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Liban

Gouvernement : la coordination Berry-FL va bon train

Vie politique

Les haririens revoient à la baisse le climat d’optimisme qui avait prévalu mercredi.

Yara ABI AKL | OLJ
31/08/2018

Bien au-delà des entraves empêchant encore le Premier ministre désigné, Saad Hariri, de former son équipe ministérielle, les tractations gouvernementales montrent que la coordination va bon train entre le président de la Chambre, Nabih Berry, et les Forces libanaises, à l’heure où les haririens semblent revoir à la baisse le climat d’optimisme qui avait prévalu mercredi à la faveur de l’entretien à Baabda entre le président de la République Michel Aoun et le patriarche maronite Béchara Raï, suivi par la rencontre en soirée, à la Maison du Centre, entre Saad Hariri et le leader des FL, Samir Geagea.

C’est d’ailleurs dans le but d’informer le chef du législatif de la teneur de cette dernière rencontre que M. Geagea a dépêché hier à Aïn el-Tiné le ministre sortant de l’Information, Melhem Riachi. Était présent le ministre sortant des Finances, Ali Hassan Khalil, conseiller de M. Berry. Un geste qui ne peut être dissocié du recentrage que le chef du législatif semble effectuer par rapport à la querelle CPL-FL, en faveur de Meerab.

S’exprimant à l’issue de la rencontre, M. Riachi a, d’ailleurs, souligné l’atmosphère positive de la rencontre. Il a également fait savoir qu’il a transmis à Nabih Berry un message de Samir Geagea. « Les FL sont prêtes à faciliter la mise sur pied d’un gouvernement équilibré digne de ce mandat, de l’image du Liban et des résultats des législatives », a déclaré le ministre sortant, avant de poursuivre : « Le nœud n’est pas chez nous. Les FL ont fait le maximum de concessions pour aider le chef du gouvernement désigné à former son équipe dans les plus brefs délais. »

Melhem Riachi laisse entendre ainsi que son parti campe sur ses positions. Il reste donc attaché à quatre portefeuilles, alors qu’il en demandait cinq au début des négociations.

Interrogé par L’Orient-Le Jour, un responsable FL assure dans ce cadre qu’il n’est pas question, pour sa formation, de demander moins de quatre ministres. Il s’empresse, toutefois, de préciser que les négociations portent principalement sur la qualité de ces postes (portefeuilles régaliens ou de services, ou encore la vice-présidence du Conseil).

À une question portant sur la rencontre Hariri-Geagea, le cadre FL répond en soulignant que l’entretien s’inscrit dans le cadre de la coordination habituelle entre Meerab et la Maison du Centre. « Le Premier ministre n’a demandé à M. Geagea aucune nouvelle concession », assure-t-il, mettant l’accent sur le fait que le leader des FL « tient à entretenir une bonne relation avec Nabih Berry.


(Lire aussi : Une nouvelle formule de cabinet « dans les deux prochains jours » ?)


La prudence des haririens
À l’instar des FL, les milieux de Saad Hariri semblent prudents quant à une prochaine formation du cabinet. Selon eux, cela nécessite des efforts supplémentaires, même si un climat d’optimisme a prévalu sur ce plan mercredi.

Après son entretien avec Samir Geagea, Saad Hariri devrait poursuivre ses contacts avec tous les protagonistes afin de former un cabinet d’entente nationale, confie une source proche du Premier ministre à L’OLJ. Dans les mêmes milieux, on écarte la possibilité, pour M. Hariri, de présenter une nouvelle formule prochainement, dans la mesure où cela exige plus d’efforts. On est loin des propos rapportés mercredi de Baabda par le patriarche maronite qui avait fait état d’une nouvelle mouture gouvernementale que présenterait M. Hariri au président Aoun dans les deux prochains jours.

Pour reprendre le film des concertations, on peut inscrire dans ce cadre les réunions de M. Hariri hier avec Ali Hassan Khalil, ministre sortant des Finances et conseiller de Nabih Berry, ainsi qu’avec Waël Bou Faour, député joumblattiste de Rachaya, en présence de Ghattas Khoury, ministre sortant de la Culture.


(Lire aussi : L’envers du jeul'éditorial de Issa Goraieb)


Les nœuds druze et… sunnite
Parallèlement à la nouvelle phase de contacts menés par M. Hariri, les nœuds entravant encore la mise sur pied du cabinet n’en finissent pas de se compliquer. Outre l’obstacle chrétien, il s’agit, surtout, de la querelle opposant le PSP au Parti démocrate libanais de Talal Arslane, le premier voulant nommer tous les ministres druzes, à la faveur des résultats des législatives.

Réuni hier sous la présidence de Taymour Joumblatt, député du Chouf, le Rassemblement démocratique a souligné que « la réalité socio-économique ainsi que les dangereux développements régionaux devraient (nous) pousser à immuniser la scène locale », comme on peut lire dans un communiqué publié à l’issue de la réunion.

Les joumblattistes ont appelé « à prendre les mesures urgentes pour briser le cercle vicieux sur le plan gouvernemental », appelant à « aller vers la formation d’un cabinet d’entente nationale, selon les règles d’usage, de manière à respecter les prérogatives (du Premier ministre désigné) et à faciliter la mission du chef du gouvernement, loin des hérésies constitutionnelles inutiles ». Une façon pour le Rassemblement de critiquer l’étude publiée samedi dernier par le ministre sortant de la Justice, Salim Jreissati, connu pour ses bons rapports avec le chef de l’État, dans laquelle il avait détaillé les choix auxquels pourrait opter le président de la République face aux atermoiements entachant le processus gouvernemental.

Le Rassemblement a, par ailleurs, réitéré son « attachement au respect de la volonté populaire qui s’est exprimée dans les urnes ».

En face, le Parti démocrate libanais de Talal Arslane a renouvelé, par la bouche de son secrétaire général, Walid Barakat, interrogé par l’agence al-Markaziya, son attachement à une représentation ministérielle druze avec un portefeuille.


(Lire aussi : Berry définit les priorités : le nœud chrétien d’abord)


Dans certains milieux politiques, on évoquait récemment une issue qui consisterait à accorder deux ministres druzes au PSP, le troisième serait une personnalité nommée conjointement par Moukhtara, Aïn el-Tiné et la Maison du Centre. Une option que les joumblattistes préfèrent ne pas commenter dans la mesure où personne ne leur a présenté à ce stade une telle proposition.

Si les efforts sont actuellement déployés pour défaire principalement les nœuds chrétien et druze, il n’en reste pas moins que l’obstacle sunnite risque de retarder encore plus la naissance du futur cabinet. Saad Hariri a tenu à faire barrage, depuis Baabda en juin dernier, à une représentation gouvernementale des députés sunnites ne gravitant pas dans son orbite dans la mesure où ils ne forment pas un bloc unifié. Mais ces derniers continuent d’insister sur ce qu’ils appellent leur « droit » à prendre part au cabinet. Cinq de ces députés se sont réunis hier au siège du Parlement. Il s’agit de : Abdel Rahim Mrad (Békaa-Ouest), Walid Succarié (Baalbeck-Hermel), Kassem Hachem (Marjeyoun), Fayçal Karamé (Tripoli) et Jihad Samad (Denniyé).

À l’issue de la rencontre, M. Succarié a rappelé que « dix députés (sunnites) n’appartenant pas au courant du Futur ont obtenu 40 % des voix sunnites et ils ont le droit d’être représentés au gouvernement. Et le courant du Futur n’a pas le droit de monopoliser la représentation de cette communauté ».


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Wlek Sanferlou

Gouvernement!?
C'est quoi?!!

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