9 % se plaçaient au centre et 16,1 % se revendiquaient de « gauche modérée » ou de « gauche », selon le rapport The Israeli Democracy Index 2013 du Israel Democracy Institute (Institut d’Israël pour la démocratie), un « centre indépendant de recherche et d’action » basé à Jérusalem et « dédié au renforcement des fondements de la démocratie israélienne », selon son site web.


(Lire aussi : Netanyahu concurrencé sur son propre terrain)


La bataille des droites
Au-delà d’une politique économique différente, le clivage droite-gauche se fait essentiellement sur la question palestinienne et la politique étrangère de Tel-Aviv. Actuellement et de manière générale, être de gauche en Israël signifie adopter une politique étrangère relativement « pacifiste : en manifestant une volonté de compromis avec les Palestiniens, une volonté de supprimer l’intégralité ou une partie des colonies juives de Cisjordanie, et en soutenant l’idée qu’Israël a un intérêt à la création d’un État palestinien indépendant », indique à L’Orient-Le Jour Brent Sasley, professeur et chercheur spécialiste de la politique israélienne à l’Université du Texas à Arlington. Par opposition, être de droite « signifie aujourd’hui opter pour une position belliciste en matière de politique étrangère et de sécurité, adopter une ligne dure vis-à-vis des compromis, être suspicieux à l’égard des intentions des Palestiniens, manifester un rejet total de leur droit à un État et avoir une volonté accrue de recourir à la force face à un monde hostile non juif », poursuit le chercheur.

Cette position vis-à-vis de la colonisation et de l’usage ou la menace de la force, une multitude de partis politiques la revendiquent ou la tolèrent, et, selon les derniers sondages du journal israélien Haaretz, huit d’entre eux entreraient à la Knesset si les élections se tenaient aujourd’hui : le Likoud (30 sièges), la Résilience d’Israël (22), la Nouvelle Droite (7), le Foyer juif (6), la coalition du Judaïsme unifié de la Torah (6), le Shaas (5), Israël Beitenou (5) et le parti Koulanou (5). Ensemble et selon ces chiffres, ils occuperaient 86 sièges sur 120 à la Knesset. La probabilité que ces partis forment une coalition unique est très faible, sinon inexistante, en raison de la forte concurrence entre eux.

Le parti Résilience d’Israël de Benny Gantz se revendique « ni de gauche ni de droite », mais les vidéos de lancement de sa campagne électorale publiée la semaine dernière soulignent fièrement la politique « dure » affichée par M. Gantz : l’une d’entre elles indique que pendant la guerre de Gaza en 2014, l’armée israélienne, alors sous son commandement, a « renvoyé à l’âge de pierre » certaines parties de Gaza et a « tué 1 364 terroristes ». Le parti de la Nouvelle Droite est un parti fondé en décembre dernier par Ayelet Shaked et Naftali Bennett, qui ont quitté le Foyer juif (à qui il reste un ministre actuellement, celui de l’Agriculture et du Développement rural) qu’ils dirigeaient pour tenter de rassembler les nationalistes religieux et laïcs dans un même parti. La coalition du Judaïsme unifié de la Torah, qui ne fait pas partie de l’actuel gouvernement, rassemble deux partis ultra-orthodoxes ashkénazes, et le Shaas, dont le leader est l’actuel ministre de l’Intérieur, regroupe les ultra-orthodoxes séfarades. Avigdor Lieberman, le leader d’Israël Beitenou (Israël notre maison), un parti ultranationaliste laïc qui représente les Israéliens russophones issus des pays de l’ex-URSS, a démissionné de son poste de ministre de la Défense en novembre 2018 en protestation à une politique de M. Netanyahu, qu’il jugeait « laxiste » lors du dernier épisode de tensions avec Gaza. Enfin, le parti Koulanou, dirigé par l’actuel ministre des Finances Moshé Kahlon, est un parti centriste qui se focalise sur des questions économiques et de coûts de la vie. Mais sa participation au gouvernement le plus à droite de l’histoire d’Israël, emmené par le Likoud de Benjamin Netanyahu, en dit long sur l’évolution du paysage politique israélien. « Les partis du centre qui prétendent se situer entre la gauche et la droite sont plus incités à rejoindre la droite car cela les rend plus susceptibles de former le gouvernement », conclut M. Sasley.


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DROITE OU GAUCHE... GAUCHE OU DROITE... RIEN NE CHANGE ! LES MEMES...

BOSS QUI BOSSE

Vous me faites rire , droite ou gauche ceux qui ont dirigé ce pays usurpateur n'ont rivalisé que dans le nombre de tués parmi les palestiniens .

A force de tirer sur des femmes et des enfants , ils ont perdu la main contre de vrais combattants .

Demandez aux généraux israéliens, ils le reconnaissent.

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