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Liban

Entre dérobades et langue de bois, le nœud sunnite reste entier

crise

Le Hezbollah continue de soutenir ses alliés, mais dit ne pas vouloir négocier à leur place.

09/11/2018

Si personne ne sait exactement quelle forme prendra le dénouement final du blocage gouvernemental au Liban, ni quand il pourra avoir lieu, les signes avant-coureurs d’un déblocage étant presque inexistants à ce jour, une constante est toutefois à retenir : aucun des protagonistes n’a intérêt à ce que le blocage perdure. Interrogé par L’Orient-Le Jour sur le point de savoir jusqu’où irait le Hezbollah dans le soutien aux députés sunnites antihaririens, dont il réclame la représentation au sein du gouvernement contre l’avis du Premier ministre désigné, mais aussi du chef de l’État, un responsable du Hezbollah a éludé à plusieurs reprises la réponse, se contentant de répéter, comme son parti le fait depuis la résurgence de ce nœud, que « le problème ne se trouve » pas chez lui. Il a ajouté que, de toutes les façons, cette affaire ne valait pas tant de peine et que lui-même restait optimiste à cet égard.

Ayant pris fait et cause pour la défense des sunnites de son camp, le Hezbollah a continué à démonter toutes les thèses avancées par ses adversaires politiques et par de nombreux analystes qui ont vu un lien de cause à effet entre la « résurgence » du nœud des sunnites antihaririens et le contexte international de plus en plus « défavorable » au parti chiite, notamment au lendemain de l’adoption des sanctions américaines, contre lui d’abord, puis contre son allié stratégique, l’Iran.


(Lire aussi : Aoun ne signerait pas le décret de formation d’un gouvernement qui comprendrait un sunnite prosyrien)


Dans les milieux du parti chiite, on estime que le parallélisme établi entre les sanctions iraniennes et la formation du gouvernement ne relève d’aucune logique. « Avant la formation du gouvernement et alors que l’on se trouvait en pleines tractations, on s’évertuait à dire que le Hezbollah est pressé de voir le gouvernement formé parce qu’il craint les sanctions qui allaient le viser. Aujourd’hui, c’est l’avis contraire qui circule, à savoir que le parti ne veut pas de gouvernement à cause des sanctions. Il faudra bien que les analystes se décident un jour », ironise un responsable du parti chiite, qui a voulu garder l’anonymat.

Talal Atrissi, un professeur d’université proche du parti, rappelle à son tour que les sanctions avaient été annoncées il y a plus de cinq mois par l’administration américaine. Selon lui, le Hezbollah en était conscient et s’y était préparé. « Il n’avait pas besoin pour autant d’inventer le nœud sunnite. Mais admettons que cela soit vrai et que le Hezbollah veuille véritablement bloquer la formation du gouvernement à cause des pressions régionales, en quoi cela peut l’aider dans le contexte des sanctions ? » s’interroge-t-il.

Le second argument que M. Atrissi met en avant est le fait que le Hezbollah a dès le début revendiqué le ministère de la Santé, un portefeuille de services par excellence, qu’il pourra mettre au profit de sa base électorale notamment. « S’il est vrai qu’il bloque le gouvernement, comment pourra-t-il justifier cela devant son public ? » s’interroge encore le professeur.

Le Hezbollah ne lâche pas prise pour autant et continue de défendre, ouvertement et de manière soutenue, ce qu’il considère être le droit des sunnites du 8 Mars à être représentés.

Pour le parti chiite, c’est toute la logique de la représentation unilatérale des sunnites par le courant du Futur qui est rejetée. « Si l’on accepte le principe selon lequel le CPL et les FL représentent 90 % de la rue chrétienne, que Amal et le Hezbollah représentent également près de 90 pour cent des chiites, pourquoi refuse-t-on d’appliquer ce principe au sein de la communauté sunnite ? » se demande le responsable du parti chiite.

Ce dernier dément catégoriquement les allégations selon lesquelles le soutien exprimé par le Hezbollah à la cause des sunnites du 8 Mars est « soudain et circonstanciel », le parti chiite ayant été accusé par ses pourfendeurs de sortir cette « ultime carte » en vue de bloquer la formation du cabinet.


(Lire aussi : Entre Aoun et Hariri, il y a plus que des intérêts politiques, le décryptage de Scarlett Haddad)


Le Hezbollah avait dès le départ prévenu le président et le Premier ministre de la nécessité de prendre en compte sérieusement cette question, sauf que les nœuds dits chrétien et druze avaient pris le dessus sur tout autre considération, la représentation sunnite ayant été « reléguée au second plan ou peut-être occultée », affirme-t-on de source proche du parti chiite.

Qassem Kassir, un autre analyste proche du Hezbollah, qui confirme que la requête des sunnites antihaririens était dès le départ sur la table des pourparlers, estime toutefois le parti chiite a commis « une erreur tactique durant les négociations ». « Le problème est que le parti n’a pas voulu au départ régler cette question en public. » Selon lui, des responsables du parti reconnaissent aujourd’hui avoir opté pour un mauvais choix, celui d’attendre que les nœuds chrétien et druze soient résolus en premier pour passer ensuite à la représentation sunnite du 8 Mars.

