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Politique - Décryptage

Le grand dilemme du Hezbollah


Ce n’est pas un hasard si le secrétaire général du Hezbollah, Naïm Kassem, a choisi d’adresser un message, mardi, aux combattants de la formation et à leurs familles, à la veille de la réunion de Washington, destinée à lancer les négociations directes entre le Liban et Israël. Du point de vue du Hezbollah, un tel message était indispensable surtout que, depuis quelques jours, les Israéliens ont intensifié leurs attaques au sud du Liban, élargissant le champ de leurs bombardements vers les localités au nord du Litani et même dans la Békaa. Le Hezbollah se trouve en effet face à un terrible dilemme : comment confirmer sa position hostile aux négociations directes tout en cherchant à préserver le moral des combattants sur le terrain et celui de la base populaire qui vit les affres du déplacement ?

Pour le commandement de la formation, la situation n’est pas facile. D’une part, elle ne peut pas modifier sa position de principe au sujet des négociations, surtout que les Israéliens n’ont jusqu’à présent fait aucune concession et, d’autre part, elle ne veut pas adopter des positions extrémistes qui pourraient augmenter les tensions internes jusqu’à provoquer des frictions. Naïm Kassem et ses conseillers ont donc estimé qu’il devait absolument adresser un message aux combattants et à tous les partisans de la formation à la veille d’un moment aussi crucial et surtout pour rappeler que, négociation ou pas, la position du Hezbollah reste la même et que « la victoire » reste, pour lui, au rendez-vous.

Comme il le fait depuis quelque temps déjà pour des raisons de sécurité, Kassem a ainsi écrit un message qui a été lu sur la chaîne al-Manar et qui résume à la perfection les contradictions dans lesquelles se débat la formation qu’il dirige. D’un côté, il a réitéré l’opposition de son parti aux négociations directes, en rappelant que quel qu’en soit le résultat, il ne les reconnaîtra pas. De l’autre côté, il a tendu la main à l’État, derrière lequel il affirme se tenir pour obtenir les conditions exigées : l’arrêt des agressions israéliennes, le retrait israélien de toutes les zones occupées, la libération des prisonniers libanais, le retour des déplacés et le lancement du processus de reconstruction. Ce rappel n’est pas aussi banal qu’on pourrait le croire, car il intervient en pleine période de froid entre les responsables et en particulier entre le président Joseph Aoun et le Hezbollah. En effet, depuis quelques semaines, les contacts sont suspendus entre les deux parties, surtout depuis la polémique engagée au sujet des négociations directes qui, selon le Hezbollah, pourrait constituer une trahison, alors que le président de la République a déclaré devant une délégation des habitants du Arkoub que « la trahison c’est d’entraîner le pays dans une guerre pour servir des intérêts étrangers ». Comme on peut l’imaginer, cette phrase a eu l’effet d’un coup de massue pour le Hezbollah qui a aussitôt décidé de suspendre tout contact avec M. Aoun. Même le président de la Chambre, Nabih Berry, qui intervient généralement rapidement pour rapprocher les points de vue, s’est tenu cette fois à l’écart, refusant de se manifester et déclarant même ouvertement son opposition à la tenue de négociations directes.

Mais pour le Hezbollah, cette rupture des contacts n’est pas une situation confortable, surtout au moment où les pressions internationales sur le chef de l’État, pour le pousser à rencontrer le Premier ministre israélien, s’intensifient. Le Hezbollah a ainsi le sentiment de n’avoir aucune prise sur les événements, alors que sa base populaire a plus que jamais besoin de l’État pour pouvoir gérer son exode forcé. Le parti a donc saisi l’annonce de la décision de Joseph Aoun de ne pas rencontrer Benjamin Netanyahu pour entamer une ouverture en sa direction. Sans aller jusqu’à faciliter la rencontre tripartite (Aoun-Berry-Salam) à Baabda, encouragée par les Saoudiens, le Hezbollah a accepté d’organiser une rencontre de deux heures entre le député Hassan Fadlallah et le conseiller du chef de l’État André Rahhal. Cela ne signifie certes pas que tous les obstacles ont été éliminés, il s’agit plutôt d’une reprise de contact destinée à faire baisser la tension.

De fait, aujourd’hui, ce qui inquiète le plus le Hezbollah, c’est la possibilité de frictions internes au moment où il n’a pas vraiment ni les moyens ni la latitude de s’occuper de la situation de sa base populaire. Or, il sait parfaitement que c’est justement cette base qui constitue son principal élément de force et son atout dans toutes les négociations futures sur l’avenir du Liban et sur le rôle de chaque communauté. Et, quoiqu’il arrive sur le terrain, cette base devrait rester. C’est en tout cas ce qu’il souhaite le plus, même si, pour le moment, sa principale préoccupation c’est le terrain.

C’est pour cette raison que dès qu’il sent que les divergences avec les responsables vont trop loin, le Hezbollah s’empresse de faire un pas en arrière et de rappeler sa détermination à mener un dialogue sur la stratégie de défense nationale. Kassem a d’ailleurs repris dans son message de mardi ce qu’avait déclaré le chef de l’État dans son discours d’investiture à ce sujet. Ce rappel est en soi un message d’ouverture, mais aussi une sonnette d’alarme pour préciser que la distinction entre les armes du Hezbollah au sud et au nord du Litani s’inscrivent dans des scénarios différents : au sud du Litani, elles seront retirées dès que les combats cesseront, comme cela a été le cas lors des 15 mois où le Hezbollah a respecté le cessez-le-feu entré en vigueur le 27 novembre 2024. Alors qu’au nord du Litani, elles seront incluses dans le dialogue interne pour l’adoption d’une stratégie de défense nationale. Les nuances sont parfois bien difficiles à saisir, mais le Hezbollah avance dans un champ de mines au propre et au figuré. D'où le besoin pour lui de rappeler ses positions.

Ce n’est pas un hasard si le secrétaire général du Hezbollah, Naïm Kassem, a choisi d’adresser un message, mardi, aux combattants de la formation et à leurs familles, à la veille de la réunion de Washington, destinée à lancer les négociations directes entre le Liban et Israël. Du point de vue du Hezbollah, un tel message était indispensable surtout que, depuis quelques jours, les Israéliens ont intensifié leurs attaques au sud du Liban, élargissant le champ de leurs bombardements vers les localités au nord du Litani et même dans la Békaa. Le Hezbollah se trouve en effet face à un terrible dilemme : comment confirmer sa position hostile aux négociations directes tout en cherchant à préserver le moral des combattants sur le terrain et celui de la base populaire qui vit les affres du déplacement ?Pour le...
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