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Liban

« Il n’y aura pas d’incinérateurs, alors réfléchissez aux alternatives », lance Paula Yacoubian

Déchets

Parallèlement à une mobilisation contre l’installation d’un incinérateur dans la capitale, le conseil municipal de Beyrouth n’a pas adopté, hier, le cahier des charges propre à ce projet.

01/08/2018

Il y avait foule hier à la conférence de presse à laquelle avaient convié Paula Yacoubian, députée de Beyrouth, et la Coalition de gestion des déchets (rassemblement civil), pour exprimer le refus de l’installation d’un incinérateur à Beyrouth. Mme Yacoubian, applaudie à plusieurs reprises, a fait des déclarations fermes sur le rejet de l’incinérateur, telles que « nous gagnerons cette guerre » ou encore « il n’y aura pas d’incinérateurs, alors réfléchissez dès maintenant aux alternatives », un message adressé aux responsables. Aux participants d’autres régions se plaignant de projets similaires, elle a assuré que bloquer le projet d’incinérateur de la capitale ouvrira la voie au bannissement de telles usines ailleurs.

Fait marquant : l’arrivée du député Chamel Roukoz, du bloc aouniste, a été très remarquée, mais a aussi suscité les protestations de certains participants qui ont décrié à haute voix « le rôle de cette partie politique dans la construction des décharges ». Jean Talouzian, autre député de Beyrouth, a également fait acte de présence.

En outre, des habitants de la Quarantaine étaient présents à la tribune pour décrier « l’incinérateur de la mort qui nous poussera à l’exode », rappelant que le choix de cette zone est pratiquement certain malgré le silence des autorités.

La députée a balayé l’argument suivant lequel les incinérateurs sont adoptés dans les pays les plus avancés, estimant que « les pays développés tendent actuellement à se débarrasser des incinérateurs existants pour mettre en œuvre des solutions plus écologiques ». Elle a rappelé que les mécanismes de contrôle existants en Europe ne le sont absolument pas au Liban, soulevant les risques accrus pour la santé publique que poserait une telle usine en pleine ville. « On nous dit que c’est la seule solution, mais quand le gouvernement a-t-il voulu généraliser le tri à la source et a-t-il échoué ? » s’est-elle demandé.


(Lire aussi : Liban : L’adoption d'un projet de loi en commission relance le débat sur l’incinération des déchets)


Mme Yacoubian a en outre dénoncé l’opacité du dossier, se demandant, notamment, pourquoi la municipalité de Beyrouth prévoit un incinérateur d’une capacité de 1 500 tonnes alors que la capitale n’en produit que 750. « Pourquoi cela, sinon pour y inclure les déchets du Metn et du Kesrouan ? » a-t-elle noté.

De son côté, Samar Khalil, experte en gestion de l’environnement et membre de la Coalition des déchets, a détaillé les raisons pour lesquelles cette solution est inadaptée au cas libanais. Elle a évoqué la haute teneur en ordures organiques, donc humides, ce qui freinerait la production d’énergie, à moins de sacrifier de précieux déchets recyclables comme le carton. Elle a mentionné les résidus toxiques de l’incinération, nommément les cendres volantes, que la municipalité dit vouloir confier aux entrepreneurs pour leur exportation. « Mais avec de telles mesures, à combien s’élèverait le coût par tonne ? À 180 ou 200 dollars la tonne au moins ? Où en est l’intérêt économique ? » a-t-elle martelé.

Samar Khalil a énoncé les revendications du groupe, notamment l’adoption d’un plan de gestion intégrée des déchets avec des campagnes de sensibilisation au tri à la source, une formation des municipalités, un développement des industries de recyclage, et des centres de tri et de traitement…


(Lire aussi : Une nouvelle crise de déchets en perspective au Liban ?)


Entre-temps, à la municipalité...
En parallèle au lancement de cette action de refus des incinérateurs, le cahier des charges de l’incinérateur de Beyrouth, qui devait être adopté hier par le conseil municipal, ne l’a finalement pas été. Durant cette réunion, selon des sources concordantes, le conseil municipal s’est contenté de décréter l’envoi d’une demande au bureau international de consultants Ramboll – qui a rédigé le document – en vue de la modification du texte, dans le sens d’un renforcement des conditions d’exportation des cendres volantes (toxiques) à des fins de traitement, de l’inclusion d’un bureau d’audit international pour surveiller les travaux de construction et le fonctionnement, et, enfin, d’obliger l’entrepreneur à effectuer une étude d’impact environnemental et d’autres études nécessaires.

