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Liban

Liberté de la presse ; Le Liban recule encore d’une place, dans le rapport de RSF

Liberté de la presse
OLJ
26/04/2018

Le Liban figure à la centième place sur 180 dans le Classement mondial de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières (RSF) et mis en ligne mercredi, perdant une place par rapport à 2017. En 2016, le Liban occupait la 98e place.
"S’il existe une réelle liberté de ton dans les médias libanais, ces derniers restent néanmoins extrêmement politisés et polarisés", écrit l’organisation. "Les journaux, radios et chaînes de télévision servent d’outils de communication à certains partis politiques ou hommes d’affaires. Le code pénal libanais considère la diffamation, la calomnie ainsi que la diffusion de fausses informations comme des infractions et a une définition très large de celles-ci", ajoute le texte, soulignant notamment que la justice a inquiété l’an dernier le présentateur Marcel Ghanem, pour avoir laissé ses invités critiquer les autorités libanaises dans son émission. "Poursuivis devant les tribunaux des imprimés ou militaires, les journalistes sont le plus souvent condamnés à payer des amendes, bien qu’ils soient toujours susceptibles d’être envoyés derrière les barreaux. Blogueurs et journalistes en ligne peuvent aussi être convoqués par le 'bureau de lutte contre les crimes cybernétiques' pour des publications sur les réseaux à la suite d’une plainte déposée par une partie privée", ajoute le communiqué.


(Lire aussi : La peine de prison contre Hanine Ghaddar annulée : "C'est une victoire pour la presse libre")


Le Moyen-Orient en fin de classement
Plus globalement, les pays de la zone Moyen-Orient figurent une nouvelle fois en fin de ce classement, selon l’organisation. "Les conflits armés qui perdurent, les accusations récurrentes de terrorisme à l’encontre des journalistes et des médias indépendants, ainsi que la surveillance et la censure en ligne qui gagnent du terrain rendent le travail des journalistes extrêmement périlleux dans cette région", peut-on lire dans le communiqué.
L’ONG souligne qu’avec 13 journalistes tués en 2017 et plus de 40 journalistes et journalistes-citoyens actuellement détenus, kidnappés ou disparus, la Syrie, qui stagne (177e), reste l'un des pays les plus dangereux au monde pour la profession et se classe dernier du Moyen-Orient. "Le pays se vide de ses journalistes et des régions entières sont devenues des trous noirs de l’information", déplore RSF.

Au Yémen (167e), enlisé dans la guerre, "la situation sécuritaire pour les journalistes s’est fortement dégradée et la suspicion envers eux s’est généralisée (…) Ils se retrouvent ainsi attaqués, arrêtés, détenus, voire tués par les différentes parties au conflit qui s’opposent depuis 2014", selon l'ONG.

"En Irak (160e, -2), les journalistes connaissent à peu près le même sort, puisque pris en étau entre les factions rivales qui se livrent, au-delà du conflit ouvert, une véritable guerre de l'information. De nombreux médias ont été contraints de fermer, des reporters ont été violemment agressés. Certains d'entre eux affirment être visés par des hommes politiques et des groupes armés impliqués dans des affaires de corruption. Les journalistes du Kurdistan irakien sont aussi particulièrement touchés, en raison des tensions liées au référendum pour l’indépendance ou aux manifestations”, d’après RSF.

Parmi les pays du Golfe, l’Arabie saoudite vient en 169e position, les Emirats arabes unis sont 128e, Bahreïn 166e et le Qatar 125e. En raison du conflit qui oppose l’Arabie saoudite et ses alliés au Qatar, "nombre de journalistes non qataris du Golfe ont subi des pressions, certains ayant été contraints de démissionner des chaînes qataries dans lesquelles ils travaillaient parfois depuis des dizaines d’années", écrit RSF. En outre, "en Arabie saoudite, le discours d'ouverture du prince héritier Mohammed ben Salmane ne s'est pas traduit, dans les faits, par une amélioration de la situation de la liberté de la presse. Des dizaines d’activistes, d’opposants et de journalistes ont été interpellés en 2017".

"Dans cet environnement particulièrement hostile pour les journalistes, Internet restait jusqu’alors le seul espace de relative liberté d’information. Mais les pays de la région l'ont bien compris et se dotent tour à tour de lois contre les cybercrimes afin de museler les journaux en ligne et les journalistes-citoyens", ajoute le communiqué. Ainsi aux Emirats arabes unis (128e), qui chutent de 9 places, "elles ont permis en 2017 l’arrestation et le maintien en détention au secret du journaliste-citoyen Ahmed Mansoor, accusé d’avoir diffamé le pays sur les réseaux sociaux en publiant de 'fausses informations, rumeurs et mensonges'".

