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Liban

Le retrait américain de Syrie et les raids israéliens, selon le regard de Nasrallah

Décryptage
30/01/2019

L’entretien de trois heures accordé par le secrétaire général du Hezbollah à la chaîne al-Mayadine le week-end dernier continue de faire l’objet d’analyses et de commentaires, en raison des sujets évoqués et des éclairages particuliers qu’il a donnés sur des développements régionaux en cours. Si les questions internes n’ont été abordées que lors de la dernière demi-heure de l’entretien, le reste a été consacré à la situation au Liban-Sud face aux Israéliens et au contexte régional.

Hassan Nasrallah a ainsi donné des indications intéressantes sur deux sujets précis : d’abord l’échec des projets israéliens de chasser les Iraniens de Syrie et ensuite le fait que les pays du Golfe considèrent que la Turquie est plus une menace pour eux que l’Iran. Ce qui remet en question le projet américain de former une coalition contre l’Iran dans le cadre de la conférence sur la « sécurité au Moyen-Orient » que les États-Unis et la Pologne organisent à Varsovie mi-février.

Concernant le premier sujet, le secrétaire général du Hezbollah a rappelé les différentes positions des Israéliens au sujet de la présence iranienne en Syrie et les conditions posées par leurs dirigeants, qui n’ont cessé d’être revues à la baisse à mesure que l’échec du projet américano-israélien en Syrie se précisait. En effet, au début de la guerre en Syrie, les dirigeants israéliens ne cachaient pas leur appui à certaines parties de l’opposition, d’abord sous couvert de soins médicaux et d’aides sociales, avant que l’aide militaire ne soit reconnue. Le tout était justifié par le fait que les dirigeants israéliens disaient : le pire scénario pour nous est le maintien de Bachar el-Assad au pouvoir. Finalement, les Israéliens ont modifié leur position au point de demander le déploiement de l’armée syrienne à la frontière du Golan occupé, tout en réclamant le retrait des Iraniens et de leurs alliés. Ils ont commencé par exiger un retrait total de tout le territoire syrien, avant de se contenter de réclamer un retrait de ces forces de la zone limitrophe du Golan occupé dans une profondeur d’abord de 100 km, puis de la moitié. Pour cacher cet échec, certains médias ont commencé à affirmer que les contacts des dirigeants israéliens avec les responsables russes ont abouti à un accord qui autorise les Israéliens à frapper les positions iraniennes et celles de leurs alliés, sans toucher au régime syrien et à son armée. Ce serait d’ailleurs la raison de l’accélération du rythme des raids israéliens en Syrie au cours des dernières semaines.


(Lire aussi : Nasrallah admet l'existence de tunnels à la frontière sud et nargue Israël)


Mais, en réponse aux questions qui lui étaient posées, Hassan Nasrallah a balayé cette approche, rappelant la série d’échecs israéliens en Syrie et considérant que les derniers raids n’ont pas atteint des cibles iraniennes ou autres et qu’ils ont fait beaucoup de bruit pour presque rien, rappelant que le véritable objectif des raids était d’empêcher le Hezbollah d’acquérir des missiles de haute précision, « or, a-t-il dit, c’est trop tard puisque c’est déjà fait et nous avons des missiles en nombre suffisant. Ils sont en lieu sûr et nous n’avons même pas besoin de les transporter ».

Le secrétaire général du Hezbollah a aussi évoqué la décision du président américain de retirer ses soldats de Syrie, assurant qu’elle s’inscrit dans le cadre de ses promesses électorales. Selon lui, Donald Trump a essayé d’obtenir un acquis en contrepartie du retrait, en réclamant notamment le départ des troupes iraniennes de Syrie, mais les Russes ont transmis la proposition aux Iraniens et au président syrien qui l’ont rejetée. Donald Trump a maintenu sa décision de retrait, provoquant une panique chez ses alliés arabes. Selon la version de Hassan Nasrallah, les pays du Golfe, l’Arabie saoudite en tête, ont aussitôt réagi en choisissant de se rapprocher du régime syrien, pour contrer l’expansion de la Turquie dans la région. Selon le secrétaire général du Hezbollah, le président soudanais Omar el-Béchir, qui a rencontré Bachar el-Assad à Damas le 18 décembre dernier, a agi en tant qu’émissaire des pays du Golfe. Il a ainsi proposé à Bachar el-Assad de présenter une demande officielle à la Ligue arabe pour réintégrer ses rangs. Assad aurait refusé la proposition en précisant que ce n’est pas la Syrie qui a décidé de geler sa participation à la Ligue arabe. C’est donc à ceux qui ont pris la décision de la modifier. Les pays arabes seraient actuellement en train de chercher une formule acceptable. Et c’est cette orientation arabe qui aurait poussé les Américains à lancer l’idée du sommet de Varsovie, d’abord pour tenter d’empêcher leurs alliés arabes de renouer avec le régime syrien, sans attendre que les Américains obtiennent une contrepartie politique, et ensuite pour resserrer leurs rangs face à l’Iran alors que bon nombre d’entre eux considèrent que la menace turque est plus grave que celle de la République islamique. Hassan Nasrallah ne l’a pas dit, mais selon le Hezbollah, les Saoudiens considèrent que la menace iranienne est limitée par l’approche confessionnelle. Selon cette thèse, le régime iranien est chiite et les chiites, aussi puissants qu»ils soient, restent minoritaires dans la région. Alors que la Turquie est un pays sunnite puissant qui appuie la doctrine des Frères musulmans et par conséquent, son influence peut se développer au sein de la communauté sunnite, menaçant ainsi directement la base des wahhabites.

Que cette thèse développée par le secrétaire général du Hezbollah soit vraie ou non, elle montre que ce dernier manie avec aisance les techniques de la guerre psychologique et médiatique.


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Amère Ri(s)que et péril.

Excellentissime article chère Scarlett.

Quelle perspicacité exhaustive vous faites (j'imite Ziad makhoul hahaha ..) .

Mais oui, la Turquie qui veut rafler la mise dans le camp sunnite c'est évident, finalement les chiites c'est des gagne-petit face à cet ogre turc.

Après l'encercleur encerclé, on a le retour du bâton de l'ennemi ennemisé.. ha ha ha ha...

Mais jusqu'où ira leur défaite à ces OCCIDENTAUX manipulés par le pays USURPATEUR qui ne sait plus quoi faire pour mieux usurper.
Merci Scarlett, merci.

Chucri Abboud

Une question devient alors obligatoire : Comment se positionnerait le Qatar , qui a des liens de confiance à la fois avec l'Iran et la Turquie ?

gaby sioufi

BLANCS COMME NEIGE LES NEO PERSANS, LEURS HOMMES LIBANAIS DU HEZB Y LEURS ALLIES LIBANAIS.
HALLELUJA !
DORMONS TRANQUILLES O MAGNIFIQUE PEUPLE DU LIBAN.

Irene Said

C'est vrai...et ses cousins-préférés-ennemis de l'autre côté de la frontière manient avec autant d'aisance les techniques de la guerre psychologique et médiatique du Hezbollah.

Ils sortent les deux de la même usine d'amateurs de guerres sans fin, et se complètent formidablement bien !
Irène Saïd

Bery tus

Mais dite donc madame pas un mot sur ce que les iraniens ont affirmé? Que l’iran Ne veut pas de missile balistique de longue porter car le Hezbollah en détient et que l’iran Pourrait compter sur lui en cas d’agression?

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STRATEGE DE LA FANFARONNADE ! ET VOS ENCENSEMENTS TRES CHERE MADAME SCARLETT HADDAD DE PLEUVOIR A VERSE ...

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