L’édito de Michel TOUMA

Jouer avec le feu

L’édito
Michel TOUMA | OLJ
11/12/2018

Les Libanais sont semble-t-il passés maîtres dans la politique du bord du gouffre. C’est du moins l’impression qui se dégage une fois de plus aujourd’hui des informations et supputations selon lesquelles le président Michel Aoun pourrait adresser à l’Assemblée nationale un message dans lequel il s’en remettrait aux députés pour sortir de l’impasse dans laquelle se trouve le Premier ministre désigné au plan de la formation du gouvernement. En clair, cela reviendrait implicitement à laisser aux parlementaires le choix de décider si oui ou non ils devraient retirer le mandat qu’ils ont accordé à Saad Hariri lors des consultations entreprises en mai dernier pour la désignation d’un chef du gouvernement.

Il serait toutefois étonnant, pour ne pas dire stupéfiant, que le président Aoun puisse s’engager sérieusement dans une telle voie. Sa fonction présidentielle requiert en effet qu’il soit le garant de la Constitution et de la paix civile. Or il n’ignore sans doute pas que la Loi fondamentale ne fixe aucun délai au Premier ministre désigné pour la mise sur pied de son équipe ministérielle. Le président Aoun est, à n’en point douter, le premier à le savoir puisqu’en 2009 la formation du gouvernement avait été bloquée pendant de très longs mois dans le seul but d’imposer l’octroi d’un portefeuille ministériel à Gebran Bassil.

Quant à l’éventualité d’un possible retrait par les députés du mandat octroyé à Saad Hariri, elle est non seulement anticonstitutionnelle, mais elle constitue surtout une atteinte à la paix civile, comme l’ont démontré les réactions fiévreuses enregistrées dans les milieux sunnites qui sont rapidement montés au créneau pour mettre en garde contre toute atteinte aux prérogatives et au rôle du Premier ministre désigné.

C’est précisément au sujet de ce dernier point qu’il convient aujourd’hui, plus que jamais, de tirer la sonnette d’alarme. Et pour cause : bon gré mal gré, l’accord de Taëf obtenu aux forceps en 1989, sous un parrainage arabe et international, a défini un fragile équilibre au niveau de la répartition des pouvoirs entre les principales composantes communautaires dont est constitué le tissu social libanais. Depuis le mandat d’Élias Hraoui, la pratique a dévoilé au grand jour les failles non négligeables qui entachent le document de Taëf. Mais dans le contexte présent vouloir remettre en question, légalement ou même de facto, un seul élément de l’équilibre politique convenu à Taëf reviendrait à jouer avec le feu.

Ceux qui se font le porte-étendard d’un nécessaire changement du système politique ou ceux qui cherchent à imposer via le comportement du président un fait accompli susceptible de transcender les textes constitutionnels ne font qu’ouvrir très dangereusement la boîte de Pandore.

Il ne faudrait pas être Machiavel pour voir et comprendre que tout dialogue à caractère existentiel qui se ferait à l’ombre d’un parti doté, lui seul, d’un imposant arsenal militaire – pour ne citer que ce facteur – serait vicié et faussé à la base. Sans compter qu’il est totalement irrationnel et inconcevable de vouloir remettre sur le tapis certains fondements du système politique en vigueur à un moment où l’ensemble de la région est le théâtre de profonds bouleversements démographiques, sociologiques, géopolitiques et peut-être même culturels. Des bouleversements qui pourraient clairement se répercuter d’une façon ou d’une autre sur le rapport de forces au plan local, de sorte que ce qui pourrait être convenu aujourd’hui risque d’être remis en question demain.

Certes, tout changement institutionnel est souvent le fruit d’une profonde crise ou secousse interne. Les exemples à cet égard sont légion, notamment dans la conjoncture internationale présente. Mais dans un cas d’école comme le Liban, il serait hasardeux d’initier une quelconque réforme constitutionnelle alors que l’environnement régional immédiat est en pleine mutation. Et, surtout, une réforme à caractère institutionnel ne peut faire l’objet d’une réflexion saine et rationnelle que dans un climat de paix civile, dans une atmosphère sereine, loin du déchaînement des passions. Dans le cas contraire, un changement imposé par la coercition ne serait indubitablement qu’une nouvelle source de discorde et de conflit interne sans fin.

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Bery tus

fallait il tout aussi bien donner a l'armee "l'autorisation" de proceder au liban du sud DEJA NON? et la je parle depuis 1990 pas maintenant ..


MA QUESTION PQ L'ARMEE LIBANAISE N'ETAIT ELLE PAS PRESENTE AU LIBAN DU SUD?

