Liban

Ce que le Hezbollah attend encore de Aoun

Éclairage
12/12/2018
Les visites successives à Baabda du président de la Chambre, Nabih Berry, et du Premier ministre Saad Hariri lundi dernier ont certes donné un souffle positif à la lente genèse du gouvernement, mais elles n’augurent d’’aucune sortie de crise prochaine.

La seule chance d’un déblocage est que le Hezbollah renonce à ses conditions rédhibitoires, lesquelles se limitent pour l’instant (d’autres seraient en réserve) à la participation de députés sunnites prosyriens au cabinet. Un tel assouplissement restera improbable tant que les circonstances régionales continueront de progresser au désavantage de l’Iran. Le blocage du cabinet au Liban servira entre temps de carte de pression aux mains de Téhéran.

En attendant le moment opportun de former le cabinet, le parti chiite veille à maintenir une stabilité minimale, tout en neutralisant toute initiative de déblocage. Un équilibre délicat qu’il réussit pourtant, en partie parce que le président de la République, Michel Aoun, pourtant le plus pressé sans doute de former un gouvernement, est peu enclin à s’engager dans un bras de fer politique avec le Hezbollah.

C’est ainsi que le parti chiite a veillé à jeter une ombre sur les relations entre Michel Aoun et Saad Hariri. En attestent les querelles chroniques autour de la répartition des compétences entre la présidence de la République et la présidence du Conseil des ministres. Elles avaient culminé avec l’idée suggérée la semaine dernière par le chef de l’État de recourir à sa prérogative d’adresser une lettre orale au Parlement, pour inciter les députés à retirer la désignation du Premier ministre désigné (à supposer qu’une telle incitation soit légale). Si cette démarche devait aboutir, elle ne serait pas sans provoquer un schisme politique profond, d’autant plus que les députés des groupes du Futur, des Forces libanaises et du Parti socialiste progressiste risquent de boycotter la séance consacrée à écouter le message du président de la République. Leur choix bénéficierait d’ailleurs du soutien du président de la Chambre, Nabih Berry, qui a fait valoir sa désapprobation de l’initiative de Michel Aoun (comme l’a fait d’ailleurs Saad Hariri loin des feux de la rampe). Qui plus est, le chef du législatif a formulé son souhait que les réunions urgentes à Baabda avec les parties concernées par la formation du cabinet se substituent à l’action qui consiste à adresser un message au Parlement pour exercer quelque pression sur le Premier ministre désigné. D’ailleurs, c’est dans l’esprit de rationaliser les démarches du chef de l’État que ses conseillers s’étaient réunis dimanche dernier à Baabda : c’est là qu’aurait germé l’idée de mener des concertations depuis Baabda pour surmonter les obstacles à la formation du cabinet.


(Lire aussi : Face aux efforts de Aoun, le Hezbollah campe sur ses positions)


Mais d’une initiative à l’autre, le Hezbollah continue de gagner du temps avec la certitude que ni l’une ni l’autre initiative n’aboutira sans son feu vert.

D’autant plus qu’aucun groupement n’est près de se constituer pour lui faire contrepoids : une alliance Futur-FL-PSP face au parti chiite est ainsi improbable pour plus d’une raison.

Ceux qui tiennent à la formation du cabinet devront se contenter de tirer la sonnette d’alarme face au danger imminent d’un effondrement économique.

En divisant les protagonistes internes, le Hezbollah a comme neutralisé le compromis en attendant des garanties au niveau du cabinet : des garanties de la part de Michel Aoun, qui est appelé à renoncer au tiers de blocage, et des garanties de la part de Saad Hariri, qui est invité à faire participer au cabinet des sunnites prosyriens au risque de se voir remplacer par l’un d’eux à la présidence du Conseil.

Pour l’instant, si Michel Aoun contribue à exercer des pressions morales sur Saad Hariri dans le sens souhaité par le Hezbollah, et s’il se dit prêt à retenir un sunnite prosyrien sur sa quote-part ministérielle, il n’est pas disposé à perdre son tiers de blocage au sein du cabinet. Mais pour Nabih Berry, comme le rapportent ses visiteurs, l’une ne va pas sans l’autre : il ne suffit pas qu’un ministre sunnite prosyrien intègre la quote-part du chef de l’État, il doit remplacer un ministre chrétien, c’est la seule solution plausible pour l’instant, selon Aïn el-Tiné. Le Premier ministre désigné reste quant à lui attaché à la dernière version du cabinet de trente ministres soumise au chef de l’État et qui a failli entrer en vigueur, n’était l’intervention du Hezbollah in extremis en faveur de la participation des sunnites prosyriens. Il n’est donc pas disposé à envisager la formule d’un cabinet de 32 telle que proposée par le ministre sortant Gebran Bassil.


Lire aussi
Quelles sont les ambitions du Hezbollah dans le prochain cabinet ?

Un retrait de la désignation du Premier ministre est-il possible ?

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Cadige William

Un sondage populaire sur les positions du Premier Ministre quant a la formation du Cabinet, effectue a travers le web, serait interessant de montrer l’avis de la population a moins que le rôle de mouton lui soit comme toujours imposé d’office.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

SA CAPITULATION POLITIQUE PURE ET SIMPLE ! ET L,AUTO- PROCLAMATION DE -FORT- EN COMPTANT SUR L,ACCORD DE MAR MKHAEL... 3ALA ALLAH ! LA DESULLISION EST TROP AIGRE !

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