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Idées

Réformes : La balle est dans le camp libanais

CEDRE
06/04/2018

Lors des récentes visites que j’ai eu le privilège d’effectuer ces dernières années au Liban, on m’a souvent répété deux histoires : celle de la résilience libanaise et celle de la vulnérabilité libanaise aux crises. Elles ont chacune leur part de vérité et semblent souvent être les deux faces de la même médaille. À CEDRE, la conférence internationale de soutien au Liban qui s’ouvre ce vendredi à Paris, j’entrevois le début possible d’une troisième histoire. Mais les dirigeants libanais devront faire preuve de courage et de persévérance pour parvenir à réaliser l’ambition de CEDRE, au profit de toutes les communautés qui ont le Liban pour foyer.

Résilience et vulnérabilité
 L’histoire de la résilience libanaise d’avant la crise syrienne tient en grande partie à l’action de la Banque centrale qui, via la stabilité du taux de change avec le dollar, donne confiance aux Libanais de la diaspora, qui placent leurs devises dans des résidences secondaires. Les prix de l’immobilier augmentent en retour, rendant l’investissement encore plus attractif, alimentant ainsi le cycle.
Mais l’autre face de la médaille révèle une histoire de vulnérabilité, qui tient notamment à l’usage fait, ou non, de ces nouveaux immeubles. Car l’immobilier doit, en fin de compte, être un moyen et non une fin. Un système bancaire qui transfère des devises vers l’immobilier local ne fait que faire grimper les prix et les loyers pour ceux qui veulent réellement utiliser ces bâtiments pour vivre et travailler. Et, en se concentrant sur les crédits immobiliers rentables, les banques allouent moins de ressources pour financer la croissance des entreprises productives d’autres secteurs. Ce qui explique en partie que tant de brillants diplômés trouvent ici peu de débouchés, et qu’ils émigrent, gagnent de l’argent et le transfèrent au Liban, renforçant l’effet de cycle.
Depuis le début de la crise syrienne, la Banque centrale a fait un travail fantastique pour soutenir l’économie libanaise. Pour faire simple : elle a utilisé ses actifs pour subventionner les taux d’intérêt sur les dépôts, permettant aux remises de la diaspora de continuer à entrer, en dépit de la conjoncture immobilière et des retombées des conflits voisins. Permettant aussi au Liban de continuer à payer ses factures d’importation et de financer sa dette publique croissante, ce qui a donné encore davantage de crédit à l’histoire de la résilience libanaise.
Mais, avec ou sans magicien à la barre, aucune banque centrale ne peut éternellement procéder ainsi. Finalement, les rendements élevés octroyés aux déposants non résidents doivent être soutenus par la valeur créée, ici, par les entreprises et les citoyens libanais. Les emprunts – privés ou publics – doivent être remboursés grâce aux gains futurs. C’est déjà une tâche difficile, qui l’est plus encore si l’argent emprunté est consommé, plutôt qu’investi.
 C’est là que CEDRE pourrait constituer le début d’une troisième histoire : ni celle de la résilience ni celle de la vulnérabilité aux crises, mais celle d’un développement constant et durable.
Pour être un succès, CEDRE doit marquer le début d’un processus qui, au fil du temps, engendrera une nouvelle croissance des entrées de capitaux internationaux. Des capitaux investis dans la construction d’infrastructures durables, qui seront largement rentabilisées dans le futur; plutôt que des capitaux canalisés vers l’immobilier improductif, ou consommés par la dette publique et les importations. Ces infrastructures créeront de nombreux emplois lors de leur construction, et, une fois achevées, réduiront les coûts des services proposés aux Libanais – dans les routes, l’électricité, l’eau, la santé, l’éducation – tout en améliorant leur qualité et – in fine – la productivité des entreprises et des particuliers. Tel est le moteur le plus prometteur d’une croissance économique profitant à tous les citoyens et communautés du Liban.
Cette voie prometteuse pourrait peut-être concilier le meilleur de chaque face, en maintenant l’ancrage monétaire et la confiance qu’il apporte ; tout en améliorant la rentabilité, la compétitivité et les exportations des entreprises libanaises. Pas de crise, pas d’ajustement soudain et douloureux, juste une amélioration régulière et durable…

Les ingrédients d’une troisième histoire
Pour que cette troisième histoire devienne réalité, les dirigeants politiques et confessionnels du Liban devront cependant faire preuve de courage, de persévérance et peut-être surtout de coopération. Si la communauté internationale peut aider à assumer les coûts, les bénéfices ne seront engrangés par les citoyens libanais que si leurs gouvernements, actuel et futurs, tiennent les promesses espérées à CEDRE : réformer le secteur de l’électricité, contrôler la dette publique et améliorer les capacités techniques de la fonction publique à mener à bien les projets. Surtout, les dirigeants libanais devront chercher une volonté politique interpartisane pour s’assurer que ces projets soient exécutés, dans les délais et les budgets prévus, et non bloqués. De sorte que leurs avantages soient ressentis par la majorité des citoyens et entreprises, et non volés ou détournés par un petit nombre.
C’est pourquoi j’espère qu’à CEDRE, le gouvernement libanais s’engagera sur un plan et un calendrier concrets d’exécution des réformes cruciales pour la réussite de ces investissements, et sur un mécanisme de suivi fiable et transparent. Cela permettrait à la société civile libanaise de suivre les progrès réalisés et aux gouvernements et donateurs – actuels et futurs – de s’en féliciter publiquement et de relever les défis à venir. Et, ce faisant, de renforcer la confiance à même de débloquer des flux croissants d’investissements privés internationaux.
La route est difficile et les obstacles importants, mais les récompenses pour les citoyens libanais et la prochaine génération sont énormes. Le temps est venu pour leurs dirigeants de montrer qu’ils sont prêts à ouvrir un nouveau chapitre, plus courageux et, peut-être, plus ennuyeux, de l’histoire du Liban.

Par Stefan DERCON
Professeur de politique économique à la Blavatnik School of Government de l’Université d’Oxford, ancien économiste senior du département du développement international du gouvernement britannique.


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yves kerlidou

Avant tout permettez moi de rire des conseillers en économie internationale qui sortent des grandes écoles Européennes et qui viennent conseiller l'économie Libanaise qui marche complètement à l'envers d'une économie normale
le problème n'est pas économique au Liban il est politique et au sommet de la corruption donc toutes leçons ne servent absolument à rien

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