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Campus - Webinaire

Quand la recherche transforme la société

De simple lieu de savoir, l’université doit désormais devenir un levier de transformation du monde.

Quand la recherche transforme la société

Le webinaire a été modéré par le professeur Richard Maroun (en haut, à droite), vice-recteur à la recherche à l’Université Saint-Joseph de Beyrouth. Photo AUF

À l’heure où les sociétés traversent des transformations profondes, technologiques, environnementales, économiques et humaines, une question s’impose : quel doit être aujourd’hui le rôle de l’université et de la recherche ? Longtemps perçue comme un espace de production et de transmission du savoir, l’université est désormais appelée à devenir un véritable acteur de transformation sociétale, capable d’éclairer les décisions, d’accompagner les mutations et de répondre aux grands défis contemporains.

C’est cette réflexion qui a été au cœur du webinaire « L’impact sociétal de la recherche », organisé le 21 mai par la Conférence régionale des recteurs du Moyen-Orient (C2R) et l’Agence universitaire de la francophonie (AUF) au Moyen-Orient. Au fil des interventions, une idée forte s’est imposée : la recherche ne peut plus être pensée uniquement en termes de publications scientifiques ou d’excellence académique. Son véritable impact apparaît lorsque la connaissance améliore concrètement la vie humaine, nourrit les politiques publiques, stimule l’innovation et contribue à construire une société plus juste, plus éclairée et plus durable.

Cette vision rejoint pleinement les orientations de la stratégie 2026-2029 de l’AUF, qui place la valorisation de la recherche, son utilité sociale et son rôle dans le développement au centre de ses priorités. Dans une région marquée par les crises et les bouleversements, les universités sont appelées à renforcer leur engagement envers la société et à repenser leurs missions au-delà des cadres traditionnels.

« Au Moyen-Orient, l’impact de la recherche se mesure par sa capacité à améliorer les conditions de vie, renforcer la résilience des sociétés et contribuer aux politiques publiques face aux multiples crises que traverse la région », insiste Jean-Noël Baléo, directeur régional de l’AUF pour le Moyen-Orient. Au-delà de la production scientifique et de l’innovation technologique, la recherche joue également un rôle-clé dans le développement de l’esprit critique, du dialogue et du lien social. Les universités et centres de recherche sont ainsi appelés à devenir des espaces de coopération, d’interdisciplinarité et de transformation sociale, favorisant la confiance et le rapprochement entre les communautés et les pays.

Pour Pascale Lahoud, entrepreneure culturelle et chercheuse en philosophie des sciences au Liban, cette transformation est devenue une nécessité. Elle appelle à une « communication multidirectionnelle » entre l’université et la société, capable d’accompagner les disruptions qui redéfinissent notre époque. Selon elle, l’enseignement supérieur doit désormais participer à une véritable « préparation civilisationnelle » face aux mutations technologiques et sociales à venir.

« Il est nécessaire de mettre nos efforts universitaires au service d’une mission complémentaire à nos missions habituelles, qui consiste à enseigner, chercher et agir de manière à protéger les conditions d’une vie authentiquement humaine pour les générations que nous avons le devoir de former », a-t-elle affirmé.

Au-delà de la production scientifique, Pascale Lahoud insiste sur la circulation du savoir, la responsabilité éthique de la recherche et la nécessité de réfléchir aux conséquences humaines des avancées technologiques, notamment dans le contexte de l’intelligence artificielle et des crises environnementales.

Trouver un équilibre entre excellence scientifique et utilité sociale

La question de l’impact concret de la recherche a également été abordée par Fadia Homeidan, directrice du bureau des subventions à l’Université américaine de Beyrouth, qui a mis l’accent sur les mécanismes de valorisation et de transfert des résultats scientifiques. À travers le thème « Du laboratoire au marché : transfert de technologie », elle a rappelé que la recherche universitaire ne se limite pas à générer des connaissances, mais qu’elle peut devenir un moteur direct d’innovation, de croissance économique et de transformation sociale. Elle a notamment souligné le rôle stratégique des collaborations entre universités et industrie, des incubateurs et de la communication scientifique dans la conversion des découvertes académiques en solutions réelles répondant aux besoins de la société. La valorisation de la recherche, a-t-elle expliqué, favorise la création d’emplois, soutient l’émergence de nouvelles start-up et renforce la culture entrepreneuriale tout en contribuant à résoudre des problématiques sociétales urgentes.Dans une intervention particulièrement marquante, Mounir Fakhry Abdelnour, président du Conseil d’administration de l’Université française d’Égypte et ancien ministre égyptien du Tourisme, du Commerce et de l’Industrie, a rappelé que « la question n’est plus seulement : que savons-nous ? Mais aussi : à quoi sert ce savoir et comment transforme-t-il positivement nos sociétés ? ».

Face aux bouleversements liés à l’intelligence artificielle, aux crises climatiques, économiques et sociales, il estime que l’université ne peut plus rester « une tour d’ivoire » isolée de son environnement. Elle doit devenir un acteur de développement, un espace de dialogue et un moteur de transformation sociale.

Selon lui, « le véritable défi consiste à trouver un équilibre entre excellence scientifique et utilité sociale ». Car l’université, a-t-il souligné, « ne transforme pas uniquement l’économie : elle transforme aussi les citoyens, et à travers eux, la société toute entière. Son impact le plus profond est humain et culturel ». Il a également alerté sur les responsabilités immenses des universités face à l’intelligence artificielle. Former les étudiants aux nouveaux outils ne suffit plus : les institutions doivent aussi développer une réflexion éthique, protéger l’intégrité scientifique et éviter que les technologies ne créent de nouvelles fractures sociales entre ceux qui maîtrisent le savoir et ceux qui le subissent.

Dans cette perspective, l’université de demain devra renforcer l’interdisciplinarité, multiplier les passerelles entre sciences exactes, sciences humaines et sciences sociales, et développer des liens plus étroits avec les entreprises, les collectivités publiques, les ONG, les hôpitaux et les institutions culturelles.

« L’université doit apprendre autant à écouter la société qu’à lui parler », a affirmé Mounir Fakhry Abdelnour. Au fond, dit-il, « la mission ultime de l’université ne consiste plus seulement à transmettre le savoir, mais à aider la société à mieux comprendre le monde et à mieux préparer son avenir ».

À l’heure où les sociétés traversent des transformations profondes, technologiques, environnementales, économiques et humaines, une question s’impose : quel doit être aujourd’hui le rôle de l’université et de la recherche ? Longtemps perçue comme un espace de production et de transmission du savoir, l’université est désormais appelée à devenir un véritable acteur de transformation sociétale, capable d’éclairer les décisions, d’accompagner les mutations et de répondre aux grands défis contemporains.C’est cette réflexion qui a été au cœur du webinaire « L’impact sociétal de la recherche », organisé le 21 mai par la Conférence régionale des recteurs du Moyen-Orient (C2R) et l’Agence universitaire de la francophonie (AUF) au Moyen-Orient. Au fil des interventions, une idée...
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