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Société - guerre au liban 2026

« Nous ne pouvons plus accéder à nos terres » : le cri d’alarme d’agriculteurs à Tyr

Plusieurs villages de cette région du Liban-Sud, notamment Abbassiyé et Bourj Chemali, ont reçu un ordre d’évacuation vendredi. Les cultures sont désormais abandonnées.

« Nous ne pouvons plus accéder à nos terres » : le cri d’alarme d’agriculteurs à Tyr

Une vue des champs de Ramzi Chamout dans le village de Abbassiyé (Tyr), prise il y a quelques semaines. Photo envoyée par l'agriculteur

À l’autre bout du fil, la voix de Ramzi Chamout est fatiguée. Pour cet agriculteur de la région de Abbassiyé (caza de Tyr), l’ordre d’évacuation publié vendredi matin par le porte-parole arabophone de l’armée israélienne, accompagné d’une carte englobant son village, a été un coup de massue.

« Nous avons essayé tant bien que mal de continuer à cultiver nos terres, mais il y a trois jours, un de mes ouvriers syriens a été ciblé alors qu’il se déplaçait à moto. Il a été tué et sa femme blessée. Depuis, les ouvriers sont trop effrayés pour se rendre aux champs. Aujourd’hui, après cet ordre d’évacuation, tout est perdu », se lamente-t-il.

Adel Yacoub, son voisin, a lui aussi perdu des collaborateurs dans les bombardements. « Mon principal gérant a été tué avec sa femme lors d’une frappe sur l’une de mes terres il y a quatre jours », dit-il. « Du pont de Qasmiyé et plus au sud, on peut dire que les gens risquent leur peau tous les jours pour travailler. »

Depuis la reprise des combats entre Israël et le Hezbollah, le 2 mars, et malgré la trêve en vigueur depuis le 17 avril, Tel-Aviv a maintenu sa pression militaire au Liban-Sud. Pour les agriculteurs, cet arrêt de travail est catastrophique. « Lors des premiers mois de cette guerre, nous avions peu besoin d’intervenir puisque la saison de pluie a tardé, mais à partir de juin, il faudra commencer à irriguer nos champs. Comment le faire dans ces conditions ? » se désole Adel Yacoub. « Si nous n’arrivons ni à planter et ni à irriguer, c’est la production écoulée à partir d’octobre qui ne sera pas disponible sur les marchés », affirme Ramzi Chamout, qui cultive principalement des agrumes et des bananes.

Contacté, le ministre de l’Agriculture, Nizar Hani, indique qu’« un processus a été mis en place avec l’armée libanaise pour sauver ce qui peut l’être ». « Nous avons désigné des points focaux pour les ruches, le bétail et les champs agricoles », explique-t-il, précisant que des milliers de ruches et de têtes de bétail ont déjà été relocalisées. Concernant les cultures, « cela se fait au cas par cas ».

« Nous avons déjà engagé un processus qui pourrait permettre aux cultivateurs du Wazzani (Marjeyoun) de récolter leur blé le mois prochain. Nous essayons de répondre aux besoins spécifiques des uns et des autres, leur avançant entre autres des sommes d’argent, mais les conditions d’intervention sont extrêmement difficiles », souligne-t-il.

« J’ai peur de me retrouver réfugié dans mon propre pays »

Pour les deux agriculteurs de Abbassiyé, la catastrophe économique à venir demeure considérable. « Une saison ratée représente pour moi des centaines de milliers de dollars de pertes », assure Ramzi Chamout. Il ajoute que sept familles dépendent exclusivement de son affaire pour vivre, sans compter les saisonniers. Pour Adel Yacoub, « il faut s’attendre à une famine à venir si personne n’intervient, car ces milliers d’ouvriers dans l’agriculture sont des journaliers, et pour beaucoup, ne pas travailler chaque jour est une tragédie. » Lui-même estime que « si la guerre se termine aujourd’hui, j’aurai 30 % de pertes ; si elle se prolonge, ce sera la catastrophe ».

Le Liban-Sud constitue l’une des principales régions agricoles du pays, notamment pour les agrumes, les bananes, les avocats, le blé et le tabac. Depuis le 2 mars, le ralentissement des cultures se fait déjà sentir sur les marchés, tant sur les quantités disponibles que sur les prix. Au-delà des pertes économiques, une autre peur grandit chez les habitants déplacés : celle de ne jamais retrouver leur terre. Les déclarations israéliennes sur la création d’une « zone tampon » au Liban-Sud leur font craindre le pire.

« J’ai peur de devenir réfugié dans mon propre pays », lâche Ramzi Chamout. Il ne vivait déjà plus à Abbassiyé, mais continuait à s’y rendre chaque jour avant l’ordre d’évacuation de vendredi. Adel Yacoub, lui, a quitté son village quelques heures plus tôt seulement. « J’ai regardé mes champs en partant, et j’ai eu le sentiment que je leur faisais mes adieux. »

À l’autre bout du fil, la voix de Ramzi Chamout est fatiguée. Pour cet agriculteur de la région de Abbassiyé (caza de Tyr), l’ordre d’évacuation publié vendredi matin par le porte-parole arabophone de l’armée israélienne, accompagné d’une carte englobant son village, a été un coup de massue.« Nous avons essayé tant bien que mal de continuer à cultiver nos terres, mais il y a trois jours, un de mes ouvriers syriens a été ciblé alors qu’il se déplaçait à moto. Il a été tué et sa femme blessée. Depuis, les ouvriers sont trop effrayés pour se rendre aux champs. Aujourd’hui, après cet ordre d’évacuation, tout est perdu », se lamente-t-il.Adel Yacoub, son voisin, a lui aussi perdu des collaborateurs dans les bombardements. « Mon principal gérant a été tué avec sa femme lors d’une frappe sur...
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