Liban

Le bloc courant du Futur-CPL ne permettra pas au Hezbollah de dominer la Chambre

Éclairage
13/02/2018

Quels que soient les résultats des prochaines élections législatives, la configuration de la nouvelle Chambre ne sera en aucun cas identique à l’actuelle. Non pas parce que le camp du 14 Mars a éclaté, mais parce que les alliances qui se sont formées et qui ont permis au fondateur du CPL, le général Michel Aoun, d’accéder à la présidence de la République, ou encore les événements qui ont entouré la démission surprise du Premier ministre Saad Hariri depuis Riyad, en novembre dernier, rendent impossible de recréer le même équilibre au sein du Parlement.

Dans les milieux aounistes, on est catégorique : il n’est pas possible que le bloc parlementaire du CPL fasse partie de celui qui va regrouper les composantes du camp du 8 Mars et qui est dirigé par le Hezbollah. Le bloc du CPL, qui est après tout celui du président de la République, a pour objectif de constituer au sein de l’Assemblée un groupe parlementaire fort qui servira de support substantiel au président Aoun. Il ne lui est pas possible pour cela de se rallier à un bloc dirigé par une partie qui reste la cible de sanctions internationales, notamment américaines, et qui est combattue par les pays arabes. La politique du Hezbollah, qui reste déterminé à maintenir ses armes et soutenir là où il le juge nécessaire des parties pro-iraniennes impliquées dans des conflits dans le monde arabe, est de nature à miner à long terme le mandat Aoun. Et cela, le CPL, engagé actuellement dans une alliance électorale avec le courant du Futur, dans plusieurs circonscriptions, en est conscient. Cette alliance bipartite pour l’heure va s’exprimer dans l’hémicycle par la formation d’un front parlementaire loyaliste auquel se joindraient d’autres forces politiques ayant le souci de soutenir le régime, de le renforcer et de contrer la politique du parti chiite.


(Lire aussi : Commission FL-CPL pour examiner les détails des alliances électorales possibles)


Les récentes critiques formulées par le chef du CPL Gebran Bassil au Hezbollah ou au président de la Chambre Nabih Berry doivent être situées dans le cadre de cette donne politique émergente, surtout qu’elles sont intervenues au plus fort des fuites politiques selon lesquelles le tandem chiite raflerait la majorité des sièges parlementaires, ce qui lui permettrait de mettre la main sur le Parlement et de contrôler ses décisions. Des fuites politiques que les cadres du Hezbollah confirmaient d’ailleurs et qui ont de toute vraisemblance déplu au courant aouniste. La diatribe de Gebran Bassil contre Nabih Berry et ses propos sur une divergence de vues avec le parti de Hassan Nasrallah au sujet du concept d’édification de l’État – même s’il a pris soin de réaffirmer qu’au niveau stratégique, la relation entre les deux ne pose pas de problèmes – tendaient à rectifier le tir.

Selon certains observateurs, le CPL parviendra avec le courant du Futur à constituer un important bloc parlementaire qui agira, au sein du Parlement, en fonction des orientations du régime et non pas suivant un agenda étranger, en l’occurrence iranien, comme ce serait le cas si jamais le Hezbollah parvenait à obtenir une majorité parlementaire. Dans les milieux des Forces libanaises, on avance une autre lecture des propos sur une éventuelle majorité du parti chiite et de ses alliés à la Chambre. On considère qu’il s’agit d’une tactique voulue par certaines composantes politiques et parties étrangères pour torpiller les élections, voire ébranler la stabilité du pays.


(Repère : Législatives libanaises : les dates à retenir)


Il reste que ce discours inquiète la communauté internationale qui a été jusqu’à songer à ajourner les trois réunions d’appui au Liban, Rome 2, Cèdre 1 et la réunion de Bruxelles, consacrées respectivement à l’armée et aux deux dossiers économique et des réfugiés syriens, jusqu’à après les élections, alors que le régime compte sur ce soutien international pour donner une impulsion nouvelle à son action en faveur du développement du pays. Des responsables étrangers n’ont pas manqué de sonder les dirigeants libanais sur le bien-fondé de ces rumeurs. À l’un d’eux, Saad Hariri s’est fait un point d’honneur d’expliquer que le Liban ne peut pas être gouverné par une seule partie. Il a rappelé que, lorsque le 14 Mars avait obtenu la majorité des sièges parlementaires entre 2005 et 2009, il n’avait pas réussi à gouverner seul et a insisté sur le fait que les différentes parties politiques libanaises sont condamnées à l’entente et au dialogue, conformément à l’accord de Taëf. Saad Hariri a aussi réaffirmé son attachement à la politique de distanciation à laquelle son gouvernement s’est engagé, en soulignant de nouveau que la partie qui l’enfreindra devra assumer la responsabilité de son acte.

Les assurances de Saad Hariri ont porté leurs fruits, comme on a pu le constater, la date de Rome 2 ayant été fixée au 15 mars prochain. Pour pouvoir lancer le chantier économique après les élections, le régime tient à la tenue des trois assises internationales dont les préparatifs sont suivis par le président français, Emmanuel Macron. Le dossier libanais, plus particulièrement les législatives et les trois conférences internationales, serait entre autres à l’ordre du jour des discussions du président français avec le prince héritier saoudien, Mohammad ben Salmane, fin février à Paris. Une intervention importante de la part de Paris dont l’initiative pourrait rassurer l’Arabie saoudite au sujet du Liban.


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gaby sioufi

puisque hezb et Co insistent a dire qu'un tournant dans la guerre contre l'ennemi est dorenavant considere comme une VICTOIRE proche sur lui,
puisqu'a l'interieur hezb & Co ont dorenavant le vent en poupe comme jamais auparavant,
puisque les joueurs d'ici sont eparpilles -le seront encore + bientot,
puisqu'ainsi hezb de wali fakih a beaucoup moins besoin de la couverture aouniste chretienne,
hezb n'a meme plus besoin d'avoir la majorite parlementaire acquise pour lui.

Pierre Hadjigeorgiou

En d'autres termes le bras de fer commence a partir de ses élections qui seront apparemment le début d'un compte a rebours avant la mise au pas du Hezbollah, du moins politiquement. Celui-ci se sentant coincé ira jusqu’à provoquer des troubles par ci par la qui mettront une fois de plus le Liban a feu et a sang, etc... et l’histoire se répétera ad eternam...

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

PAS DE LEGISLATIVES LIBRES ET DEMOCRATIQUES A L,OMBRE DES ARMES ILLEGALES DETENUES PAR UNE SEULE COMMUNAUTE AUX DEUX MILICES ! TOUT LE MONDE LE SAIT ET TOUT LE MONDE VEUT L,IGNORER... ET TOUS EN SONT DES OTAGES !

Yves Prevost

"lorsque le 14 Mars avait obtenu la majorité des sièges parlementaires entre 2005 et 2009, il n’avait pas réussi à gouverner seul". En fait, il n'a pas essayé! Comme d'habitude, on a formé un gouvernement dit "d'union nationale" où chaque partie trait le char de son côté.
Quant au CPL qui n'a cessé d'être complice du Hezbollah, comment lui sera-t-il possible de s'en séparer? Il faut être bien naïf pour croire que celui-ci se laissera faire.

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