L’édito de Michel TOUMA

La tempête et le roseau

L’édito
Michel TOUMA | OLJ
06/11/2018

Le prétexte est cousu de fil blanc et il ne trompe personne. Cette obstination du Hezbollah à inclure au gouvernement un sunnite du défunt 8 Mars a visiblement pour but d’affaiblir d’entrée de jeu le Premier ministre désigné Saad Hariri. De quoi enfoncer encore plus le clou et profiter des ondes de choc provoquées par l’affaire du meurtre de Jamal Khashoggi. La manœuvre du parti pro-iranien est sur ce plan habile : il a tenu en effet à souligner que la position critique et cinglante adoptée par le président Michel Aoun au sujet de l’intégration dans le gouvernement de ces sunnites qualifiés d’indépendants n’est qu’un tout petit nuage passager dans les rapports avec le chef de l’État, et que la balle dans cette affaire, estime le Hezb, est véritablement dans le camp de Saad Hariri… En clair, l’opposition manifestée par le chef de l’État est marginale, l’important étant d’humilier et de rogner les ailes au chef du gouvernement sunnite. De quoi accroître encore davantage la tension politique sur l’échiquier local.

Ce jeu interne n’est sans doute que la partie visible de l’iceberg. Ce n’est certainement pas un hasard si l’obstructionnisme flagrant manifesté par la tête de pont de Téhéran en territoire libanais s’est accru dans un contexte marqué par l’entrée en vigueur de nouvelles sanctions américaines majeures contre le Hezbollah et contre la République islamique. Il serait superflu de rappeler encore une fois dans le détail que le projet politique et les calculs du parti chiite, pour ce qui a trait aux questions d’ordre stratégique (dont notamment le profil du prochain gouvernement), dépassent idéologiquement le cadre libanais. Ils se situent par essence sur un terrain régional, plus précisément iranien, même si cela devrait avoir des conséquences fâcheuses pour le Liban.

Quel est donc le lien réel entre le dossier du gouvernement et les impératifs du pouvoir des mollahs dans la situation présente, et que cherche l’Iran en provoquant un grave blocage au Liban ? Apporter des réponses tranchées et très pointilleuses à ces interrogations n’est pas chose simple. Une constatation – une lapalissade, plutôt – s’impose cependant : l’enjeu auquel est confronté aujourd’hui Téhéran est crucial, voire existentiel, pour l’avenir de la République islamique. Faut-il rappeler que les lourdes sanctions économiques imposées jusqu’en 2015 par la communauté internationale avaient littéralement étouffé l’Iran, qui était au bord de l’effondrement et qui avait été contraint, par voie de conséquence, d’accepter cette année-là l’accord sur le nucléaire ?

L’arme des sanctions et des pressions économiques a fait ses preuves en plusieurs circonstances. Il serait bon de rappeler également sur ce plan que c’est sous les coups d’une telle arme, et non pas de la coercition politique ou militaire, que le rideau de fer et l’empire soviétique se sont effondrés à la fin des années 80. C’est un scénario similaire que le président Donald Trump met en place, pas nécessairement pour provoquer une chute du régime des mollahs, mais plutôt pour l’amener à changer de comportement dans la région et à mettre un terme à son expansionnisme déstabilisateur dans plusieurs pays du Moyen-Orient, comme l’a rappelé il y a quarante-huit heures le secrétaire d’État, Mike Pompeo. Concrètement, cela reviendrait à porter un coup sévère à l’aile radicale iranienne, les gardiens de la pévolution. Mais c’est sans compter la grande capacité de résilience des pasdaran qui possèdent leur propre armée (dans toute l’acception du terme) et leurs propres circuits macroéconomiques qui font d’eux, à l’instar de l’armée égyptienne, un véritable pouvoir parallèle surtout actif à l’étranger, souvent au-delà même de la région moyen-orientale.

Dans un tel contexte, le Hezbollah constitue la principale pièce maîtresse de la structure militaro-sécuritaire des pasdaran, non seulement sur le littoral méditerranéen mais aussi dans la plupart des pays où les gardiens de la révolution cherchent à s’étendre et s’implanter. À l’ombre de ces enjeux géopolitiques et stratégiques, l’obstructionnisme manifesté par le parti pro-iranien au niveau de la mise sur pied de l’équipe ministérielle en gestation ne saurait être perçu, en toute logique, sous l’angle de simples tiraillements politiciens internes.

Des tornades entourent de tous côtés le pays du Cèdre, qui est plus que jamais pris en otage par le parti de Dieu et ses parrains iraniens. Reste à espérer que le Liban, comme le roseau, pourra plier face à la tempête sans jamais se briser.

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gaby sioufi

jouer aux dames est la vraie partie !
les dames etant les ediles recemment elus par le grand peuple du liban .

ACQUIS À QUI

Bien que se soit la Fable "du Roseau et de l'Olivier" de l'écrivain grecque Esope qui a inspiré Jean de la Fontaine, dans la préface de ses "Fables choisies" (1668), La fontaine reconnaît ... qu'une grande partie de son oeuvre dans un recueil d'origine orientale. ... oriental à être illustré et enluminé par des miniaturistes persans.

Merci d'avoir apporté de l'eau à mon moulin Mr Touma , c'est bien la 1ere fois que je reconnais qu'un de vos articles traite la question de la résistance libanaise avec autant de réalisme .

Le Roseau est résistant libanais , la Tempête ( Chêne ) est régionale et internationale .



L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

IL SERAIT SUPERFLU DE COMMENTER. VOUS AVEZ DIT LES CHOSES COMME IL FAUT !

Saliba Nouhad

C’est depuis belle lurette que notre pays est pris en otage par le Hezbollah, Mr Makhoul!
Mais le plus dramatique dans l’histoire, c’est que certains acteurs locaux s’en sont accommodé et s’y sont même allié de manière naïve, pour ne pas dire arrogante, pensant en tirer des avantages politiques sans même réaliser qu’ils se sont fait avoir comme des débutants et c’est plutôt le Hezbollah qui les utilise comme couverture légale pour terminer sa mainmise totale sur la décision nationale...
Le réveil est brutal, mais peut-on faire admettre son erreur à un enfant têtu, imbu de lui-même de manière rationnelle?
Il continuera de vous faire croire qu’il a le contrôle de la situation entre ses mains, que les ennemis de la nation ne sont pas ceux qu’on pense, et de cesser de dramatiser tout!
Jusqu’à la catastrophe irréversible qui nous ramènera 40 ans en arrière!
Seul vœu pieux qui nous reste, selon votre conclusion, c’est que le Liban, comme un roseau pourrait résister face à la tempête sans se briser!

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