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Culture

Muriel Aboulrouss, belle âme

L’artiste de la semaine

La réalisatrice de « Zyara », websérie primée à l’international par une dizaine de prix prestigieux, démarre la troisième saison de ses portraits (tellement) humains.

Zéna ZALZAL | OLJ
08/02/2018

À l’Institut français du Liban, où vient d’avoir lieu une projection d’une sélection d’épisodes de Zyara, saison 2, consacrée aux personnes ayant pactisé avec leur handicap, le visage de Muriel Aboulrouss irradie d’une sereine assurance. Celle d’avoir accompli sa mission. En l’occurrence avoir clairement transmis à l’assistance la force positive et la foi dans la vie de ces « héros de l’ombre ». « Ce sont mes héros à moi, en tout cas », affirme-t-elle. « Leurs personnalités sont inspirantes. Et ils illustrent à merveille ma devise : “La vie est une belle zyara.” C’est pourquoi je tenais à leur consacrer la saison 2 de la websérie documentaire que je réalise avec la productrice Denise Jabbour depuis trois ans déjà », confie la jeune femme au regard pétillant et profond.
Sous son allure de garçon manqué, Muriel Aboulrouss cache une grande sensibilité et une sincère empathie envers les autres. Cette « enfant de la guerre et très fière de l’être, parce qu’elle m’a beaucoup appris », assure-t-elle, est une humaniste dans l’âme qui a « toujours été très concernée par l’injustice ».

Elle se destinait, d’ailleurs, à des études de droit à l’USJ. Même si sa passion pour les langues étrangères la faisait également lorgner du côté de la faculté de traduction. Mais c’est un troisième bâtiment du campus de la rue Huvelin, celui des études audiovisuelles, qui retiendra son attention par ses graffitis muraux. « J’ai été voir de plus près. Et j’ai illico été séduite par l’attitude cool des étudiants », se remémore-t-elle. Elle chamboule, du coup, tous ses projets et s’inscrit, sans hésiter, à l’Iesav. « Une décision sans doute inconsciemment influencée par le fait que ma tante était l’actrice Hind Abillama et que j’en étais très proche », souligne-t-elle.


Dessiner avec la lumière
En deuxième année, elle tombe amoureuse de la lumière. « De ce pouvoir de dessiner avec la lumière, de raconter des histoires avec la lumière. » Elle décide de devenir chef-opérateur, ce qui à l’époque n’était pas courant pour une femme. Déterminée à y arriver, elle fait ses preuves en travaillant d’arrache-pied dans nombre de films publicitaires et vidéoclips notamment. Tout en réalisant ponctuellement de courts-métrages personnels « pour s’oxygéner ».
C’est vers les 30 ans qu’un premier virage se produit dans son parcours. On lui propose de participer à la réalisation d’un documentaire au Yémen produit par une équipe internationale mais exclusivement féminine. « J’ai trouvé ce projet passionnant parce que je n’y accomplissais pas juste un travail de chef-opérateur, mais aussi et surtout de témoin de vie et de passeur d’expérience. » De retour au Liban, elle prend la (difficile) décision de ne plus faire de publicités et de films commerciaux. Petit passage à vide, avant qu’elle ne reparte à nouveau travailler sur deux projets de longs-métrages au Yémen (un film de fiction et un documentaire). Elle y restera un an, jusqu’à ce que Michel Kammoun, en la sollicitant comme chef-opérateur sur son film Falafel, la ramène au Liban.


« La réalité est la plus belle des fictions »
Et là, elle tombe par hasard sur Hady Zaccak, un copain de promotion qui a le même goût qu’elle pour le film documentaire. Deuxième virage dans sa carrière. Ils s’associent tous les deux pour fonder Zack Films et réaliser ensemble une douzaine de projets. « Dans le documentaire, au niveau technique, il y a un challenge formidable qui consiste à trouver la beauté de la lumière dans des conditions non idéales, à n’importe quelle heure et pas seulement à l’aube. Et d’un point de vue créatif, on y découvre que la réalité est la plus belle des fictions », explique la jeune femme.
C’est justement la beauté de la réalité que Muriel Aboulrouss s’attache à filmer dans Zyara. La websérie documentaire à laquelle elle s’attelle en 2014 avec sa complice (elles ont travaillé ensemble sur la toute première websérie libanaise Shankaboot) et productrice Denise Jabbour (elles ont cofondé Home of Cine-Jam) dresse, à travers 12 épisodes par an (diffusés sur YouTube à raison de deux semaines d’intervalle chacun), 12 portraits de personnalités « normales » mais inspirantes. Des hommes et des femmes de tous âges, issus de tous les milieux, toutes les régions, toutes les communautés du pays, qui confient à sa caméra bienveillante leurs histoires, leurs expériences, rêves, craintes ou espoirs…

Une démarche qui s’inscrit d’évidence dans un objectif de promotion de la tolérance et de l’acceptation de l’autre. Notamment auprès des jeunes générations, d’où le choix du format web, support du futur. « On a besoin d’amour. On ne veut plus de guerre. On a besoin de se retrouver, s’écouter, se comprendre, accepter les différences et surtout ne plus avoir peur de l’autre », martèle la réalisatrice.

L’humain, cet inconnu...
« Ce qui est formidable dans cette aventure de filmage de l’humain – qui reste à mes yeux le plus grand inconnu –, c’est qu’à chaque fois, les histoires viennent à nous. Nous entamons la troisième saison, laquelle comme la première est ouverte à toute sorte de portraits qui, à travers leur charge émotionnelle, permettent d’établir un pont entre les gens », s’enthousiasme celle pour qui « l’art est un acte spirituel ».
En vingt ans de carrière, Muriel Aboulrouss a fait un beau parcours. Ses images, d’une grande beauté, elle les a mises au service de ses convictions et de ses engagements. Pour celle qui croit fermement que « La vie est une belle visite », la sienne est (jusque-là) parfaitement réussie. « Si je pars demain, je partirais très heureuse », conclut-elle. 

21 février 1974
Naissance

1997
Diplôme de l’Iesav

2004
Premier travail de documentaire
au Yémen


2006
Réalise « Oil Spill » avec
Hady Zaccak

2014
Cofonde Home
of Cine-Jam

2015
Meilleur documentaire aux Festival Web UK/ Festival Web Dublin et meilleure technique innovatrice et narrative au Fest. Web Bilbao

2016
Meilleures réalisation/photo/création et dialogues
aux Rome Web Awards.


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George Khoury

d'abord les episodes sont finance par les USA et projete au centre culturel francais...c'est dommage que la france n'ai pas finance cela au lieu juste de le projeter...
"il n'y a pas de petites economies" CQFD

ensuite, le pathetique, un film sur les handicapes dont certains moteur sur chaise roulante sont venu assiter a la projection...sauf que la salle de projection de notre glorieux centre culturel francais...n'avait aucun acces pour handicape....c'est une honte
"il n'y a pas de petites economies" CQFD

Frida Anbar

C'est touchant et sincère ! Bonne poursuite de vos projets !

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