L'éditorial de Issa GORAIEB

La corde, mais quoi d’autre ?

L’éditorial
10/06/2017

Pour ou contre la peine de mort ? Si le débat n'est pas réellement nouveau dans notre pays, il prend ces derniers jours une ampleur inégalée. À la télévision, c'est l'affligeant spectacle, devenu beaucoup trop fréquent, de familles endeuillées réclamant la corde pour le meurtrier d'un fils ou d'un frère; et la polémique sur la question engorge les réseaux sociaux. Mais est-ce vraiment là le fond du problème ?

La peine capitale est bel et bien prévue par le code pénal libanais. Elle est même parfois prononcée par les tribunaux, mais il est rarissime qu'elle soit appliquée. De faire faire des heures supplémentaires au bourreau pourrait-il endiguer l'effrayante vague de criminalité? C'est ce qu'assurait hier, dans une allocution solennelle, le ministre de l'Intérieur. Rien n'est moins sûr, estiment en revanche de nombreux juristes, criminologues, psychologues, sociologues et autres spécialistes, de par le monde.

Mais une fois de plus, c'est en des termes totalement différents que se pose la question dans notre pays, où pullulent les armes individuelles, où les pistoleros jouissent souvent de protections politiques, partisanes ou sectaires, où les juges ne sont pas avares de circonstances atténuantes et où enfin les remises de peines sont la règle. Dans son discours, le ministre a rendu un vibrant hommage aux forces de police et de gendarmerie, dont était célébré le 156e anniversaire, s'engageant à procurer à leurs effectifs l'équipement que méritent leurs sacrifices consentis dans l'accomplissement de leur noble et dure tâche. Relevant que de nombreux homicides commis ces derniers temps par armes à feu l'ont été pour des motifs aussi futiles que des conflits sur la priorité de passage automobile, il s'est félicité de la célérité record avec laquelle a été identifié et arrêté le meurtrier de Roy Hamouche, dernière en date des victimes de la jungle d'asphalte.

Nul ne contestera certes le niveau d'excellence des services libanais en matière d'investigation. Mais quitte à se répéter encore, c'est ailleurs, c'est en amont du crime et de la performance des détectives, c'est à la source que se situe l'impardonnable faille. Car à la source il y a le coupable manque de surveillance (et même de simple présence policière !) sur les routes de notre petit paradis. Il y a la licence de foncer, de slalomer, de faire des queues de poisson accordée aux fous du volant, ce qui entraîne forcément des altercations, trop souvent armées. Il y a encore les permis de port d'arme et les vitres fumées concédés à des particuliers pistonnés roulant souvent sans même de plaques minéralogiques, comme c'était le cas de l'assassin du jeune Hamouche, un dangereux repris de justice cavalant en totale liberté.

C'est un beau discours, bien musclé, résolument macho, que Nouhad Machnouk a servi hier à ses troupes. N'y manquait que l'essentiel : quelles mesures concrètes de sécurité sont-elles envisagées sur le terrain, mis à part ce grandiloquent et peu réaliste hymne aux vertus du gibet?

 

Issa GORAIEB
igor@lorientlejour.com

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