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Culture

De l’écriture jusqu’à l’écran : quand le cinéma libanais se retrousse véritablement les manches...

Événement

Qu’est-ce que la Beirut Cinema Platform, à quoi sert-elle, et comment le 7e art libanais et arabe ne devrait plus s’en priver...

22/03/2018

Les associations Beirut DC et Fondation Liban Cinéma ont lancé conjointement la 3e édition de la Beirut Cinema Platform (BCP). Une plate-forme cinématographique qui réunit les cinéastes indépendants arabes et les professionnels de l’industrie internationale, afin d’encourager les coproductions, collaborations et autres partenariats. Le BCP voit réunies sous un même toit les activités de ces deux associations, auxquelles se joint également Metropolis. Une opération choc qui suit le cheminement du film dès son écriture jusqu’à sa sortie au grand écran. Autour de cette plate-forme de cinéma, qui rassemble ces trois associations, gravitent des activités et événements parallèles organisés par chacune d’elles, dans l’intérêt du cinéma arabe en général, libanais en particulier. Quelles sont ces cellules cinématographiques ? Quelle est leur mission ? Et que proposent-elles? Voici des éléments de réponse pour tenter de mieux connaître ce BCP et mieux comprendre les dessous de cet événement qui démarre ce soir, avec la projection de La belle et la meute.


Beirut DC 

Qui est-ce ? Fondée en 1999, Beirut DC est une association culturelle créée pour soutenir et défendre le cinéma indépendant libanais et arabe. Parmi ses membres fondateurs, Zeina Sfeir, Jad Abi Khalil et Éliane Raheb, entre autres. 

Quels sont ses objectifs ? À travers des activités ciblées pour des professionnels et pour de jeunes amateurs, et qui pivotent autour de la production, la promotion et les ateliers créatifs, Beirut DC tente d’utiliser le cinéma comme outil de changement de nos sociétés arabes et de répondre aux besoins du métier. L’association, efficace et dynamique, a pu offrir au fil des années une plate-forme créative et libre de toute censure, qui a produit plus de 15 courts-métrages et documentaires, un festival incontournable pour les cinéastes arabes (Ayam Beirut al-cinema’iya) et un réseau de plus de 3 000 professionnels de cinéma dans le monde. 

Intervention dans la BCP. Jad Abi Khalil, une des chevilles ouvrières du BCP, explique comment est née cette plate-forme. « Cela fait longtemps que chaque association organise des ateliers individuels. Il fallait trouver un espace commun où les participants peuvent se mettre en contact avec des partenaires (producteurs, distributeurs, programmateurs de festivals) qui réaliseraient leur rêve jusqu’au bout. Il était également nécessaire que cette plate-forme comprenne toutes les étapes d’un film, du développement à la production et la postproduction. Comme il est coûteux de s’occuper de la production, nous nous sommes concentrés sur les deux autres volets. Quinze projets de pays arabes (films en développement et travaux en cours, entre fiction et docus) ont été choisis. Trente-cinq producteurs, programmateurs et festivals étrangers ont été invités aux côtés des 35 autres professionnels du cinéma libanais. Le but est d’assurer la liaison entre ces producteurs arabes (la nationalité est une condition primordiale) avec des partenaires potentiels – distributeurs ou autres producteurs étrangers. » 

« Nous remarquons que d’année en année, la qualité des projets libanais devient meilleure, poursuit le directeur de BCP. Ce qui est particulier pour cette édition, c’est qu’elle est chargée d’activités parallèles qui peuvent être divisées en deux. Celles, d’abord, proposées par les trois associations, mais aussi d’autres, venues se greffer à la BCP. Il y a celles de DOX BOX, une institution établie en Allemagne et qui travaille depuis deux ans sur le documentaire arabe. Ses représentants seront à Beyrouth pour dévoiler le résultat du travail effectué en une rencontre avec les gens intéressés par le cinéma documentaire. »

« La seconde collaboration dont nous ne sommes pas les organisateurs est The Beirut Good Pitch Workshop. Il s’agit là aussi d’un pitch pour les films documentaires qu’organise une association nommée Docs Society, basée à Londres. Leur démarche consiste à créer de l’audience autour d’un film, non à sa sortie, mais dès son pitch, c’est-à-dire son écriture. Les organisateurs seront présents pour une journée de repérages et voir par la suite s’ils peuvent appliquer ce format, très réussi partout dans le monde, à Beyrouth. Ces deux projets séparés sont un bon indicateur pour le Liban, puisqu’ils ont choisi le BCP afin de lancer leur événement. Ce qui signifie que la plate-forme commence à avoir une reconnaissance mondiale. »

