X

La Dernière

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le cinéma libanais sans jamais le demander...

Vient de paraître
May MAKAREM | OLJ
15/12/2017

Vous cherchez à être incollable sur le cinéma au Liban, son histoire, son évolution, ses courants ? L'ouvrage de Raphaël Millet est indispensable pour savoir tout sur ce grand spectacle, depuis les films tournés à Beyrouth, en 1897, jusqu'à nos jours. Publié aux éditions Rawiya, préfacé par l'écrivain et critique Walid Chmait, le livre sera lancé ce dimanche 17 décembre à 17h00 au cinéma Empire-Sofil, en présence d'une brochette d'acteurs et de réalisateurs.

Films militants ou de science-fiction, comédies musicales ou documentaires, à travers 464 pages, Raphaël Millet embarque le lecteur au cœur de l'aventure cinématographique au Liban, qui a débuté en 1897 avec les premiers films tournés à Beyrouth, pour le compte des frères Lumière, et les bandes d'actualité Gaumont et Pathé. Mais l'ouvrage ne se résume pas aux films, à leurs réalisateurs et producteurs, ni se réduit aux acteurs et aux différentes tendances prises par le cinéma libanais. Millet nous plonge dans l'univers des distributeurs et des exploitants, et met en lumière les films étrangers tournés au Liban ainsi que le rôle des Libanais dans l'industrie cinématographique, comme Georges Abyad ou Assia Dagher. Née au début du XXe siècle à Tannourine, au nord du Liban, elle a été l'une des figures les plus actives et les plus influentes du monde de la production en Égypte.

Remarquablement illustré, l'ouvrage, bilingue anglais/français, reconstitue la mémoire des premiers temps du cinéma, de son âge d'or, de sa survie pendant la guerre, sans oublier tout ce qui se passe aujourd'hui dans le bouillonnant microcosme libanais. Dans ces grands chapitres, s'entremêlent des approches thématiques, des analyses critiques, ainsi que des films et des faits « souvent oubliés depuis longtemps, rejetés dans un coin ou considérés avec dédain sans raison particulière ». Le panorama du 7e art local est complet. Il associe une documentation quasi exhaustive, émaillée d'une iconographie souvent inédite dont la recherche et la découverte ont représenté parfois un véritable exploit, à l'instar d'une collection ébouriffante de tickets de cinéma depuis le début des années 50.

 

Miss Liban 1930
Diplômé des études filmiques de la Sorbonne, ancien membre du comité de sélection de la Biennale des cinémas arabes à l'Institut du monde arabe et auteur de plusieurs ouvrages, dont Cinémas de la Méditerranée et Cinémas de la mélancolie, parus chez L'Harmattan, Raphaël Millet a lu une masse de documents et visionné des centaines de courts et longs-métrages afin de relater l'histoire du cinéma libanais. Sa première rencontre avec ce cinéma a été Hors la vie de Maroun Baghdadi, « qui me fit très forte impression », mais c'est Beyrouth fantôme, de Ghassan Salhab, qui a été le film déclencheur, éveillant en lui une curiosité pour le cinéma libanais et le Liban.

On apprend ainsi, entre autres, que comme partout ailleurs dans le monde, Beyrouth a croisé l'histoire des frères Lumière, dont les opérateurs ont sillonné le Levant pour y tourner des images. En 1897, revenant d'un séjour en Égypte, Alexandre Promio tourne deux films, l'un place des Canons et l'autre à Souk Abou el-Nasr. D'autres opérateurs suivront au début du XXe siècle. Ils sont chargés par Gaumont et Pathé de tourner de petits films d'actualité. Ces sociétés avaient décidé dès 1896, soit un an après l'invention du cinéma, de présenter les newsreels du monde entier avant la diffusion d'un film. Une pratique qui a marqué plusieurs générations d'amateurs de cinéma, un peu comme le pop-corn ! Des bandes d'actualité ont été ainsi tournées dans la vieille ville de Beyrouth (1900) et à Baalbeck (1913 et 1914) ; d'autres, datées des années 20, montrent les troupes françaises, le général Gouraud, l'émir Fayçal en visite au Liban, ainsi qu'un reportage de 37 minutes sur Beyrouth, son port et ses douanes, le souk, la corniche, l'écrivain public et ainsi de suite. Une autre bande d'actualité (numéro 3118 de la série E du catalogue Gaumont) intitulée Miss Liban 1930, présente une Libanaise (vraisemblablement Laila Zoghbi, Miss Liban cette année-là) lors d'un concours de beauté.

Impossible de donner ici une liste exhaustive des films évoqués par l'auteur, mais on ne peut pas manquer d'évoquer l'italien Giordano Pidutti, considéré comme le pionnier du cinéma libanais. Cet ancien chauffeur de la famille Sursock a produit les premiers longs métrages locaux : Les Aventures d'Élias Mabrouk (1930) et Les Aventures d'Abou el-Abed (1932). Deux films muets, dont les copies ont disparu depuis longtemps.

