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Saad Hariri, Premier ministre devenu rassembleur pragmatique

Outre ses déboires financiers, le Premier ministre désigné fait face à une contestation de sa prééminence dans les rangs sunnites au Liban, certains l'accusant de "mollesse" face au Hezbollah.

Le Premier ministre libanais Saad Hariri, reconduit jeudi 24 mai 2018 à son poste, est réputé pour son engouement pour les selfies. Dalati Nohra/Handout via REUTERS

Le Premier ministre libanais Saad Hariri, reconduit jeudi à son poste, et fils du milliardaire et dirigeant Rafic Hariri assassiné en 2005, s'est résolu à afficher une image d'unité après avoir longtemps été un virulent opposant au Hezbollah et à ses alliés syrien et iranien.

Âgé de 48 ans, cet homme corpulent et souriant, le visage mangé par une barbe grisonnante, est né en Arabie saoudite, où son père avait fait fortune. Il était à la tête du géant de la construction Oger -aujourd'hui criblé de dettes- quand la famille lui demande en avril 2005 de reprendre le flambeau politique. Il dirige une première fois le gouvernement de 2009 à 2011. Celui-ci est contraint à la démission après le retrait des ministres du Hezbollah et de ses alliés du cabinet. En novembre 2016, il revient au pouvoir avec l'objectif de rétablir sa prééminence au sein de la communauté musulmane sunnite et faire contrepoids au Hezbollah, auquel il a été confronté durant toute sa carrière politique.

Mais il ne réussit pas à dompter le puissant mouvement chiite, seule formation libanaise à avoir gardé ses armes après la fin de la guerre civile (1975-1990). Le 4 novembre dernier, à la surprise générale, ce protégé de l'Arabie saoudite annonce sa démission depuis Riyad, accusant le Hezbollah et l'Iran de "mainmise" sur le Liban. "Je sens que ma vie est visée", se justifie-t-il, affirmant que le Liban vivait une situation similaire à celle qui prévalait avant l'assassinat en février 2005 de son père Rafic Hariri, ex-Premier-ministre et opposant à Damas, dans un attentat à Beyrouth.

Près de trois semaines après cette annonce qui avait pris de court le pays et l'ensemble de sa classe politique, M. Hariri rentre au Liban sous les vivats. Il renonce finalement à démissionner, au terme d'un feuilleton ayant vu une vaste mobilisation populaire et diplomatique -notamment de la France.
Le coup de force de Riyad pousse paradoxalement M. Hariri à afficher une image d'unité pour éviter un nouveau séisme politique au Liban, pays traditionnellement divisé, en passant d'une confrontation ouverte avec la Syrie et le Hezbollah à une position plus pragmatique.


(Pour mémoire : Hariri : Ceux qui ne respectent pas la distanciation auront des problèmes avec moi personnellement)



"Mollesse"
Saad Hariri accuse le régime syrien d'avoir planifié le meurtre de son père et avait demandé en 2005 le départ des troupes syriennes du Liban. A l'inverse, le Hezbollah, dont cinq membres sont accusés d'implication dans l'assassinat de Rafic Hariri, appuie sans réserve la Syrie. Les troupes syriennes finissent par se retirer du Liban en avril 2005 après 29 ans de présence, et dans la foulée, le courant hostile à la Syrie, dont M. Hariri prend la tête, gagne les législatives.
En mai 2008, des affrontements entre les partisans du leader sunnite et ceux du parti chiite ont failli plonger le pays dans une nouvelle guerre civile.

Le Courant du Futur, formé en 2007 et dirigé par Saad Hariri, l'emporte à nouveau aux législatives de 2009. M. Hariri devient alors Premier ministre et forme un gouvernement d'union qui rend l'âme début 2011 après la démission des ministres du camp du Hezbollah. Saad Hariri quitte ensuite le Liban avant d'y revenir en juin 2016. Pour reprendre la main, il provoque en octobre 2016 un coup de théâtre en annonçant son soutien à son contempteur, Michel Aoun, élu ensuite président de la République. Il est nommé Premier ministre le 3 novembre 2016.

Face au Hezbollah et à l'Iran, autre allié de poids de Damas, Saad Hariri se fait l'avocat inlassable de l'Arabie saoudite, rivale de l'Iran et adversaire de M. Assad. Outre ses déboires financiers, il fait face à une contestation de sa prééminence dans les rangs sunnites au Liban, certains l'accusant de "mollesse" face au Hezbollah.

Licencié en économie de l'université américaine de Georgetown (Washington), Saad Hariri, qui possède également la nationalité saoudienne, est marié à une Syrienne, Lara Bachir Azm, dont la famille avait exercé le pouvoir en Syrie dans les années 1950. Le couple a trois enfants, dont deux vivent avec leur mère en Arabie saoudite, tandis que l'aîné étudie en Grande-Bretagne.



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commentaires (5)

Et le peuple et ses dirigeants, apprennent peu à peu, au gré du temps et des circonstances, les règles du vivre ensemble. Mais le Liban restera encore pour un certains temps, (le peuple décidera de son propre sort) le pays des exceptions... Exception culturelle, politique, religieuse, économique et sociale, ....

Sarkis Serge Tateossian

00 h 53, le 25 mai 2018

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Commentaires (5)

  • Et le peuple et ses dirigeants, apprennent peu à peu, au gré du temps et des circonstances, les règles du vivre ensemble. Mais le Liban restera encore pour un certains temps, (le peuple décidera de son propre sort) le pays des exceptions... Exception culturelle, politique, religieuse, économique et sociale, ....

    Sarkis Serge Tateossian

    00 h 53, le 25 mai 2018

  • Mystères de la politique Libanaise: Aoun contre les syriens et en devient un fort allié à travers leur appendix libanais. Hariri a perdu son père à cause de sa politique envers les syriens et le voilà conciliant envers eux à travers leur appendix Hobeika qui avait combattu les syriens s'est retrouvé conciliant aussi juste avant son assassination Liban = un concentré de bizzareries...

    Wlek Sanferlou

    23 h 15, le 24 mai 2018

  • Il ne sera jamais un rassembleur. Cela arrange M.AOUN Pendant ce temps, le Président et le Hezbollah feront les magouilles

    FAKHOURI

    22 h 51, le 24 mai 2018

  • JE LUI SOUHAITE LA REUSSITE MAIS AUSSI LUI CONSEILLE DE SE PREMUNIR DES COUPS BAS DE LA CASTE PRETENDUE DIVINE !

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    21 h 55, le 24 mai 2018

  • Le Premier ministre devra tenir ses promesses surtout et signer enfin les decrets concernant la loi des loyers .

    Antoine Sabbagha

    21 h 51, le 24 mai 2018