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Liban

Liban : Vers une redynamisation du Parlement face au blocage de l’exécutif

INSTITUTIONS

Le nouveau dialogue Riachi-Kanaan servirait entre autres à élaborer une feuille de route pour la formation du gouvernement.

10/07/2018

L’atermoiement dans la formation du gouvernement a de fortes chances de se prolonger, en dépit du retour, hier, à Beyrouth du Premier ministre désigné Saad Hariri de ses vacances familiales. Dans ce contexte, la seule nouveauté survenue hier est la confirmation de la possibilité que le président de la Chambre, Nabih Berry, qui vient de rentrer lui aussi au pays, convoque incessamment le Parlement à une réunion de plein droit. Cette confirmation a été faite par le député et ministre sortant Hussein Hajj Hassan, qui conduisait hier une délégation des députés de Baalbeck-Hermel (à l’exception de Jamil Sayyed) à Aïn el-Tiné. Une visite axée sur la situation sécuritaire à Baalbeck-Hermel, et le conflit ravivé entre les municipalités de Yammouné et de Akoura autour de terrains en indivision. 

La réunion parlementaire en vue, qui ne sera « ni une réunion de législation ni de contrôle du cabinet », ne nécessite pas la formation préalable d’un gouvernement, explique le député Yassine Jaber à L’Orient-Le Jour. L’objectif serait de mettre en branle, ne serait-ce qu’au minimum, le travail du Parlement récemment élu, en assurant l’élection des nouveaux membres des commissions parlementaires. « Il n’est pas permis qu’un nouveau Parlement ne soit pas actif deux mois après son élection. Il est du devoir du chef du législatif de veiller à en activer le travail », précise M. Jaber. Le Parlement ressemble depuis deux mois à « un bâtiment fantôme, où se rendent occasionnellement quelques députés », ajoute-t-il, en faisant remarquer que le blocage au niveau du gouvernement « nuit sérieusement à l’image de l’hémicycle ». Et c’est pour s’immuniser contre ce blocage que le chef du législatif entend activer les commissions parlementaires. Cela doit permettre de stimuler les échanges entre députés autour de dossiers de politique publique, avec la participation de fonctionnaires et autres autorités, au sein de ces commissions, souligne le député.

Cette démarche servirait aussi, de l’aveu de M. Jaber, à « envoyer un signal au président de la République Michel Aoun et au Premier ministre désigné Saad Hariri pour attirer leur attention sur le temps qu’ils sont en train de perdre au détriment du pays ».

Hussein Hajj Hassan a d’ailleurs confirmé l’inquiétude de Nabih Berry pour la période à venir, qui est « aussi celle du Hezbollah », dont le camp « fait tout pour faciliter la formation du cabinet ». « Le nœud n’est pas chez nous », a-t-il conclu.  On notera par ailleurs que M. Berry a reçu hier l’ancien ministre Ghazi Zeaïter, qui s’est contenté d’un commentaire à l’issue de sa visite : « Le président Berry est un homme responsable. » 


(Lire aussi : Les forces et faiblesses de l’accord secret de Meerab


Les effets possibles de l’initiative Berry
Il reste que la démarche de Nabih Berry n’est pas sans susciter des interrogations. Cette démarche sera-t-elle instrumentalisée par le Hezbollah pour faire pression sur Saad Hariri et l’amener à accepter un cabinet à ses conditions, c’est-à-dire au détriment des Forces libanaises (FL) et du Parti socialiste progressiste (PSP), dont M. Hariri a décidé de protéger les intérêts ? Déjà, M. Hajj Hassan a évoqué la possibilité que la réunion parlementaire prévue s’étende vers « un débat sur les raisons du retard dans la formation du gouvernement ». 

Selon des sources indépendantes, le jeu du parti chiite est double : déléguer au chef du Courant patriotique libre (CPL) Gebran Bassil, en vertu d’un accord bilatéral, la mission des actes politiques qui serviraient tacitement l’agenda du Hezbollah, tout en s’assurant – par divers moyens de pression, dont la réunion parlementaire en vue – que Michel Aoun reste plus proche de lui qu’il ne l’est de son partenaire au pouvoir, Saad Hariri. 

Aussi, selon nos informations, M. Bassil aurait proposé au Premier ministre désigné de former un gouvernement « de fait accompli », au détriment des FL et du PSP, ce que M. Hariri aurait refusé. Il aurait en revanche pris l’initiative de demander au chef de l’État de recevoir le chef des FL, Samir Geagea, et le chef du PSP, Walid Joumblatt. C’est pourtant au milieu de cette accalmie que M. Bassil a mené une campagne frontale contre l’accord de Meerab, relayée avec violence sur les réseaux sociaux par les partisans du CPL et des FL. Bien qu’apaisée depuis hier, cette escalade renforce l’argument invoqué par Amal et le Hezbollah, selon lequel c’est le conflit interchrétien autour des quotes-parts respectives des FL et du CPL qui est le point de blocage de la formation du cabinet. 


