Liban

Le Hezbollah peut-il accepter avec Aoun ce qu’il avait refusé à Sleiman ?

Éclairage
14/03/2018

L’annonce faite par le président Michel Aoun, sur sa volonté de relancer après les législatives de mai la discussion autour de la stratégie nationale de défense, a été accueillie avec satisfaction dans les milieux dits souverainistes et avec un étonnement mêlé d’inquiétude dans les milieux qui gravitent dans l’orbite iranienne.

Lundi, recevant la coordinatrice spéciale de l’ONU au Liban, Pernille Dahler Kardel, et l’ambassadeur d’Italie, Massimo Marotti, dont le pays accueillera demain, jeudi, la conférence de Rome II de soutien à l’armée et aux Forces de sécurité intérieure, le chef de l’État avait souligné que les décisions qui seront prises lors de la conférence de Rome « allaient renforcer les capacités des Forces de sécurité libanaises qui réclament des armes efficaces les habilitant à s’acquitter de leur rôle dans le cadre d’une stratégie de défense nationale qui fera l’objet d’une discussion entre les différents leaders politiques après les législatives ».

Ses propos ont été salués hier par le bloc parlementaire du Futur qui y a vu « un pas vers la consolidation de l’État et ses institutions et le règlement du dossier des armes dans le cadre d’une entente nationale qui préserve simultanément la souveraineté et la stabilité ».

C’était bien la première fois que M. Aoun évoquait cette stratégie qu’il évitait jusque-là d’aborder, tout comme la conférence de dialogue national, pour ne pas importuner son allié chiite, le Hezbollah, qui avait enterré les deux, sous le mandat du président Michel Sleiman, à partir du moment où ce dernier avait présenté en septembre 2012 sa conception d’une stratégie nationale de défense, lors de l’une des séances de la conférence nationale de dialogue qu’il accueillait à Baabda. La stratégie souhaitée par Michel Sleiman prévoyait notamment d’intégrer les armes de la résistance dans le cadre de la légalité. Sauf que le débat supposé se dérouler autour des propositions présidentielles de l’époque n’avait jamais eu lieu, le Hezbollah ayant boycotté toutes les séances de dialogue de Baabda et considéré qu’il appliquait une stratégie nationale de défense, celle qu’il avait détaillée en 2006 dans le cadre de la conférence de dialogue de Aïn el-Tiné. Dans les milieux de la formation chiite, on considère que rien ne justifie aujourd’hui une réouverture de ce dossier et que ceux qui l’abordent essaient en fait d’imposer des contraintes à l’action de la Résistance.


(Lire aussi : Rome II, antichambre de la stratégie de défense ?)


Partant de ce constat, dans les milieux du Hezbollah, on se pose la question de savoir ce qui a bien pu motiver aujourd’hui l’initiative présidentielle. Pourquoi le chef de l’État a-t-il anticipé les résultats des législatives de mai et annoncé que le prochain gouvernement planchera, entre autres questions prioritaires, sur une stratégie nationale de défense ? À cette question, deux réponses peuvent être apportées, dont l’une est étroitement liée aux récentes positions du chef du CPL, Gebran Bassil, au sujet du Hezbollah. À deux reprises, M. Bassil avait affirmé que son parti, fondé par le président Aoun, était sur la même longueur d’ondes, au plan stratégique, avec la formation de Hassan Nasrallah, mais qu’il était en désaccord avec lui au sujet du projet d’édification de l’État. Le discours de M. Bassil avait été interprété comme un désengagement du CPL vis-à-vis de son allié chiite, au moment où il se rapprochait davantage du courant du Futur et la position du chef de l’État se situe de ce fait dans le prolongement de celle du CPL.

La deuxième réponse se rapporte directement aux trois conférences internationales de soutien au Liban, qui s’ouvriront demain en Italie, avec Rome II et se poursuivront avec CEDRE, le 6 avril à Paris (investissements) et qui seront clôturés à Bruxelles (dossier des réfugiés) le 25 avril. De sources diplomatiques, on rappelle à ce sujet que les pays donateurs, qui avaient pris part à la réunion du Groupe international de soutien au Liban, convoquée par le président français, Emmanuel Macron, en novembre dernier, après la démission-surprise du Premier ministre, Saad Hariri, avaient posé une série de conditions pour aider le Liban. Parmi ces conditions, qui ont figuré dans le communiqué final du GISL, l’adoption d’une politique officielle de distanciation, le respect de la déclaration de Baabda, la mise en place d’une stratégie nationale de défense et l’application des résolutions 1559 et 1701 du Conseil de sécurité sur le désarmement des milices.

De mêmes sources, on indique que l’Occident, soutenu par les pays du Golfe, ne fera plus montre d’indulgence pour ce qui est de la question des armes dont restent tributaires la stabilité et la sécurité du Liban et que les conditions posées à Paris avaient été rappelées à la veille de la tenue de Rome II. En annonçant sa volonté de lancer le débat autour de la stratégie de défense, le chef de l’État a ainsi voulu favoriser davantage le climat positif entourant les trois conférences et montrer que le Liban prend au sérieux ses engagements. Une chose qui risque de déplaire fort au Hezbollah, surtout si l’on tient compte du fait que les engagements internationaux en faveur du Liban seraient associés à l’avenir de pressions internationales accrues sur la formation chiite, et qui risque, après les législatives, d’ébranler l’alliance CPL-Hezbollah. À moins que la formation ne se considère aujourd’hui prête à discuter d’une stratégie nationale de défense.



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gaby sioufi

tout laisse croire a la fausse propagande , faux slogans presidentiels -motifs: plusieurs , tous evidents.

mais pt't bien que , qq parts un scenario pourrait etre trouve qui-croient ils bernerait les pays donateurs! illusoire bien sur.
LA QUESTION posee ici est donc sans reponse ... en attendant quoi ?
la ST. glin glin ?

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LE MOMENT DE VERITE A SONNÉ ET TOUT LE MONDE DOIT Y FAIRE FACE !

Yves Prevost

"Le Hezbollah peut-il accepter avec Aoun ce qu’il avait refusé à Sleiman ?"Bien sûr ! Il peut le faire sans crainte puisque, contrairement à son prédécesseur, le chef de l'Etat lui est acquis. Celui-ci a même déclaré à plusieurs reprises que les armes de la milice iranienne étaient nécessaires tant qu'existerait une menace israélienne, autrement dit, jusqu'à la St Glinglin 3018 au moins !

George Khoury

le Liban est au bord d'une faillite cataclysmique et le hezbolla veut faire fi des engagements necessaire pour redresser la barre...

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