« Nous signalons également, dans le cadre de BCP, la présence de coopérations nouvelles qui sont à titre industriel. Ainsi, le Festival de Karlovy Vary, qui est de catégorie A, s’ouvre cette année vers le monde arabe d’une manière plus organisée. Le festival aura une programmation arabe qu’il sera ravi d’annoncer à la BCP. Ceci dit, il ne faut pas oublier les anciennes collaborations, durables, que ce soit avec le service public comme IDAL (grand partenaire de la Fondation Liban Cinéma), ainsi que les représentants des ambassades, notamment l’Union européenne. Mais également celles, étrangères, comme Doha, qui contribuent chaque année à offrir des prestations pour aider le cinéma libanais. Même s’il ne s’agit pas d’aides financières, certains soutiens tendent à encourager la marche d’un film en offrant soit un prix pour le développement, une participation à l’extérieur, ou encore des prix techniques, comme le son et le coloring. »


(Pour mémoire: Ziad Doueiri fait entrer le cinéma libanais dans l’histoire)


La Fondation Liban Cinéma 

Qui est-ce ? La Fondation Liban Cinéma, fondée en 2003 et dirigée depuis 2011 par Maya de Freige, joue un rôle prépondérant et efficace dans le secteur audiovisuel libanais à travers son soutien au développement d’une industrie cinématographique libanaise compétitive, et à la promotion du Liban en tant que centre international de production et de postproduction. 

Quels sont ses objectifs ? Depuis son mandat de conseillère du ministre de la Culture et de vice-présidente du comité du cinéma, Maya de Freige n’a cessé d’œuvrer afin de promouvoir le secteur culturel, plus particulièrement l’audiovisuel, à plusieurs niveaux : 

– En développant l’industrie cinématographique au Liban à travers l’organisation annuelle d’ateliers et de séminaires spécialisés à l’intention des cinéastes, ainsi que dans le développement de fonds libanais pour le soutien et l’investissement dans la production des films.

– En facilitant la production locale par le lancement d’une base de données sur le paysage audiovisuel libanais au Liban et à travers l’étranger, et par la mise à disposition des informations liées à la production, ainsi que la facilitation des procédures administratives auprès des organismes publics. 

– En faisant du Liban une destination de tournage et un centre de production, par l’organisation d’événements et par la participation à des festivals internationaux. Par la mise en place, aussi, de réseaux de professionnels locaux avec les professionnels internationaux. Et par l’encouragement des autorités à élaborer une politique publique en faveur de la production. 

– En préservant le patrimoine audiovisuel par la numérisation des archives publiques et privées, et la mise à portée de ces archives par les autres cinéastes. 

Intervention dans la BCP. Coorganisatrice de BCP, Maya de Freige dévoile son intervention sur cette plate-forme : « Au nombre des activités qu’organise la FLC, il y a l’atelier d’écriture de scénario, né il y a 7 ans et qui prend un essor croissant, puisqu’on travaille sur plusieurs copies successives d’écriture, tout en prenant soin de la qualité du travail. Seize projets ont été présentés cette année et nous en avons retenu quatre. La première séance d’écriture a déjà été effectuée en janvier et la seconde a lieu actuellement en présence de deux experts, du Canada et de la France. Je tiens à préciser que les quatre projets qui ont été travaillés l’an dernier ont eu des parcours très louables, entre la Cinéfondation à Cannes ou Zeotrop (société de production de Coppola) notamment, même que l’un d’eux a trouvé son producteur à la BCP. Nous sommes en train de travailler sur toute la chaîne du film. Il ne manque que l’étape du financement qui est plus compliquée que les autres, mais nous sommes confiants de pouvoir y arriver un jour... Par ailleurs, la FLC signe une autre collaboration avec l’association Film Independant. C’est la seconde année que cette association vient au Liban et organise un atelier du nom de Global Media Makers Workshop, pour tenter de procurer les outils et les conseils nécessaires au réalisateur/producteur afin qu’il sache distribuer son film en Amérique. Elle s’intéresse aux moyens de faire rentrer le film arabe sur le marché américain. » 


(Pour mémoire: Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le cinéma libanais sans jamais le demander...)


