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Liban

Face aux efforts de Aoun, le Hezbollah campe sur ses positions

Gouvernement

À Baabda, le parti chiite se contente de discuter « des idées de solutions ». Les sunnites prosyriens sont attendus cet après-midi au palais présidentiel.

Yara ABI AKL | OLJ
12/12/2018

Contrairement aux attentes, la rencontre, hier, entre le chef de l’État, Michel Aoun, et une délégation du Hezbollah venue lui rendre visite au palais présidentiel n’a pas débouché sur une nouvelle donne à même d’accélérer le processus gouvernemental. Bien au contraire, le parti chiite semble camper sur ses positions. La réunion a, en revanche, témoigné d’une volonté manifeste du parti chiite de ne pas rompre son alliance « stratégique » avec le locataire de Baabda, sur fond de désaccord autour de la représentation ministérielle des députés sunnites prosyriens. Une volonté qui s’est également fait sentir chez le courant du Futur, qui s’est félicité des efforts entamés lundi par le président Aoun, tout en réitérant son refus de toute « atteinte aux prérogatives du Premier ministre ».

Le président de la République semble en tout cas déterminé à poursuivre ses démarches de conciliation en vue d’un déblocage du processus. S’exprimant devant son homologue autrichien, Alexander Van der Bellen, en visite officielle au Liban, M. Aoun n’a pas mâché ses mots : « Il faut que cette initiative soit un succès, sinon le pays ferait face à une catastrophe », a-t-il averti, faisant savoir qu’il est intervenu « après l’échec des tentatives de régler cette crise de la manière traditionnelle entre le Premier ministre désigné et les protagonistes ». Selon le chef de l’État, « les dangers qui guettent le pays sont tellement graves qu’il ne pourrait pas y résister ».

Il va sans dire qu’à travers ses propos, Michel Aoun s’efforçait de réitérer son appel au Hezbollah pour l’inviter à faciliter la tâche de Saad Hariri. Celle-ci était naturellement au centre de la rencontre entre le chef de l’État et la délégation du parti chiite, comprenant le chef du bloc parlementaire de la formation, Mohammad Raad, et le conseiller politique du secrétaire général du parti Hassan Nasrallah, Hussein Khalil.

S’exprimant à l’issue de la réunion, Mohammad Raad s’est contenté de faire savoir que la discussion a porté sur « les idées qui vont dans le sens des intérêts du pays ». « Certaines idées sont sujettes à examen, et d’autres exclues », a-t-il ajouté, indiquant que les contacts se poursuivront.

Expliquant les propos de Mohammad Raad, un proche du Hezbollah affirme à L’Orient-Le Jour que sa formation rejette catégoriquement la mise sur pied d’un cabinet qui n’inclurait pas un ministre représentant les députés sunnites prosyriens, dans la mesure où « ils représentent 40 % des sunnites », selon lui. Le proche du parti de Hassan Nasrallah souligne toutefois que son parti accepterait toute solution qui bénéficierait de l’aval de ses alliés sunnites, y compris une éventuelle décision de leur part de ne plus faire partie de la future équipe ministérielle.

Sauf que les députés en question ne semblent pas prêts à une telle concession. C’est ce que confirme à L’OLJ Abdel Rahim Mrad, député de la Békaa-Ouest et membre de la Rencontre consultative regroupant les six députés sunnites hostiles au courant du Futur. « Nous avons été convoqués à Baabda pour un entretien avec le président Aoun à 16 heures. Nous lui réitérerons notre demande d’être représentés au sein du cabinet par l’intermédiaire de l’un des membres de la Rencontre », assure M. Mrad. Une prise de position qui confirme que le processus gouvernemental continuera à buter indéfiniment sur le fameux nœud sunnite.

Il faut noter que tout comme le Premier ministre, le chef de l’État estimait que les députés sunnites du 8 Mars n’étaient pas habilités à réclamer une représentation gouvernementale, étant donné qu’ils font partie de blocs parlementaires déjà inclus dans la mouture ministérielle élaborée par Saad Hariri depuis plus d’un mois, à laquelle seuls les ministrables du Hezbollah manquent encore.


(Lire aussi : Quelles sont les ambitions du Hezbollah dans le prochain cabinet ?)


Le courant du Futur
Quoi qu’il en soit, l’initiative Aoun ne semble pas jusqu’ici pouvoir opérer la percée espérée. Toujours est-il que l’idée caressée un moment par Baabda d’adresser un message au Parlement avec, en filigrane, l’objectif d’amener les députés à faire table rase des sept derniers mois et de reprendre tout à zéro semble bel et bien enterrée. C’est en tout cas cette interprétation que le chef du législatif, Nabih Berry, a donnée à la nouvelle phase de contacts présidentiels. À l’issue de son entretien avec le président autrichien, M. Berry a estimé que « le chef de l’État a abandonné l’idée de s’adresser au Parlement après ses concertations (lundi) avec Saad Hariri ». « ll n’y a rien qui s’appelle dernière chance. L’esprit libanais reste créatif et le président Aoun pourra trouver des solutions rapidement, si Dieu le veut », a ajouté le président de la Chambre.