"En Iran (165e), les journalistes-citoyens ont eux aussi de plus en plus de mal à échapper à la censure (…) Avec la mainmise du régime sur les médias traditionnels, les journalistes-citoyens, actifs sur les réseaux sociaux, sont au cœur du combat pour une information libre et un changement politique dans le pays. Mais tenter de mettre en échec la volonté du régime de maintenir un blackout sur l’information n’est pas sans risque. L’Iran reste l’une des plus grandes prisons du monde pour les journalistes et les journalistes-citoyens. Actuellement une vingtaine d’entre eux sont emprisonnés", d’après le rapport.


(Pour mémoire : Inquiétudes de HRW et RSF pour la liberté d’expression au Liban)


"Haine du journalisme"
De manière globale, RSF estime dans son rapport annuel que la liberté de la presse s'est encore dégradée dans le monde l'an dernier, et que le climat de haine à l'encontre des journalistes qui se développe notamment en Europe et aux Etats-Unis menace les démocraties. Alors que 21 pays sont désormais placés en situation "très grave", un niveau record, -l'Irak ayant rejoint cette année cette catégorie où figurent des régimes autoritaires comme l'Égypte (161e), la Chine (176e) ou la Corée du Nord, toujours en 180e et dernière position-, les discours de haine et les attaques contre la presse ne sont plus l'apanage des Etats autoritaires, confirme ce rapport.

Quatre des plus forts reculs enregistrés cette année concernent des pays européens : la République Tchèque dont le président Milos Zeman s'est présenté lors d'une conférence de presse avec une kalachnikov factice portant l'inscription "pour les journalistes", dégringole de 11 places à la 34e; la Slovaquie où l'ex-Premier ministre Robert Fico a traité les journalistes de "sales prostituées anti-slovaques" et "simples hyènes idiotes"; Malte où une journaliste anticorruption a été assassinée chute de 18 places au 65e rang, et la Serbie en perd 10 (77e).
Les Etats-Unis de Donald Trump, pays du 1er amendement qui sacralise la liberté d'expression, perdent quant à eux deux places au classement, et tombent au 45e rang.
"Ce classement traduit un phénomène malheureusement manifeste, la croissance dans bon nombre de démocraties de l'expression de la haine contre les journalistes, et la libération de cette haine est vraiment dangereuse", résume Christophe Deloire, secrétaire général de l'organisation, interrogé par l'AFP. Un phénomène qui touche selon lui "des démocraties aussi différentes que les Philippines (133e), avec le président Duterte qui prévient qu'être journaliste +ne préserve pas des assassinats+, qu'en Inde (138e) où des armées de trolls à la solde des partis politiques appellent à la haine des journalistes, ou les Etats-Unis où Donald Trump les qualifie d'+ennemis du peuple+, une formule prisée par Staline".



"Un feu politique dangereux"

En outre, RSF s'alarme de la multiplication des violences verbales contre la presse en Europe, où deux journalistes ont été assassinés ces derniers mois (le Tchèque Jan Kuciak et la Maltaise Daphne Caruana Galizia).
Si la Norvège maintient son 1er rang au classement, "il y a une inquiétude très forte pour les démocraties européennes", estime M. Deloire.
"Alors que l'Europe est de loin le continent où la liberté de la presse est la mieux garantie, ce modèle européen s'affaiblit : 4 des 5 plus grandes baisses du classement sont en Europe, la zone dont l'indice global en plus grande dégradation c'est l'Europe, et l'expression de la haine mène in fine à des violences physiques", dénonce-t-il.


La France ne fait pas exception. Bien qu'elle progresse de 6 places, au 33e rang, un mouvement lié principalement au recul de plusieurs pays voisins, RSF y relève que "le +mediabashing+, ou le dénigrement systématique de la profession par certains leaders politiques, a connu son paroxysme pendant la campagne électorale de 2017", et que "certains responsables continuent d'utiliser cette rhétorique pour attaquer les journalistes quand ils sont mis en difficulté", à l'instar du leader de la gauche radicale Jean-Luc Mélenchon qui a écrit récemment que "la haine des médias et de ceux qui les animent est juste et saine".

Pour RSF, ce climat délétère envers la presse sape l'un des fondements essentiels des démocraties. "Ceux qui récusent la légitimité des journalistes jouent avec un feu politique extrêmement dangereux. les démocraties ne meurent pas que par des coups d'Etat mais elles peuvent mourir aussi à petit feu, et l'une des premières bûches c'est généralement la haine envers les journalistes", prévient Christophe Deloire.

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