Dans les faits, Gaby Fernainé, membre du conseil municipal, explique à L’Orient-Le Jour qu’il y a eu une opposition et un débat au sein même du conseil municipal. Selon lui, le vice-président du conseil, Élie Andréa, a contesté le fait que l’emplacement n’a pas été officiellement choisi avant d’en arriver à l’étape du cahier des charges. M. Fernainé ainsi que ses collègues Joe Raphaël et Joe Traboulsi, auxquels s’est joint Sahag Kechichian, ont soulevé des points en relation avec le manque d’étude de faisabilité. Ils contestent également l’emplacement d’un tel incinérateur dans le périmètre de la ville. M. Fernainé a également confié être inquiet concernant le coût par tonne (sachant que l’entrepreneur s’acquitte des coûts de construction et de fonctionnement), d’où son insistance pour une étude de faisabilité.

Son de cloche sensiblement différent de la part de Khalil Choucair, un autre membre du conseil plus favorable à l’installation de l’incinérateur. Celui-ci, qui reconnaît les débats au sein du conseil, insiste sur le fait que « les changements demandés visent à dissiper les craintes ». Interrogé par L’OLJ, il dément qu’il était prévu d’adopter le cahier des charges hier. « C’était la première fois que nous en discutions », assure-t-il. À une question sur l’opposition à l’incinérateur, il répond : « Quelle est l’alternative ? », assurant que c’est au Conseil des ministres de déterminer l’emplacement de l’usine.

Fifi Kallab, experte environnementale, rencontrée à la conférence de presse, pense que « la non-adoption du cahier des charges est un point positif, étant donné qu’il semble poser bien des problèmes ». Selon elle, « il sera pratiquement impossible aux autorités d’imposer les incinérateurs, il y a trop de contraintes qu’elles ne pourront jamais maîtriser ».



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Sarkis Serge Tateossian

Plus d'espoir pour ce Liban ...
Car pas seulement le communautarisme empêche tout consensus dans tous les projets nationaux .
Désormais, on craint le recyclage ou l'incinération à Beyrouth, des déchets venus d'autres circonscriptions....
C'est triste et désespérant.

Dailleurs, rien ne prouve la nocivité des incinérateurs nouvelles générations, loin de là!

Irene Said

C'est bien joli de lancer: " il n'y aura pas d'incinérateurs !"...et de manifester ici et là !

Mais, vu l'urgence de débarasser notre pays des montagnes de déchets partout, il faut absolument trouver une solution momentanée, même si celle-ci veut dire : 1 ou 2 incinérateurs dans tel endroit.

En attendant que vous tous, les "POUR" et les "CONTRE" vous mettiez sérieusement au travail...oui...oui !...pour trouver la solution adaptée à long terme.
Ne nous dites pas que seul le Liban est incapable de le faire !
Irène Saïd

Antoine Sabbagha

La mobilisation folklorique contre l’installation d’un incinérateur ne suffit point ,il faudra chercher vite une autre solution .

gaby sioufi

encore 1 fois, Paula Yacoubian a resumer le probleme qui s'applique a presque tous les projets que l'etat fait executer par des Stes & entrepreneurs divers :
LE CONTROLE DE LEUR SAINE EXECUTION.
1 Ex : il parait- que la direction au ministere des traveaux publics autorise les entrepreneurs a EUX-MEMES choisir les controleurs & Stes de controle devant LES CONTROLER A EUX.

PS. tristement seuls 2 deputes ont participe a cette reunion, ss complexe aucun.
LES AUTRES elus? par petitesse d'esprit ont decide de ne pas appuyer Mme Yacoubian,de peur -selon eux- de perdre de leur "impopularite".

yves kerlidou

Bien sur les incinérateurs ce n'est pas la panacée ! il faut procéder au traitement en amont, mais il ne faut pas crier haro sur le baudet, de nombreuses villes Françaises y ont recours sans que ceci pose problème et même dans des environnements urbains, oui il faut du contrôle sur les filtres et sur l'installation à cause de la dioxine et songer a l'enfouissement des cendres. Mais je cite le cas d'une ville Brest qui grâce à son incinérateur fournie de l'eau chaude et du chauffage a toutes les maisons et appartement dans un rayon de 10 km et en plus au grand hôpital de la ville. Pas la peine de faire un grand débat les solutions existent d'autres on déjà réfléchi a ces problèmes y compris les autres dossiers Libanais électricité, éolien, panneaux solaires, approvisionnement en eau, transport en commun, mais bon encore faudrait il avoir un peu de volonté politique mais là ?? Et de plus il est une maladie Libanaise qui consiste a réinventer le fil a couper le beurre

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