FÊTE ACCOMPLIE

Justement pour 80% des chiites du Liban le choix est fait et aucune autre force que la résistance du hezb LIBANAIS n'a réussit à libérer leur terre OCCUPÉE PENDANT 20 ANS.

carlos achkar

Les chiites du Liban sont des libanais avant tout, aiment le Liban au-dessus de tout et ne voudront vivre qu'au Liban. C'est leur unique patrie. Mais ils devront choisir entre bâtir une nation et vivre en paix ou appartenir à une milice utopique et vivre en état de guerre perpétuel.

Pierre Hadjigeorgiou

Si certains rêvent d'un état Chiite au Sud Liban, ils font fausse route. Si cette situation catastrophique arrive, soyez certain que nous perdrons le Liban sud et les Chiites finiront en Syrie, a Qoussair précisément, ou les attendent bien d'autres déboires. Je vois mal Bachar et les Russes accepter leur présence armée faire les matamores. La guerre est loin d’être terminée et si nos concitoyens Libanais Chiites ne bougent pas pour convaincre leur représentants du Hezbollah de changer de cap, l'avenir sera chaud et difficile pour tous... surtout qu'a la fin, ils seront les dindons de la farce... Un homme averti en vaut deux... la balle est dans leurs camps, il n'est jamais trop tard pour bien faire...

FÊTE ACCOMPLIE

Il est évident que des chiites préféreraient vivre en dehors des lois contraignantes du sud Liban ( indépendant ) quoique je doute fort que cela changerait de façon radicale , s'il devait en être ainsi , j'avoue moi même que je ne me verrai pas vivre au Sud Liban .

Mais là n'est pas la question , il ne s'agit pas de moi ou d'un autre , mais d'une question de 20% tout au plus de cette communauté .

Le problème est que la majorité écrasante des chiites rêvent plus de Kerbala que de l'Atlanta .

Demandez à un l'insider que je suis .

Qu'on interprète pas mes réactions comme étant fondamentalement communautaire , mais plus comme étant proche de la réalité chiite qu'autre chose .

carlos achkar

Et si partition il y a, de nombreux chiites voudront vivre au LIBAN et non au SUD LIBAN. Nous les accueillerons les bras ouverts et nous édifierons avec eux un ETAT de droit sans milices et surtout un ETAT libre, indépendant, souverain avec un seul slogan LIBAN D'ABORD.
Un Libanais qu'il soit chiite, sunnite, maronite ou autres, n'aspire qu'à vivre en paix parmi les siens et dans son propre pays. Il le fait très bien à l'extérieur du Liban. Il ne sera pas très difficile pour lui de le faire à l'intérieur du Liban si on le laisse en paix.

Le Faucon Pèlerin

Citation du général de Gaulle le 30/11/1965 :
" Le président de la République ne saurait être confondu avec aucune formation . Il doit être l'homme de la nation toute entière, exprimer et servir le seul intérêt national."
Quant à bloquer la formation du gouvernement pour l'octroi d'un portefeuille ministériel à Gébran Bassil, laissez-moi rire... L'amiral Philippe de Gaulle n'a aucune décoration, le Général ne l'avait jamais souhaité afin que l'on ne dise pas : Parce qu'il est le fils du général de Gaulle.

FÊTE ACCOMPLIE

Une réflexion très intelligente serait de dire que les jusqu'auboutistes chiites , étrangement aujourd'hui , poussent à une partition du LIBAN et à une autonomie du Sud Liban .

Prenez le au sérieux , cette communauté est la seule aujourd'hui capable de former un état sur un territoire bien défini , une économie assez indépendante par l'apport de sa diaspora , son armée qui a fait ses preuves face au plus criminel des prédateurs , et une unité flagrante .

Au cas où on en arriverait à ce scénario catastrophe , imaginez le Sud Liban demander officiellement à l'Iran de venir s'implanter au sud Liban .

Que pourront faire les usurpateurs ? attaquer ? laissez moi rire .

carlos achkar

Tout le monde joue avec le feu et on dirait pour arriver intentionnellement et malheureusement à la solution finale qui est la partition du pays.
Je ne vois plus comment on pourrait éviter la naissance d'un LIBAN et d'un SUD LIBAN.

FÊTE ACCOMPLIE

Vous faîtes fausse route Mr Touma .

Il n'est nullement inconstitutionnel si on changeait de 1er Ministre , mais il serait inconstitutionnel de changer le privilège donné à cette communauté de présenter le 1er ministre de son choix . Il peut être n'importe qui d'autre à la condition qu'il reste sunnite .

Partant de là tout votre article est nul et non avenue , sans fondement .

Laissons dont donc le Phare Aoun bosser avec sérénité et avec force et justice . Nous l'aurons notre gouvernement .

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LA FAIBLESSE POURRAIT POUSSER A DES INITIATIVES ANTI CONSTITUTIONNELLES ET NON CALCULEES QUI RISQUENT D,OUVRIR LA BOITE DE PANDORE DES JOURS HONNIS PAR TOUS LES LIBANAIS ET QUE SEMBLENT ACCEPTER DE RISQUER CERTAINS...

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