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Liban - Justice

La peine de mort n’est « pas efficace en matière de gouvernance »

L’ancien ministre Ibrahim Najjar, vice-président de la Commission internationale contre la peine capitale, répond aux questions de « L’Orient-Le Jour » avant d’être reçu aujourd’hui à Rome par le pape François avec le reste de la commission.

Ibrahim Najjar, vice-président de la Commission internationale contre la peine de mort.

Le pape François devrait recevoir aujourd’hui, à 12h, la Commission internationale contre la peine de mort, menée par sa présidente, Navanethem Pillay, ancienne haut-commissaire des Nations unies pour les droits de l’homme, et son vice-président, l’ancien ministre libanais de la Justice Ibrahim Najjar. La délégation, qui compte également l’ancienne présidente des Philippines Arroyo Gloria Macapagal, l’ancien président de Mongolie Tsakhiagiin Elbegdorj, l’ancien gouverneur de l’État de New Mexico (EU) Bill Richardson et l’ancien ministre de la Justice de Croatie Ivan Simonovic, devrait rencontrer dans l’après-midi le secrétaire d’État du Vatican, Pietro Parolin, et le président du Conseil constitutionnel italien, Giuliano Amato.

Interrogé par L’Orient-Le Jour sur les circonstances de la visite de la commission au Saint-Siège, Ibrahim Najjar affirme que celle-ci « compte exprimer son soutien au pape François, qui a révisé le 2 août dernier le catéchisme de l’Église catholique dans le sens d’une condamnation par l’Église de la peine de mort ». « C’est la première fois qu’un pape prend position de manière aussi ouverte à l’encontre de la peine capitale, la jugeant inadmissible, et s’engageant de façon déterminée en vue de son abolition dans le monde », déclare M. Najjar, affirmant qu’« auparavant, le Vatican n’excluait pas l’admission de cette mesure dans les cas de nécessité absolue ».


(Lire aussi : Les abolitionnistes montent au créneau contre la peine de mort au Liban)


L’ancien ministre de la Justice rappelle que dès 2015, « le pape avait adressé une lettre à l’ancien président de la Commission internationale contre la peine de mort pour saluer l’action de notre organisme ». Et de poursuivre : « Dans sa missive, Sa Sainteté avait déploré le fait que la peine capitale s’applique à des personnes dont la capacité d’infliger un préjudice n’est pas actuelle, mais qui a déjà été neutralisée, et qui se trouvent privées de leur liberté. » « Le pape avait dans cette même lettre jugé qu’il s’agit d’une offense à l’inviolabilité de la vie, considérant que l’assassinat en vertu d’une sentence est plus effrayant que le meurtre commis par un criminel », ajoute-t-il. Sur la position du Liban à l’égard de la peine de mort, M. Najjar affirme qu’« il est le seul pays arabe à appliquer un moratoire de fait, et ce depuis 2004 ». Il note à cet égard que la rencontre avec le pape coïncide aujourd’hui avec l’organisation par l’Assemblée générales des Nations unies d’un vote pour une résolution appelant à un moratoire mondial sur la peine de mort.

Si l’ancien ministre fait constater que le Liban « est considéré comme abolitionniste de fait », il précise néanmoins que le pays est très loin d’adopter une législation en ce sens. « Nombre de propositions ont été soumises au Parlement, mais n’ont pas eu de suite », souligne-t-il, attribuant cette réticence notamment « au fait que la loi islamique ne permet pas la suppression de la peine ».

L’ancien ministre de la Justice se félicite toutefois qu’une loi de 2011 « ait autorisé la réduction des peines, réduisant ainsi la peine capitale à 30 ans de réclusion criminelle ».

Au plan international, M. Najjar indique que « 145 pays ont déjà abrogé les lois édictant la peine de mort », notant que dans les autres pays, « cette peine est utilisée pour éliminer l’opposition politique, lutter contre le commerce de la drogue ou sanctionner l’homosexualité, plutôt que pour punir des criminels ».

Pour lui, « en tout état de cause, la peine de mort n’est pas efficace en matière de gouvernance ». « Il faudrait œuvrer à édifier des institutions et une justice crédibles, au sein desquelles on instaurerait un régime pénitentiaire digne de ce nom, c’est-à-dire qui serait efficace tant pour la réhabilitation du criminel que pour la protection de la société », ajoute M. Najjar.


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Le pape François devrait recevoir aujourd’hui, à 12h, la Commission internationale contre la peine de mort, menée par sa présidente, Navanethem Pillay, ancienne haut-commissaire des Nations unies pour les droits de l’homme, et son vice-président, l’ancien ministre libanais de la Justice Ibrahim Najjar. La délégation, qui compte également l’ancienne présidente des Philippines...
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Bravo S.E. Professeur Najjar! Bonne chance, un grand succès dans votre noble vocation de défenseur des droits de l' homme, de la femme et de l' enfant! Vous êtes un Homme d' Etat! Mes sincères sentiments et félicitations!

Zaarour Beatriz

18 h 22, le 17 décembre 2018

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Commentaires (1)

  • Bravo S.E. Professeur Najjar! Bonne chance, un grand succès dans votre noble vocation de défenseur des droits de l' homme, de la femme et de l' enfant! Vous êtes un Homme d' Etat! Mes sincères sentiments et félicitations!

    Zaarour Beatriz

    18 h 22, le 17 décembre 2018

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