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Politique - Focus

Amnistie générale : un dernier rendez-vous la semaine prochaine ?

Après la réunion de Baabda, des efforts sont en cours pour trouver une formule consensuelle permettant l’adoption du texte dans les plus brefs délais.

Amnistie générale : un dernier rendez-vous la semaine prochaine ?

Le président de la République, Joseph Aoun, entouré de plusieurs députés lors d'une réunion au palais de Baabda, le 10 mai 2026. Photo tirée du compte X de la présidence

La tambouille mijote encore. Alors qu’il était question la semaine dernière de l’adoption imminente d’une loi d’amnistie générale, il semble que le texte ne verra pas le jour avant quelques jours. Le temps de trouver une formule conciliant les demandes des uns et des autres : des sunnites exigeant la remise en liberté des détenus dits islamistes, aux chiites voulant libérer des trafiquants de drogue, en passant par les chrétiens qui pressent pour que les Libanais d’Israël soient couverts par la future loi. Une mission donc difficile dans un climat de tensions politiques et communautaires de plus en plus aigu.

Quelques jours après la séance éclair de mercredi dernier, le vice-président de la Chambre, Élias Bou Saab, a créé la surprise en reportant sine die la séance des commissions conjointes, qui était prévue lundi, pour finaliser le débat et le transmettre à l’hémicycle. Le numéro deux de la Chambre a officialisé sa décision après une réunion tenue à l’initiative de Michel Moawad, député anti-Hezbollah, entre le président de la République, Joseph Aoun, et plusieurs parlementaires relevant de divers blocs, exception faite du duo Amal-Hezbollah, pour débattre de l’amnistie générale. Était également présent le ministre de la Défense, Michel Menassa (proche du chef de l’État). Ce dernier, ancien général de l’armée, avait exprimé un refus catégorique à toute loi d’amnistie qui remettrait en liberté les « islamistes » accusés d’avoir assassiné des soldats de l’institution militaire ou d’autres appareils de sécurité.

Selon les informations de L’Orient-Le Jour, les débats engagés dimanche à Baabda ont principalement visé à permettre au chef de l’État – lui-même ancien commandant en chef de l’armée – d’arbitrer le différend opposant le ministre de la Défense aux députés sunnites favorables à l’adoption de la loi. « À ce sujet, le président s’est montré magistral », se félicite l’un de ces députés, indiquant que Joseph Aoun pourrait bien contribuer à aplanir les obstacles qui empêchent encore l’adoption du texte. De sources concordantes, on apprend que les participants à la réunion se sont entendus pour commuer la peine de mort à 20 ans de prison, alors que la condamnation à perpétuité devrait être remplacée par 20 années carcérales. Ils sont convenus aussi de fixer à sept ans (au lieu de 10) la « confusion des peines (cumul des verdicts) », et de ne pas remettre en liberté ceux qui sont encore détenus sans jugement. Ceux-ci devraient subir des procès justes en vue du fait que les verdicts qui s’imposent soient émis.

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Mais malgré le rôle visiblement positif de Joseph Aoun, des obstacles demeurent. « Certains ne veulent pas voir une loi adoptée », commente un député anti-Hezbollah sous couvert d’anonymat. Plusieurs parlementaires pointent, dans ce cadre, un doigt accusateur en direction d’Élias Bou Saab. « Je crois qu’il a vu d’un mauvais œil son absence à la réunion de Baabda », lance l’un des parlementaires présents au palais présidentiel dimanche. Un autre élu met la responsabilité sur le président de la Chambre, Nabih Berry, qui « n’a pas avalé la pilule de la réunion tenue à Baabda (et non à la Chambre) pour discuter d’une loi encore en gestation ». C’est sous cet angle que s’inscrit une publication postée mardi sur X par Michel Moawad. « La campagne menée contre la réunion de Baabda y voyant une entorse au principe de séparation des pouvoirs et une ingérence du président dans l’action du législatif est une tentative de mettre en échec l’adoption d’une amnistie », a-t-il écrit avant d’ajouter : « Cette loi n’est pas une législation ordinaire, mais la concrétisation d’un compromis subtil qui préserve le prestige de l’État et la dignité des institutions militaires et sécuritaires, et qui met fin à l’injustice subie par des Libanais qui payent le prix de décisions prises à une époque où le pays a été sous tutelle de la Syrie, puis du Hezbollah. » « Il était donc normal de demander l’intervention du président de par son rôle, d’autant qu’il a le droit de rendre au Parlement un texte de loi (pour étude supplémentaire) », a poursuivi le député stigmatisant le fait que « ceux qui ont bloqué la Constitution et couvert les armes illégales nous donnent des leçons en matière de séparation des pouvoirs ».

À noter toutefois que le bras droit du chef du législatif, Ali Hassan Khalil, est entré en contact samedi (à la veille de la réunion de Baabda) avec Joseph Aoun pour lui assurer le feu vert du tandem chiite . « J’espère qu’ils seront sincères », commente Achraf Rifi, député de Tripoli, laissant ainsi entendre que M. Berry ne serait pas très enthousiaste pour un nouveau texte, mais ne veut pas se voir accuser de freiner le processus.

Il n’empêche que Nabih Berry semble être le dernier rempart pour Élias Bou Saab qui presse pour finaliser le dossier. C’est dans ce cadre que s’inscrit sa réunion mardi avec le chef du législatif à Aïn el-Tiné. « M. Berry devrait s’employer à aplanir la position du tandem chiite pour faciliter le vote du texte après une réunion des commissions la semaine prochaine », confie une source informée des tractations.

Parallèlement, des députés sunnites poursuivent leurs efforts pour élaborer une version finale du texte qui « prendrait en compte les appréhensions de tous les protagonistes », selon le parlementaire beyrouthin Nabil Badre. Par le terme « tous les protagonistes », il veut certainement parler des partis politiques, mais aussi… du cheikh salafiste Ahmad el-Assir (un des principaux concernés par l’amnistie) qui a reçu à Roumié le député Ahmad Kheir et émis ses « remarques » quant au texte en gestation. « Il est concerné par l’affaire », lance le député Nabil Badre. « Nous voulons éviter une confrontation entre sunnites et chiites, nuance, de son côté, un autre député. D’autant plus que le cheikh Assir ne sera pas libéré à la faveur de la future loi. Il fait un sacrifice de rester derrière les barreaux alors que plein d’autres détenus retrouveront la liberté. »

La tambouille mijote encore. Alors qu’il était question la semaine dernière de l’adoption imminente d’une loi d’amnistie générale, il semble que le texte ne verra pas le jour avant quelques jours. Le temps de trouver une formule conciliant les demandes des uns et des autres : des sunnites exigeant la remise en liberté des détenus dits islamistes, aux chiites voulant libérer des trafiquants de drogue, en passant par les chrétiens qui pressent pour que les Libanais d’Israël soient couverts par la future loi. Une mission donc difficile dans un climat de tensions politiques et communautaires de plus en plus aigu.Quelques jours après la séance éclair de mercredi dernier, le vice-président de la Chambre, Élias Bou Saab, a créé la surprise en reportant sine die la séance des commissions conjointes, qui était prévue...
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