Hier, le secrétaire général adjoint du parti, le cheikh Naïm Qassem, a rejeté la responsabilité du blocage sur le Premier ministre désigné, lui demandant une nouvelle fois d’intégrer dans son équipe un ministre sunnite qui ne lui soit pas affilié. Le numéro 2 du parti chiite a toutefois nuancé la position de sa formation politique en affirmant que ce n’est pas le Hezbollah qui réclame que les six députés sunnites soient représentés. « Ce sont eux qui le revendiquent », a-t-il dit dans ce qui est apparu être comme une tentative du Hezbollah de se mettre au second plan, sans que l’on puisse s’attendre à ce que les autres protagonistes prennent cette tentative au sérieux.

C’est dans cette optique qu’il faut interpréter la visite effectuée hier par les six députés sunnites antihaririens auprès du mufti de la République, Abdellatif Deriane, pour faire valoir leur cause. Ces derniers ont indiqué à l’issue de cette rencontre avoir demandé un rendez-vous au chef de l’État, Michel Aoun, se disant même disposés à s’entretenir avec le Premier ministre, Saad Hariri, « si ce n’est à Beyrouth, à Paris même », comme le rapporte notre correspondante Hoda Chédid.

Si le Premier ministre est resté à ce jour sourd à la requête des sunnites prosyriens, dans les milieux proches de son courant on persiste et signe que ce n’est pas à Saad Hariri de résoudre ce nœud, mais bien plutôt à ceux qui l’ont créé. Réagissant en fin de journée aux déclarations du cheikh Naïm Qassem, une source au sein du courant du Futur a estimé que « la balle n’est pas dans le camp de Saad Hariri, mais dans celui des saboteurs », soulignant que « tous les Libanais savent qui sont les responsables de ce sabotage ». Le Premier ministre désigné a accompli « sa mission d’arrondir les angles », a-t-on ajouté de même source.


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Eleni Caridopoulou

Maître chanteur le Hezbollah , il aime bien l'Iran et la Syrie, quel honte

IMB a SPO

Yaani, ils laisseront Saad Hariri comme premier ministre a condition qu'il soit une marionette.....Merci ya Hezb!

ACE-AN-NAS

Entre dérobades et langue de bois, le nœud sunnite reste entier.

SUNNITE DONC ? vous avez bien dit sunnite .
les mots ont un sens .

Et l'esprit déraisonne.

gaby sioufi

AMIS LECTEURS ,
LIBANAIS PURS ET DURS,
OYER LES HIZBOLLAHIS EST ABOUTIR A LA SEULE VERITE ( si on en doute encore)
MAITRES DU JEU , SEULS EUX LE SONT.
CHEMISES NOIRES OU TEINTEES D'ORANGES LEURS SEULES ARMES TOUTES INNOCENTES,
NOUS GUIDERONT J'USQU'A LA FIN VERS LA DIVINITE D'UN SYSTEME POLITIQUE HONNI PAR NOUS,
REMERCIONS EN CELA LES AUTRES POLITIQUES HONORABLES QUI SE DISENT GOUVERNER.

Irene Said

Merci, Hezbollah, parti "résistant" de toutes ses forces divines pour que le Liban ne soit pas un Etat indépendant et souverain, et de l'avoir vendu à vos commanditaires iraniens et syriens !

Merci, Monsieur Moh. Fneich, de bien travailler dans votre ministère, avec les excellents résultats évoqués dans un autre article de ce journal...quand vous n'organisez pas ce que vous tous, responsables du Hezbollah, savez le mieux faire:
des réunions de bla-bla isipides et surtout inutiles pour le Liban !
Irène Saïd

Tina Chamoun

Et si l'on s'essayait au noeud de bracelet brésilien porte-bonheur histoire de dénouer tous ces noeuds ?

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LES SABOTEURS SONT BIEN CONNUS. LEUR BUT EST DE FAIRE PERDRE AU PAYS LES DONS ET LES INVESTISSEMENTS DE LA CEDRE POUR L,AFFAIBLIR ET Y FACILITER LEUR MAINMISE EN RISQUANT SON ECONOMIE ET SON DEVENIR !

Yves Prevost

"c’est toute la logique de la représentation unilatérale des sunnites par le courant du Futur qui est rejetée"... et celle de la représentation unilatérale des chiites par le Hezbollamal?

Zovighian Michel

Le Hezbollah veut ôter la minorité de bloquage au tandem CPL-President (onze ministères). Soit le President rend un ministère aux FL soit il prend un ministre Sunnite indépendant dans sa quota.

Saliba Nouhad

Mais quelle logique de l’absurde de ces messieurs du Hezbollah qui prennent un peu les gens pour des imbéciles:
- donc maintenant, un parti chiite pur-sang veut prendre la défense de la communauté sunnite pour des raisons bidons de représentation balancée...
Ils parlent d’un groupe hétéroclite de dinosaures sunnites sans saveur ni odeur et en plus d’obédience pro-syrienne par opportunisme simple et qui ne représentent qu’eux-mêmes...
- de plus, ils veulent nous faire croire que le blocage actuel n’a rien à voir avec les sanctions américaines et la situation régionale?
Mais c’est sûr qu’ils laissaient faire Hariri à défaire les soi-disant noeuds FL et Druze, mais quand ils ont réalisé que les ententes conclues ne faisaient plus leur affaire concernant leur mainmise sur la décision nationale, ils sortent le lapin de leur chapeau avec cette requête sunnite: message simple pour le premier ministre: on t’a laissé faire, mais là ça ne va plus. Soit tu fais comme on veut, sinon blocage garanti et, au point où en est, on n’a plus rien à perdre: chantage cynique évident!

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