La délégation libanaise venue de la LAU.
À l’heure où les yeux du monde sont rivés sur la capacité de Beyrouth à défendre sa souveraineté aux négociations stratégiques directes intenses sous l’égide des États-Unis, la jeunesse universitaire libanaise apporte encore une fois une preuve éclatante de sa maîtrise de l’art du compromis et de son excellence à l’international. Le sacre de Roy Abi Raad, étudiant en sciences politiques et affaires internationales à l’Université libano-américaine (LAU) qui a récemment remporté le prestigieux Prix de la diplomatie (Diplomacy Award) au cours du Harvard World Model United Nations (WorldMUN), résonne en ces temps troublés comme un symbole fort.
Modélisée sur la base de la procédure utilisée par les Nations unies, la compétition souvent considérée comme les « Olympiades » des simulations a été organisée au mois de mars à Lima, au Pérou. Durant six jours, le jeune homme, qui faisait partie d’une délégation de la LAU composée de sept étudiants, s’est glissé dans la peau d’un diplomate et a défendu les intérêts du pays qu’il représentait, en l’occurrence le Mexique. Il s’est notamment illustré par sa performance exceptionnelle au sein de la Commission des questions politiques spéciales et de la décolonisation (Specpol) de l’Assemblée générale.
Récompensé pour sa capacité à faire preuve de tolérance, à diriger de manière inclusive et à maintenir une posture diplomatique sous pression, le jeune lauréat a pu s’appuyer sur une expérience rare à son âge, celle d’un stage immersif de sept mois au ministère libanais des Affaires étrangères. Cette distinction internationale valide une vocation déjà bien ancrée. En effet, titré en 2023 « Plus jeune acteur du changement arabe » dans la catégorie pré-universitaire pour son leadership et son engagement bénévole, Roy Abi Raad a déjà représenté la jeunesse libanaise à maintes reprises lors d’événements de haut niveau, notamment au Sommet de la jeunesse (Youth Summit) organisé l’année dernière à Doha, au Qatar, ou encore via des programmes du PNUD.
L’histoire de ce jeune diplomate est aussi celle d’une force de caractère remarquable. D’emblée, pour de nombreux étudiants internationaux, plus particulièrement ceux issus de régions en crise ou confrontées à des défis majeurs tels que le Liban, participer au WorldMUN exige une force morale et une résilience à toute épreuve. Venir s’asseoir à la même table que des étudiants des plus grandes universités mondiales issus d’environ cent pays du monde nécessite déjà une préparation hors du commun.
Pour corser la situation, rien n’a été simple pendant cette nouvelle aventure pour les membres de la délégation libanaise. Le voyage, organisé bien avant le déclenchement de la guerre, s’est transformé en un véritable parcours du combattant. Billets annulés à la dernière minute suite à la fermeture en chaîne des espaces aériens, obligation de changer en urgence de transporteur aérien, envoi des passeports en Égypte pour l’obtention de visas, trajet à rallonge avec de multiples escales... avant de rallier Lima relevait du miracle logistique. « Le voyage a été terriblement éprouvant », nous confie le jeune récipiendaire. « Il nous a fallu près de deux jours pour arriver à destination. Alors que nous étions à l’aéroport, la route d’accès a été bombardée. Ce périple a été un défi de chaque instant. » Mais pour la délégation, l’abandon n’était pas une option. Le Liban devait être représenté. Coûte que coûte.
Sur place, le jeune homme, portant la voix du Mexique, se retrouve au cœur d’un débat à haute tension portant sur les 17 territoires non autonomes restants dans le monde au sein de la commission de la Specpol. Face aux manœuvres de déstabilisation d’une délégation adverse, il aborde sa mission avec un engagement profondément personnel. « Je me suis appuyé sur la résolution 1541 de l’Assemblée générale et j’ai activement défendu le droit à l’autodétermination en faisant le lien avec la guerre actuelle et l’utilisation illégale de l’île de Diego Garcia pour bombarder l’Iran », explique-t-il.
Grâce à une alliance stratégique, notamment avec le délégué du Qatar, le jeune homme a réussi à fédérer le quorum autour de son projet de résolution, qui a été adopté en fin de journée. Ce faisant, il n’a pas hésité à briser les codes feutrés de la diplomatie et à joindre le geste à la parole, confirmant ainsi que « la diplomatie ne signifie pas la neutralité » et « qu’elle est une manière de prendre des décisions face à une situation, tout en sachant précisément quand se montrer inflexible et tranchant dans ses décisions ».
Roy Abi Raad a été récompensé pour sa capacité à faire preuve de tolérance, à diriger de manière inclusive et à maintenir une posture diplomatique sous pression. Photos Léa Aoudé
Notre voix doit impérativement être entendue
Au lendemain de ce triomphe – qui fait de lui d’ailleurs l’unique lauréat à représenter et à faire gagner la zone Moyen-Orient et Afrique du Nord (MENA) à ce niveau –, Roy Abi Raad livre une leçon de sciences politiques apprise sur le terrain. À ses yeux, ce nouvel exploit englobe trois dimensions essentielles. « Sur le plan personnel, cette expérience m’a véritablement enseigné la persévérance et la résilience. D’ailleurs, au moment de l’annonce des résultats, j’ai ressenti une immense joie : celle d’avoir réussi à braver le chaos et les embûches pour imposer notre présence », avoue-t-il. Sur le plan académique, la compétition l’a aidé à « donner du sens à mes études », ajoute-t-il. Elle lui a surtout permis de se connecter avec sa véritable vocation d’étudiant en sciences politiques et relations internationales en sortant de la théorie pour appliquer ces concepts directement sur le terrain. Toutefois, sur le plan citoyen, l’expérience a été néanmoins plus douloureuse. Voir le Liban absent de ces comités internationaux, alors qu’il subit de plein fouet la guerre et l’occupation, l’a profondément blessé. « Notre voix doit impérativement être entendue », martèle-t-il.
Fort de ce constat, le jeune homme estime que cette absence n’est pas une fatalité mais le résultat d’une mauvaise voie stratégique. Plaidant pour une refonte de la politique étrangère du pays et du rôle que devrait jouer Beyrouth sur l’échiquier mondial, il a surtout tenu à rappeler aux cercles du pouvoir libanais que « la diplomatie nous enseigne la communication et offre à chacun une main tendue, ainsi qu’un espace d’expression pour être représenté ».« Je pense, dit-il, que le gouvernement libanais oublie le fait que nous devons communiquer davantage avec tout le monde ; nous ne pouvons pas nous isoler. La seule façon de survivre est de tendre la main à chacun, de leur permettre de parler et de leur répondre. La diplomatie ne consiste pas à stopper les problèmes, elle consiste à créer des solutions » a-t-il encore soutenu.Une vision d’avenir qui, selon lui, ne pourra se concrétiser sans un changement de paradigme majeur : l’implication immédiate et impérative de la jeunesse libanaise dans les discussions et négociations. Sur le terrain, la démonstration est déjà faite. Les étudiants libanais prouvent à l’échelle internationale, jour après jour, que le pays du Cèdre possède déjà la relève intellectuelle et les compétences nécessaires pour briller dans l’art de la négociation et de la résolution des conflits.


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