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Liban

Rome II, antichambre de la stratégie de défense ?

Diplomatie

L’État libanais est un moteur de stabilisation à l’intérieur comme à l’extérieur du pays, affirme l’ambassadeur d’Italie.

14/03/2018

C’est demain jeudi qu’arriveront à Rome les membres du Groupe international de soutien au Liban ainsi qu’une pléthore de ministres et de représentants en provenance d’une quarantaine de pays qui ont répondu à l’appel d’aide lancé par le Liban pour le soutien de ses forces armées et de sécurité.

La conférence de Rome II, qui s’inscrit dans le prolongement de celle qui s’était tenue en juin 2014, se déroulera toutefois dans un contexte géopolitique bien différent, après l’éviction de l’État islamique, même si l’instabilité reste de rigueur dans la région. Si les deux conférences sont consacrées à l’appui que peut apporter la communauté internationale aux institutions militaires et sécuritaires libanaises, force est de constater que la priorité était en 2014 à la lutte contre le terrorisme qui menaçait les frontières libanaises, alors que Rome II s’annonce d’ores et déjà dans la perspective d’une stratégie de défense nationale que le chef de l’État s’est engagé lundi à mettre en route « dès que les législatives seront terminées ».

C’est également dans cette direction que s’est prononcé hier le ministre de l’Intérieur, Nouhad Machnouk, qui a assuré dans un entretien accordé à nos confrères du Daily Star que la priorité pour les autorités issues des élections sera la stratégie de défense, principalement axée sur l’objectif du monopole des armes par l’État. Autant de messages que les deux responsables politiques ont voulu véhiculer à l’adresse des pays participants, à leur tête l’Arabie saoudite, qui a confirmé sa présence à cette rencontre réunissant également plusieurs autres États du Golfe.

Même si Riyad, résolu à réduire l’influence du Hezbollah au Liban, ne s’est pas encore engagé en matière de soutien ou de promesses de dons, il n’en reste pas moins que la présence d’un représentant du royaume à ce rendez-vous est on ne peut plus significative après l’orage de la démission du Premier ministre, Saad Hariri, en novembre dernier.

C’est donc dans cet esprit que se rendent à Rome M. Hariri et la délégation libanaise formée notamment des ministres de l’Intérieur, de la Défense, des Affaires étrangères et de hauts officiers militaires. Porteurs d’un plan quinquennal, l’un pour l’armée et deux autres pour les FSI et la Sûreté générale, les ministres de l’Intérieur et de la Défense ainsi que le haut commandement militaire vont présenter aux pays participants leur plan d’action, leur vision pour l’avenir ainsi que les ressources et les moyens dont ils ont besoin pour les mettre en application.

« La conférence est un rendez-vous éminemment politique », a insisté l’ambassadeur d’Italie au Liban, Massimo Marotti, dans un entretien accordé à L’Orient-Le Jour. L’idée directrice est que l’État libanais « est un moteur de stabilisation à l’intérieur comme à l’extérieur du pays, c’est-à-dire dans la région », ajoute M. Marotti. L’ambassadeur précise que cette rencontre est placée sous le signe du renforcement des institutions sécuritaires et militaires libanaises « dans une optique qui va dans le sens du renforcement de la souveraineté de l’État et du monopole de la violence par l’État libanais ».


(Lire aussi : Le Hezbollah peut-il accepter avec Aoun ce qu’il avait refusé à Sleiman ?)


M. Marotti fait remarquer, à ce propos, que les participants à cette conférence, dont le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, sont tous « convaincus de la nécessité de consolider les institutions militaires et de sécurité et de soutenir les efforts de l’État libanais en ce sens ». Comprendre que le rétablissement progressif de l’autorité de l’État sur l’ensemble du territoire est un souhait explicite pour l’ensemble des participants. C’est ce qu’a d’ailleurs confirmé, lundi dernier, la coordinatrice spéciale de l’ONU pour le Liban, Pernille Dahler Kardel, qui l’a exprimé en des termes assez clairs lors d’une visite à Baabda.

Concrètement, les pays présents, « qui partagent tous la ligne souverainiste exprimée par le Liban officiel », selon une source diplomatique, seront à l’écoute des doléances et des besoins exprimés par le Liban et décideront en fonction.

Évoquant le mécanisme d’aide qui pourrait être adopté lors de ce rassemblement, M. Marotti a précisé que certains pays vont probablement faire des dons sous forme d’équipements et de formations à prodiguer aux militaires, comme c’est déjà le cas notamment avec le groupe de pays qui soutiennent depuis plusieurs années l’armée et les FSI et dont l’Italie fait partie. « Les États présents ne vont pas tous s’engager à fournir les aides dans l’immédiat. Certains vont probablement repartir avec les plans en main pour les examiner de plus près avant de s’impliquer », précise M. Marotti.

Selon une source militaire, l’armée va présenter un plan prévisionnel qui s’étend jusqu’en 2022, en énonçant ses besoins en équipements et en armes efficaces, « l’accent étant toutefois mis sur le renforcement des forces navales, destinées à protéger le processus de l’exploration et de la production d’hydrocarbures offshore ». « C’est, laisse entendre une source informée, une manière de confier à l’armée la protection de la partie du littoral face à d’éventuelles menaces israéliennes, en lieu et place du Hezbollah. »

En février, le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, avait d’ailleurs assuré sans ambages que sa formation ne se mêlait pas du contentieux libano-israélien relatif à l’exploration gazière et pétrolière offshore, ou à la délimitation des frontières maritimes et terrestres. « Les droits du Liban sont définis par l’État et ses institutions (…). Défendre le pays est la responsabilité des autorités. La résistance n’a fait que combler un vide à un moment donné », avait déclaré le dignitaire chiite.

Via un document exhaustif, les FSI ont également présenté leur plan stratégique pour les cinq années à venir, une première dans l’histoire de l’institution. L’accent est mis sur la promotion de la sécurité et de la stabilité, ainsi que sur les moyens mis en œuvre pour atteindre cet objectif qui passe par le renforcement du partenariat au sein des communautés locales tout en tenant compte de la reddition des comptes et de la protection des droits de l’homme, cette dernière exigence étant une priorité sur laquelle insiste l’Union européenne depuis un certain temps.



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