(Lire aussi : CPL-FL : chronique d’un divorce consommé ?)


Assainissement FL-CPL
Il n’empêche que le dialogue est en passe de se rétablir entre les FL et le CPL, à l’échelle de leurs émissaires respectifs, le ministre sortant de l’Information Melhem Riachi et le député Ibrahim Kanaan, depuis que Gebran Bassil a décidé de calmer le jeu en déléguant M. Kanaan auprès de M. Riachi (comme l’avait souhaité au préalable Samir Geagea). La question se pose toutefois sur l’utilité de ce dialogue. Il y a d’abord une volonté claire, autant chez les FL que le CPL, de préserver la réconciliation interchrétienne, ne serait-ce que pour la forme. Nul n’a intérêt à inverser cette image pacificatrice qui sert aussi bien Michel Aoun que Samir Geagea. D’ailleurs, dans une interview parue dans le quotidien an-Nahar dans son édition d’hier, le chef des FL a rejeté en bloc « les dires sur la fin de l’accord de Meerab » et a stigmatisé ses détracteurs, comme l’ancien député Boutros Harb ou encore les députés Marada. Il a même été jusqu’à leur rappeler que « les FL et le CPL ont raflé 80 % des votes chrétiens ». Cette déclaration inédite sur une victoire commune FL-CPL aux législatives a été relayée hier par Ibrahim Kanaan, cité par notre correspondante Hoda Chedid. Selon une source FL, le dialogue Riachi-Kanaan devra réexaminer la mise en œuvre de l’accord de Meerab à deux niveaux : réaffirmer la mission pacificatrice de cet accord et examiner la possibilité de revoir certaines clauses du texte, de sorte à le mettre à jour. En parallèle, les deux parties plancheront sur « une feuille de route consacrée exclusivement à la formation du cabinet », selon la même source. Sachant pourtant que le « nœud interchrétien » aurait pu être tranché si les intentions y étaient, relancer un dialogue – qui promet d’être long – sur ce sujet ne serait-il pas une forme de résignation au jeu Hezbollah-Bassil ? La source FL préfère se focaliser sur la responsabilité de Gebran Bassil à ce niveau. « Gebran Bassil a tout intérêt à ce que le dialogue réussisse : il peut monnayer cette réussite en s’affichant garant de la réconciliation et, surtout, prendre le relais de Michel Aoun à ce niveau. » 


(Lire aussi : Que dit l'accord de Meerab entre FL et CPL ?)



« Je suis toujours optimiste »
C’est parallèlement à ce dialogue que le Parlement promet de se réunir, accentuant le contraste entre un hémicycle réactivé sous les auspices du Hezbollah et un exécutif paralysé, si ce n’est par Saad Hariri, du moins par les FL dont il a voulu sauvegarder les intérêts. Sur ce point, le député et membre du bureau politique du courant du Futur, Moustapha Allouche, estime que « si le parti chiite tient autant à l’économie du pays, qu’il facilite la mission à Saad Hariri. Et s’il estime que le problème est interchrétien, qu’il fasse pression sur Gebran Bassil pour le résoudre ». Il ne voit pas du reste dans l’initiative de Nabih Berry quelque pression que ce soit sur Saad Hariri.  « Je suis toujours optimiste », a choisi de dire pour sa part ce dernier à son arrivée à Beyrouth, sans plus de commentaires.




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gaby sioufi

Mr Berri serait tt a fait dans le droit de concocter un cabinet a sa facon a lui, quoique anticonstitutionnel ,
l'appelant du nom de equipe de travail,pr ex
dont le boulot serait justement de se mettre au travail et indirectement paver la voie aux ministres a venir.... qd on ne le sait + du tt -
pt't meme les forcant a suivre une ligne politique , des projets deja mis en route theorique.

Remy Martin

Lorsque les promesses de CEDRE seront parties en fumée on fera entrer les pleureuses ...

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

IL EST TRES REGRETTABLE QUE CE SOIT LE CAMP CHRETIEN QUI EST RESPONSABLE DU RETARD A FORMER UN GOUVERNEMENT ET NOMMEMENT LE GENDRE DU CPL !

Irene Said

"...le temps qu'ils sont en train de perdre au détriment du pays..." d'un côté, et de l'autre l'inconscience d'un Saad Hariri qui ose affirmer:" je suis toujors optimiste..." !

Et au milieu de cette tambouille à la libanaise, le jeu pervers d'un Gebran Bassil et du Hezbollah...

Irène Saïd

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