 

« Sous les ruines de Baalbeck »
Peu savent, aussi, que Sous les ruines de Baalbeck est le premier long métrage parlant libanais, mais aussi le premier entièrement « produit, filmé, et développé à Beyrouth », en 1936. Il est l'œuvre de Lumnar Film, société fondée par Herta Gargour, l'épouse d'origine allemande du représentant des voitures Mercedes-Benz au Liban et au Proche-Orient. Coréalisé par Giulio de Luca et Karam Boustany, il a été distribué dans les pays arabes, et six de ses copies ont été vendues à l'international. On retrouve aussi un nom tombé aux oubliettes, celui du réalisateur Ali al-Ariss, dont les films La Vendeuse de fleurs (1943) et Kawkab, princesse du désert (1946), sont classés parmi les premiers longs métrages réalisés par un Libanais. Et on se souvient, avec le sourire, d'un autre pionnier dont la carrière a débuté dans les années 1950 : Georges Nasser. Il est le premier réalisateur à avoir représenté officiellement le Liban au Festival de Cannes en 1957 avec Vers l'inconnu.

 

L'Empire Cattan-Haddad
Reste toutefois une controverse entre historiens et critiques sur la question de la première salle de cinéma ouverte à Beyrouth. Mais selon l'auteur, la Fleur de Syrie (Zahrat Suriya), inaugurée en 1909, est sans doute « le premier lieu préexistant converti en salle de projection, et le Chef d'œuvre (1919), le premier cinéma construit en tant que tel ».

Le développement des salles prend son essor à partir de la fin des années 20 et au début des années 30 : l'Opéra (aujourd'hui le Virgin Megastore) est dessiné par l'architecte Bahjat Abdelnour ; le Roxy est conçu dans un style Art déco par l'architecte Élias Murr en 1932 ; le Dunia, à al-Bourj ; le Cosmographe, sur la place des Martyrs, et l'Empire (1926), place Debbas, où sera projeté en 1929 Love Parade, le premier film parlant d'Ernst Lubitsch, avec Maurice Chevalier dans le rôle principal. À cette même époque est né le partenariat entre Georges Haddad et Nicolas Cattan, premiers et principaux exploitants des salles de cinéma. Au début des années 1940, leur société, qui dominait la majeure partie du secteur, possédait en Syrie et au Liban 36 cinémas, opérant sous les enseignes Empire, Majestic ou Royal. Leur association allait durer trente-sept ans, jusqu'à la mort de Georges N. Haddad en 1956.

 

Beyrouth, encore et toujours
D'autre part, la liste des films qui portent le nom de Beyrouth est impressionnante : Beyrouth 011 (1966), d'Antoine Rémy, est l'indice le plus ancien que l'auteur ait trouvé de cette « obsession de Beyrouth » ; Beyrouth, oh Beyrouth (1975), de Maroun Baghdadi, se présente comme « une élégie à cette ville au bord du gouffre » ; Beyrouth, jamais plus (1976) est le premier des nombreux films de Jocelyne Saab à s'intéresser à la capitale ; Beyrouth, la rencontre (1981), de Borhane Alaouié, est « un des plus importants films tournés pendant la guerre civile, témoignant de l'ampleur de la destruction subie par la ville » ; et Beyrouth fantôme (1998), de Ghassan Salhab, et West Beyrouth (1998), de Ziad Doueiri, sortis presque simultanément, ont obtenu une réelle reconnaissance internationale. « Ils restent des références importantes dans l'histoire du cinéma libanais », dit Raphaël Millet. Sans oublier Beyrouth après rasage (2005), de Hany Tamba, primé aux césars en 2006 ; Chroniques de Beyrouth : vérités, mensonges et vidéo (2006), un important documentaire de Mai Masri ; Beyrouth ville ouverte (2008), de Samir Habchi ; Beirut, Truth and Versions (2009), un moyen format documentaire de Lara Saba, ou encore Beyrouth Hôtel (2011), de Danielle Arbid.

Qui a dit qu'on ne pouvait pas connaître un pays, ses habitants, ses forces et ses faiblesses en rencontrant son cinéma ? L'essentiel ouvrage de Raphaël Millet en est une preuve, qu'il faut tendrement préserver au cœur de toute bibliothèque amoureuse du Liban.

 

Lire aussi

Donner un coup de pouce au cinéma alternatif

À la une

Retour à la page "La Dernière"

Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

Dernières infos

Les + de l'OLJ

1/1

Les articles les plus

x

Pour enregistrer cet article dans votre dossier personnel Mon Compte, vous devez au préalable vous identifier.

6

articles restants

Pour déchiffrer un Orient compliqué