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Culture

Où va le cinéma libanais ?

Débat

Un débat, précédé par un documentaire, a été organisé au Salon du livre par la maison d’édition Rawiya au sujet du 7e art libanais.

15/11/2018

Qu’est-ce que le cinéma pour vous? Quel est son avenir au Liban et quels sont les expectatives et les défis ? Tels sont les points sur lesquels s’est articulé le débat au cours d’une table ronde à laquelle ont participé les réalisateurs Mounir Maasri et Philippe Aractingi, l’actrice-réalisatrice Nibal Arakji, le monteur-cinéaste Simon el-Habre ainsi que le réalisateur-plasticien Ahmad Ghossein. Interrogeant des cinéastes notoires du pays sur leur parcours personnel et leurs motivations, le documentaire projeté avant le débat tente d’articuler une vision du septième art au Liban et de son avenir. Si, pour le réalisateur Bahij Hojeij, qui vient de signer son dernier film Good Morning, le cinéma est « une maladie transmissible par le sang », un besoin irrépressible qui dicte à l’artiste sa mission, Philippe Aractingi, lui, auteur de plusieurs fictions et documentaires, l’envisage avant tout comme un moyen de « kidnapper l’imagination des spectateurs ». Le documentaire offre à voir quelques extraits des films qui ont marqué les cinéastes. D’une scène à l’autre, un portrait du cinéma libanais se profile, oscillant entre la nostalgie d’un Liban révolu et la quête d’une identité nouvelle. Au total, le cinéma libanais se définit comme artisanal et varié, en besoin criant d’aide financière et inexorablement lié au passé, à l’histoire et à l’identité libanais.


Au premier coup de couteau…

Au cours du débat, trois problématiques ont été abordées : l’accessibilité aux salles, l’exportation des films libanais et la censure. Aujourd’hui, avec une vingtaine de nouvelles sorties par semaine, la longévité d’un film en salle est décidée rapidement et brutalement : « Le couteau passe dès la fin de la première semaine, si ce n’est du premier jour », dit Philippe Aractingi. Il devient donc de plus en plus difficile d’attirer des spectateurs dans de petites salles pour voir des productions indépendantes, notamment à l’ère où le public non initié recherche du spectacle et du divertissement. Pour réussir, un film libanais tente de s’exporter à l’étranger. Mais, souligne Mounir Maasri, « ce que l’Occident attend du cinéma libanais, c’est un cinéma de guerre. Faire du drame, c’est ça qui marche ». Ainsi, les films du Liban qui traitent d’autres thèmes connaissent moins de succès à l’étranger. Quant à ceux qui se tournent principalement vers le public local, ils n’existent que sous la contrainte de la censure. « Je sais pertinemment qu’il y a des sujets que j’évite dès l’écriture », poursuit Philippe Aractingi. Un dilemme se pose donc, selon Simon el-Habre : soit faire un film pour l’étranger et donc sur la guerre, soit s’exposer à la censure des sujets politiques, religieux et relatifs à la sexualité.

Pour sortir de l’impasse, pour comprendre son avenir, le cinéma libanais doit avant tout achever sa quête identitaire. Si, pour Simon el-Habre, « on ne peut pas encore parler d’un cinéma libanais, mais d’un cinéma d’individus passionnés », Philippe Aractingi dépeint l’avenir par ce constat inexorable : « Quand nous serons un peuple, nous aurons un cinéma. C’est un processus d’identification qui, en parlant de notre multiplicité, nous aide à nous rapprocher. »

Au cours de la dernière décennie, la production cinématographique au Liban a bondi, avec une quinzaine d’œuvres par an contre une ou deux en 2005. Moteur principal de ce développement, le numérique permet aux jeunes cinéastes locaux de produire beaucoup malgré les pénuries de fonds. Ainsi, ils sont de plus en plus nombreux à rejoindre les rangs du septième art, ceux qui seront les auteurs de la définition de sa nouvelle identité propre.


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