Metropolis 

Qui est-ce ? Créée en 2006, l’association Metropolis, dirigée par Hania Mroué, est un organisme à but non lucratif qui a pour mission de défendre et promouvoir le cinéma dans tous ses genres et formes. L’association programme, dans les deux salles de l’Empire Sofil, rétrospectives, cycles de films, festivals réguliers (Écrans du réel et Beirut Animated), ainsi que des collaborations avec des prestigieuses institutions comme La Berlinale Talents, la Semaine de la critique, La Biennale de Venise ou la chaîne Arte. Le cinéma Metropolis accueille ainsi de grands événements, comme les Journées cinématographiques de Beyrouth et le Festival du cinéma européen. Elle s’intéresse également au jeune public, avec son programme Tous au cinéma et le Metropolis Youth Festival, et les talents et professionnels de la production cinématographique du monde arabe avec Talents Beiruts. 

Quels sont ses objectifs ? Ils s’articulent sur plusieurs axes : 

– Promouvoir et soutenir les films indépendants, libanais, arabes et internationaux. 

– Inciter le jeune public à découvrir le cinéma grâce à des programmes spécifiques. 

– Établir une programmation riche et variée avec des partenaires locaux et internationaux. 

– Favoriser l’accès au Cinéma pour tous. 

Intervention dans la BCP. « Comme nous travaillons du script à l’écran, signale Hania Mroué, Metropolis s’est intéressée cette année au dernier maillon du film, le plus faible : la distribution. Comment faire parvenir le film à son audience, qu’elle soit libanaise ou arabe ? C’est un problème sur lequel nous nous sommes rarement penchés. C’est une étape de la vie d’un film qui nous a semblé bancale, car il y a peu de prise de conscience à ce sujet, surtout dans cette partie du monde. Certes, le Liban ne manque pas de distributeurs, mais ceux-ci ne sont pas intéressés par le cinéma d’auteur ou indépendant. Ils ne sont intéressés que par les films commerciaux. Nous invitons donc Locarno Academy à donner une session intensive pour les jeunes, désireux de se spécialiser dans la distribution ou dans la vente internationale (celle qui ne comprend pas seulement la région du MENA), et qui est presque inexistante dans le monde arabe. » 

« Jusqu’à présent, un film, s’il avait la chance d’accéder à un festival de classe A, pouvait trouver un vendeur international, principalement européen. Ou bien d’une façon plus amateure encore, le réalisateur et le producteur avaient l’habitude d’assurer à eux seuls le démarchage dans les festivals. Locarno Academy offre l’occasion aux Libanais qui veulent se lancer dans la distribution d’en connaître bien les règles et les rouages. »

Ce projet, initié par le Festival de Locarno, invite les experts, qui sont d’ailleurs ravis de venir assister à plusieurs événements à la fois, à encourager la distribution des films d’auteur et indépendants. « Nous avons douze participants du monde arabe, dont cinq libanais, avec comme seule condition d’admission la motivation pour le travail. C’est un travail de longue haleine, qui un jour donnera des fruits. »Par ailleurs, nous rappelons que le réseau NAAS, qu’on a créé il y a quelques années, et quoique pas assez visible, poursuit tranquillement son bout de chemin. Il comprend une chaîne de petits distributeurs et exploitants du monde arabe, et réussit à assurer la circulation de ce film indépendant. La dernière séance de Locarno Academy sera donc organisée en présence de NAAS, une sorte de table ronde pour mettre les enjeux en question et résoudre les problèmes de cette distribution. »


Quatre jours, quatre films

Enfin, Zeina Sfeir, programmatrice de Beirut Cinema Screenings dans le cadre de la BCP, assure que « cette plate-forme est un signe de bonne santé du cinéma libanais, puisqu’elle en devient l’adresse et la vitrine à la fois. Et pour bien montrer cette vitrine, nous avons choisi de projeter quatre films, au cinéma Metropolis : La belle et la meute de Kaouthar Hannya, qui a fait l’ouverture d’Un certain regard à Cannes ; The Blessed de Sophia Djamma, qui a fait la première du Festival de Venise ; Panoptic de Rana Eid, et, pour clôturer les projections, le film d’Anne Marie Jacir, Wajib. Ces projections sont la réponse à tout le travail effectué en commun relatif à la chaîne du film. 




Pour mémoire

« Le talent d’abord, mais aussi la discipline, le travail et la niaque »

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