À son tour, le bloc parlementaire du Futur s’est félicité des efforts entrepris par Michel Aoun, dans la mesure où ils sont à même de « rectifier le tir » en ce qui concerne les tractations ministérielles. Dans un communiqué publié à l’issue de sa réunion hebdomadaire tenue à la Maison du Centre sous la présidence de Bahia Hariri (Saïda), le bloc a estimé que l’initiative Aoun « est un pas important sur la bonne voie et est à même de tourner la page des interprétations constitutionnelles soulevées auparavant ». « Les prérogatives du Premier ministre désigné sont intouchables, quelles que soient les circonstances. Et les tentatives d’instaurer de nouvelles coutumes en imposant des conditions politiques au processus gouvernemental sont vouées à l’échec par la force de la Constitution qui prévoit des consultations parlementaires contraignantes sur lesquelles il est impossible de revenir », peut-on lire dans le texte. Une façon pour les haririens de confirmer que Baabda n’envisage plus d’adresser un message en ce sens à la Chambre. Le Futur emboîtait ainsi naturellement le pas au chef du gouvernement. Reçu au palais présidentiel lundi, le chef du gouvernement avait confié vouloir donner au chef de l’État la chance de mener des contacts en quête d’une issue de crise, assurant que la Constitution est claire au sujet de ses prérogatives.


(Lire aussi : Ce que le Hezbollah attend encore de Aoun)


Les FL : « La nécessité » de redynamiser le cabinet
De son côté, le bloc de « La République forte » parrainé par les Forces libanaises a tenu hier une réunion à Meerab sous la présidence de Samir Geagea. L’occasion pour le parti de réitérer son appel à la formation du cabinet dans les plus brefs délais ou à « la redynamisation du cabinet sortant, sous le signe de la nécessité et conformément à un ordre du jour bien défini, afin de mettre un terme à l’effondrement économique qui exige des solutions rapides », comme on peut lire dans le communiqué publié à l’issue de la réunion. « L’application de la Constitution est à même de régler toutes les crises. Ainsi, le président de la République a certainement le droit d’adresser un message au Parlement », ajoute le communiqué, soulignant toutefois que « la Constitution stipule que la formation du gouvernement relève de la compétence du Premier ministre, qui n’est lié par aucun délai, en collaboration avec le chef de l’État ».


Lire aussi
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Gebran Eid

LA BONNE NOUVELLE, TAYMOUR ARRIVE CHEZ AOUN....DONC C'EST RÉGLÉ CETTE HISTOIRE DE GOUVERNEMENT. SACRÉ TAYMOUR UN GRAND CHEF QUI RÈGLE TOUS LES PROBLÈMES.

Gebran Eid

HIZZI YA NAWAHEM KHASRIKI EL HARIRI KHALLI EL.........QUE LA DANSE CONTINUE......CHOU MA SARR YI SIRRR.

Honneur et Patrie

"Ce qui est à moi est à moi et ce qui est à toi est à discuter". C'est la démocratie des tunnels !

L’azuréen

A CHACUN SON BOULET...

Irene Said

"...les dangers qui guettent le pays sont tellement graves qu'il ne pourrait y resister..."
rien que ça de la bouche même du soi-disant chef de l'Etat libanais !

A quoi cela sert-il d'aller pleurnicher devant le président autrichien...qui lui doit bien se marrer ?

On se demande, après une telle déclaration, comment Michel Aoun continue de se laisser dicter les volontés du Hezbollah, dont le président sait parfaitement qu'il est 100% pro-Iran et n'agit que selon les directives de ce pays ?

Pour garder le fauteuil présidentiel, cela vaut-il la peine de sacrifier votre patrie le Liban, Monsieur Michel Aoun ?
Irène Saïd

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

ET TOUS S,EN FOUTENT SI LE PAYS FAIT FAILLITE... LEURS POCHES A EUX SONT BIEN GARNIES... LE PEUPLE Y SOUFFRIRA ! PLUS D,IRRESPONSABLES ET D,ABRUTIS SANS CONSCIENCE DU JAMAIS VU MEME DANS LE DERNIER ATOLL DU MONDE...

Saliba Nouhad

Allez, encore des palabres pour ne rien dire: c’est le carnaval d’hypocrisie collective et personne n’ose dire la vérité toute crue: le pays et sa décision nationale pris en otage par la milice Hezbollah!
Et le Président qui essaye des entourloupettes stériles en se disant solidaire du premier ministre juste pour se faire remettre à l’ordre par les sous-fifres de HN qui le visitent et tout est bloqué, et on tourne en rond sans que personne n’ose résister et prendre une décision patriotique pour sauver le pays!
Pour le reste, au fond, il n’y a rien qui presse: on se prépare pour passer la saison des fêtes en famille, dans la joie et le peuple se débrouillera pour survivre comme d’habitude.....

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